La rue est devenue le lieu où on peut trouver tout ce que l’on veut, ou presque. Après les lunettes de soleil, place maintenant aux verres pour “lir de pre”. Des verres non adaptés qui peuvent occasionner des maux de tête et contourner le dépistage précoce de certaines maladies affectant les yeux comme le glaucome. Les opticiens Stéphane Planel et Rechad Nazir mettent en garde ceux qui, pour des raisons économiques, achètent leurs lunettes dans la rue au lieu d’avoir recours aux spécialistes.
Du “Wi Boss” au “Wi silvouple”, en passant par un silence indifférent à l’approche d’un client, certains marsan linet ne manquent pas d’arguments dès qu’une personne affiche un intérêt pour un de leurs articles. Assis ou debout derrière leurs étals, ils sont à l’affût et surveillent les allées et venues des passants pour dénicher l’acheteur potentiel. Si un des produits exposés a tapé dans l’oeil d’une personne, ils n’hésitent pas à donner dans la surenchère s’ils sentent une certaine réticence. C’est le déballage d’autres items pour “culpabiliser” le client. Pour le marchand de rue, il est hors de question de rentrer bredouille en fin de journée après toutes les heures passées au soleil.
Mauvaise pratique.
Si le client ne connaît pas le numéro correspondant à sa vue, pas de souci : le marchand peut le trouver en un rien de temps. Mais c’est au hasard, dans la pile posée sur son étal, qu’il choisit les lunettes. Le marchand se transforme ainsi en pseudo-opticien. Pour trouver le “bon numéro”, c’est une coupure de journal qui tient lieu de test. L’effet est bluffant, mais il y a un hic. Les verres portent le même numéro de chaque côté. Alors que la plupart des gens ont des numéros différents pour l’oeil gauche et l’oeil droit, nous affirment les opticiens Stéphane Planel et Rechad Nazir.
Lorsqu’on compare le prix des lunettes pour la vue dans la rue (Rs 100 la paire) et celui pratiqué dans un cabinet d’opticien (plusieurs milliers de roupies), le calcul est vite fait pour certains. C’est la raison économique qui, souvent, l’emporte. Et la demande est bien présente : dans un rayon de 200 à 300 mètres à Port-Louis, de la gare Victoria au marché central, nous avons croisé environ une demi-douzaine de marchands. Ils ne font qu’obéir à la loi de l’offre et la demande mais agissent à l’encontre de l’Optician (Registration) Act car ils ne détiennent aucun permis pour la vente d’optical appliances, souligne Rechad Nazir.
Cette loi stipule que “no person, unless registered, shall practise sight-testing or dispensing for or without reward”. Il faut détenir les qualifications requises reconnues ou acceptées par le General Optical Council de Grande-Bretagne ou être diplômé d’une institution française au titre d’opticien lunetier. Bien que la loi existe, ces marchands semblent pouvoir opérer en toute impunité, au nez et à la barbe des autorités.
Dépistage précoce.
L’utilisation de verres avec le même numéro de chaque côté n’est pas confortable pour les yeux et n’offre pas une vision aussi nette qu’il n’y paraît, selon les professionnels du domaine. “Quand on fabrique des lunettes, il faut prendre des mesures très pointues. Dans la rue, elles ne sont pas prises. L’astigmatisme (Ndlr : trouble visuel qui affecte la cornée) n’est pas corrigé non plus”, souligne Stéphane Planel. Les deux opticiens mettent donc en garde contre l’achat de ces lunettes prêtes à porter, pour d’autres raisons également : ils ne sont pas conformes aux normes de fabrication car elles sont produites à la chaîne, sont fragiles et peuvent occasionner des maux de tête.
Nos deux opticiens recommandent un check-up régulier de la vue. Un bilan de santé visuel permet un dépistage précoce des maladies visuelles et une intervention en conséquence. C’est le cas du glaucome, qui affecte 5% des personnes de la tranche d’âge de 40 ans à monter, selon Rechad Nazir. Stéphane Planel recommande des examens réguliers pour les diabétiques afin de déceler s’ils n’ont pas de cataracte ou ne sont pas atteints d’une autre maladie de la vue. Pour eux, mieux vaut prévenir que guérir. Mais ils notent qu’à Maurice, les gens ont tendance à brûler les étapes. Ils préfèrent débourser Rs 100 au lieu d’effectuer une consultation complète chez un opticien.
Les deux opticiens que nous avons sollicités ne conseillent pas l’achat de ces lunettes prêtes à porter. Ils estiment que les gens ne font que contourner un examen visuel qui pourrait leur sauver la vue.