cancer
  • De 28,7 millions survivants en 2008, ce chiffre a atteint 43,8 millions en 2018

Le léger fléchissement du nombre de cas de cancers diagnostiqués à Maurice en 2017 — 2461 nouveaux cas contre 2607 en 2016 (-5,6%) — semble se poursuivre deux ans plus tard. Du moins, c’est ce que s’accordent à dire les spécialistes du domaine, même si les nouveaux chiffres, notamment pour 2018-2019, ne seront disponibles que cette semaine. Dans le monde, s’il y a de plus en plus de malades diagnostiqués, ce qu’il faut retenir, c’est que de plus en plus de patients y survivent. Une tendance pleine d’espoir à relayer à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer qui sera marquée le 4 février.

« C’est tout à fait par hasard que j’ai su que j’avais un cancer l’année dernière. J’ai été choquée, triste, bouleversée, mais je me suis battue. Le cancer fait peur, mais si on le diagnostique à temps, on n’en meurt pas. On survit. Un an après mon diagnostic, je me porte bien. Je dois faire avec quelques effets secondaires relatifs à mon traitement. Mais je suis plutôt en forme. Je travaille. Je sors. Je rencontre des gens. Non, le cancer ne m’a pas vaincue. C’est moi qui l’ai vaincu. » Témoignage de M.D, la trentaine, qui a vu sa vie basculer au début de l’année dernière, lorsqu’elle a été diagnostiquée d’un cancer du sein. Au départ, le choc est plutôt paralysant. « À peine le diagnostic est-il tombé que, déjà, je ressentais comme une menace qui plane sur mon existence. Je me suis posé beaucoup de questions. Je ne comprenais pas pourquoi c’est moi qui avais attrapé cette maladie. Cette maladie qui fait peur. Cette maladie qui touche les autres plutôt. Et pendant un temps, je me suis repliée sur moi-même. J’ai arrêté d’être moi », raconte M.D.

Mais une fois le choc encaissé, il faut agir, dit-elle. Soutien et conseil sont nécessaires pour ne pas se laisser abattre. Ainsi, après une chirurgie pour enlever les nodules cancéreux de son sein, M. D a entrepris deux traitements. « Je ne savais pas qu’il y avait autant de traitements pour le cancer. Avec mon médecin et selon les résultats d’analyses qui avaient été effectuées, j’ai bénéficié de deux types de traitement. Les choses sont allées très vite parce que je ne voulais pas que cette maladie ait le dessus. Mon médecin m’a expliqué qu’on survit de plus en plus du cancer. Et moi je voulais survivre. Je me suis battue et je l’ai vaincu », dit M.D. Aujourd’hui, si certaines habitudes ont changé chez elle, M. D se sent bien. « Il y a des risques, mais le plus important c’est d’être toujours là. Et je ne suis pas la seule. De plus en plus de patients guérissent du cancer. La guérison existe », dit-elle.

Affronter la réalité, c’est aussi ouvrir une fenêtre sur l’espoir. Ce que soutiennent également des cancérologues mauriciens, qui font ressortir que la survie après un cancer a augmenté dans le monde. S’appuyant sur les données de l’Organisation mondiale de la santé, ils font ressortir que « le nombre mondial de survivants du cancer dans les cinq ans suivant le diagnostic était estimé à près de 28,7 millions en 2008. Ce même chiffre a atteint 43,8 millions en 2018. » Ainsi, selon les données mondiales, on estime à environ 60% les patients atteints d’un cancer qui sont en rémission ou qui en guérissent. « On était encore à 20% à l’après-guerre et 50% dans les années 1980-2000 avec l’arrivée de la technologie médicale », font ressortir ces cancérologues, insistant que dans le monde, des millions de personnes qui ont eu un cancer sont encore en vie aujourd’hui.

Diagnostic et traitement précoces

« Les chances de vivre avec le cancer, et de vivre au-delà, sont meilleures maintenant qu’elles ne l’ont jamais été auparavant », disent-ils. L’étude Concord-2 a montré qu’entre 2005-2009, Maurice a enregistré un taux de survie sur cinq ans de 87,4% pour le cancer du sein, 86,7% pour le col de l’utérus, 82,7% les ovaires, 77,3% pour la prostate, 68,9% pour le rectum, 57,2% pour la leucémie. Pour la même période, entre 2005 et 2009, l’étude révèle que 55,5% de survie ont été notés chez les patients atteints du cancer du côlon, 52,6% chez ceux atteints du cancer du foie, 40,7% chez les patients atteints de cancer de l’estomac et 37,2% chez les patients atteints de cancer du poumon à Maurice.

Cela a été possible grâce à l’accès des patients aux soins appropriés, disent les cancérologues. Qui plus est, aujourd’hui, grâce aux recherches, les traitements ont aussi beaucoup évolué et différents types de traitements, dont les thérapies ciblées, contribuent à guérir plus rapidement les malades. D’autant qu’avec les campagnes de sensibilisation, de plus en plus de personnes se font dépister leur cancer à un stade précoce, ce qui, même si cela signifie que plus de cas sont détectés, indique que plus de cas sont traités, et plus de personnes guérissent du cancer, estiment les cancérologues. Un traitement a plus de chances d’être efficace si le cancer est diagnostiqué précocement, relèvent-ils. D’ailleurs, selon l’OMS, « certains des types de cancer les plus répandus tels que le cancer du sein, du col de l’utérus, de la cavité buccale et colorectal présentent des taux de guérison élevés s’ils sont décelés et traités précocement conformément aux meilleures pratiques. »

C’est dans cette optique que les professionnels du domaine souhaitent vulgariser ce message d’espoir aux malades et à leurs proches également, surtout que le cancer continue de susciter des appréhensions et interrogations chez nombre de Mauriciens. « Les patients atteints d’un cancer nouvellement diagnostiqué tentent de comprendre ce que sera leur vie pendant et après le traitement. Ils reviennent souvent sur leurs expériences passées et se préoccupent de ce que leur réserve l’avenir. La plupart des patients recherchent la stabilité, ou ce qu’ils appelaient autrefois une vie normale, tout en ayant des fois, des difficultés à faire face au stress et à la crise du cancer », explique les spécialistes.

« L’espoir devient un mode de vie »

Une fois la maladie diagnostiquée, c’est un nouveau voyage qui commence, avec les priorités du malade qui changent soudainement. « Certains patients se battent davantage pour conserver leur identité, alors que d’autres trouvent la paix en abandonnant le contrôle et en s’ouvrant à ce qu’on appelle leur nouvelle normalité », disent les médecins. Or, même si l’incertitude est omniprésente, les patients qui acceptent leur diagnostic tout en restant impliqués dans leur quotidien prennent souvent conscience d’un nouveau sens de la vie qui les aide à avancer positivement, notent-ils.

« Pour le survivant du cancer, l’espoir est bien plus qu’un simple mot dans le dictionnaire. L’espoir devient un mode de vie », insistent les professionnels du domaine. Et d’expliquer que l’espoir est plus qu’un domaine émotionnel et inclut la ténacité mentale, l’adaptation apprise, la force des réseaux sociaux et la spiritualité. Les essais cliniques ont démontré des preuves que la connexion esprit-corps est un déterminant important de l’adaptation individuelle aux situations défavorables, au changement et à la maladie, et améliore la qualité de vie liée à la santé des patients atteints de cancer. Les patients qui ont de bonnes perspectives et une attitude positive se sentent mieux et aident le corps physique à faire face au cancer.

Par ailleurs, outre le soutien, l’aide et l’écoute des autres, ils existent des moyens simples et productifs pour faire face plus facilement à la maladie. Ces méthodes, dont la prière, les exercices, la méditation ou autres traitements complémentaires, aident les patients à être plus résistants et à se débarrasser des sentiments négatifs tels que la colère, la culpabilité et la tristesse. « Des études scientifiques ont démontré que les actions et sentiments positifs conduisent à de meilleurs résultats sur le plan médical, à une meilleure survie et à un réinvestissement dans des choses qui apportent de la joie de vivre. La normalisation des émotions (bonnes et mauvaises) aide les patients à mieux confronter le changement dans leurs vies », disent les cancérologues.

Tableau illustratif du taux de survie par catégorie de cancer à Maurice entre 2005 et 2009 selon les données de l’etude Concord-2

Pour mieux appréhender la maladie, voici ce que recommandent les cancérologues :

— Concentrez-vous sur les choses qui vous font vous sentir mieux.

Pensez aux aspects positifs de votre vie et aux choses que vous pouvez contrôler.

Soyez reconnaissant envers les choses et les gens qui vous apportent du bonheur. Passez du temps avec des gens qui vous font rire. Évitez les personnes négatives et les choses qui vous causent du stress.

— Améliorez votre sommeil

Une bonne nuit de sommeil peut vous donner plus d’énergie et améliorer votre bien-être psychologique. Prenez du temps pour planifier et penser à vos préoccupations en début de soirée afin de ne plus devoir y réfléchir lorsque vous essayez de vous endormir. Pratiquez des activités relaxantes comme lire ou écouter de la musique avant d’aller au lit. Si vous ne pouvez pas vous endormir au bout de 20 ou 30 minutes, sortez du lit. Ne retournez au lit que lorsque vous sentez que vous pourrez dormir.

— Faites de l’exercice et prenez soin de votre corps

L’exercice est une bonne façon de réduire votre anxiété et d’améliorer votre humeur.

Choisissez une activité que vous appréciez et qui tient compte de votre état de santé et de votre condition physique. Commencez lentement en pratiquant une activité physique peu exigeante comme la marche, la natation ou le yoga ou même les travaux ménagers.

Allez à votre rythme. Augmentez graduellement la quantité et la difficulté de vos activités.

L’exercice peut aussi améliorer votre appétit, vous donner plus d’énergie, vous aider à mieux dormir, renforcer vos muscles, vous donner un sentiment de bien-être, réduire la déprime et l’anxiété. Soyez cependant prudent ! Vous pouvez faire de l’exercice en tout temps pendant ou après les traitements, mais cessez l’activité et reposez-vous si vous êtes courbaturé, ankylosé ou essoufflé. Consultez toujours votre équipe soignante concernant la façon de faire de l’exercice en toute sécurité.

— Mangez sainement

Une alimentation équilibrée peut accroître votre énergie et votre optimisme.

Pour mieux manger, consommez quelque chose toutes les 3 ou 4 heures. Vous avez besoin de vous ravitailler souvent pour optimiser votre bien-être mental et physique.

Gardez des collations saines (noix, fruits, légumes et yaourt) à portée de la main.

Mangez beaucoup d’aliments riches en acides gras oméga-3 comme le poisson, les graines de lin et les noix. Ces aliments peuvent améliorer votre humeur.

— Faites des activités relaxantes

Pour vous aider à vous détendre et à gérer le stress ressenti par votre organisme, pratiquez des activités relaxantes comme la méditation de la pleine conscience, les massages, le yoga, l’acupuncture, l’hypnose, la musicothérapie ou thérapie par l’art, la respiration profonde, l’imagerie mentale dirigée…

— Ayez recours au counseling pour vous aider à faire face à votre situation

Le counseling professionnel peut vous aider à penser et à agir différemment pour faire face à votre situation. Discutez avec votre équipe soignante de la possibilité de consulter un professionnel en oncologie psychosociale, comme : un psychiatre, un psychologue, un psychothérapeute, un travailleur social.

Les patients qui ont du mal à s’adapter peuvent lentement sombrer dans la dépression et le désespoir. Ils n’ont aucun intérêt pour ce qui était agréable dans le passé et ressentent que le cancer leur a volé leur joie de vivre. Ils perdent leur sentiment d’identité, ce qui suscite l’inquiétude des proches qui, à leur tour, ont peur. Dans ces cas-là, toute la famille nécessite un soutien.

Exercice de dépistage à la Médi-clinique de L’Escalier

Pour marquer la Journée mondiale contre le cancer, placée cette année sous le thème « Je suis et je vais », le ministère de la Santé organise une série d’activités dont le lancement se fera à travers un exercice de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus le mercredi 5 février à la Médi-clinique de l’Escalier. Cet événement comprendra également une exposition prônant un style de vie sain et une alimentation saine. Les autorités ont aussi prévu des programmes télévisés et des causeries sur les radios avec pour objectif de sensibiliser le public sur les risques du cancer et l’importance de la prévention. Des causeries et campagnes de sensibilisation seront aussi organisées dans des centres communautaires, centres de femmes, centres sociaux, centres de santé et établissements scolaires. Par ailleurs, des exercices de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus se feront à travers le pays tout au long de l’année.