Aider les petits à mieux faire face aux difficultés de la vie, à s’ouvrir aux autres et à exprimer leurs sentiments, tel est le but du programme « Zippy ». Le Mauricien a rencontré les éducatrices de l’école maternelle Bethléem où le programme a été mis en place cette année.
À travers le monde, des milliers d’enfants ont participé au programme « Les Amis de Zippy », conçu par l’organisation Partnership for Children, en Grande-Bretagne. À Maurice, grâce à l’Institut Cardinal Jean Margéot, plusieurs écoles confessionnelles ont bénéficié de cet outil novateur visant la promotion de la santé mentale. « Zippy est venu dans la vie des enfants de Bethléem reconnaître leurs besoins tout en les aidant à exprimer leurs désirs » témoigne la directrice de l’école maternelle, Sylvette Paris-Davy.
Un insecte vert, ou plus précisément une sauterelle. C’est ce qu’est Zippy. Mais elle n’est pas que cela. La petite bête, qui a son coin à elle dans chaque classe de la grande section maternelle de l’école Bethléem, a le pouvoir d’ouvrir bien des portes pour les petits. Là où ils ne voyaient jusqu’ici pas d’issue. Là où il y avait des blocages. Des disputes entre amis se renouvelant sans cesse. Des sentiments de colère, de tristesse, de jalousie toujours latents en eux mais ne pouvant jamais sortir pour devenir des mots. Pour atteindre les autres. Pour qu’ils soient compris… Depuis l’arrivée de Zippy, témoignent les éducatrices, le simple fait de mettre en parole son mal-être apporte un apaisement. Les autres sont à l’écoute et sont là pour trouver une solution. Les chamailleries s’estompent, remplacées par l’entraide.
« Quand l’ICJM m’a invitée à une session de réflexion pour voir si j’étais d’accord, j’ai trouvé que c’était bien. J’appliquais déjà ce concept depuis des années. Mais la première chose fondamentale pour moi, c’est cette qualité et cette sécurité émotionnelle que l’on apporte pour que l’enfant puisse se développer, passer du stade de dépendance à celui d’indépendance. L’enfant a déjà son sens d’appartenance à sa famille. L’école est là pour prolonger ce que l’enfant a acquis déjà », explique Sylvette Paris-Davy.
Dialogue plus humain
Visant particulièrement les petits de 5 à 7 ans, « Les Amis de Zippy » constitue une ouverture de plus pour inciter les parents à communiquer davantage avec leurs enfants. « Très souvent, les parents n’arrivent pas à comprendre leur enfant et croient qu’il est méchant, qu’il n’écoute pas. Or, il faut lui parler. Il faut lui permettre d’exprimer ses sentiments. C’est là que la qualité du temps passé avec l’enfant s’améliore. Le dialogue devient plus humain », fait ressortir la directrice de Bethléem. Elle souligne d’autre part qu’il n’y a pas que le côté matériel et confort qu’il importe d’apporter à un enfant : « Il n’y a pas que les habits. Il lui faut aussi des câlins. Je mets toujours l’accent sur cet aspect émotionnel. Il faut l’aider à gérer ses sentiments. Par exemple, quand on lui dit « Tu ne peux pas grimper sur cette table ». On doit le laisser réfléchir sur le pourquoi et ne pas lui donner la réponse tout de suite ». Si l’école Bethléem mettait déjà en pratique les notions de ce programme international, se souciant de chaque enfant dans son individualité, Zippy est venu renforcer le concept. « Notre école est une école de la vie où on est très attentif aux besoins de l’enfant. Il ne veut pas travailler. Il ne faut pas le presser. Il faut qu’il se sente bien dans son corps et dans sa tête. Le désir est important », ajoute Mme Paris-Davy.
Deux fois par semaine, durant une trentaine de minutes, les élèves de la grande section maternelle ont le plaisir d’interagir autour de Zippy. Le programme comporte six modules qui devraient parvenir à terme en septembre prochain. La classe de Zippy débute toujours par un rituel : un même chant sur leur ami insecte. Des règlements sont à respecter, tels ne pas dire des choses méchantes sur l’autre ; un seul élève parle à la fois ; être à l’écoute ; lever la main si l’on veut parler ; ne pas intimider ses amis ou encore ne pas être obligé de répondre à une question. « Ces règles, que les élèves appliquent en dehors de la classe de Zippy, nous aident beaucoup », témoignent Nadège Lafrance-Quirin, Joëlle Bonnefemme, Anielle Hélène, Annick Bhowany, Michaëlla Charles et Dolly Murymoothoo, les six éducatrices de l’école impliquées dans le programme. Elles ont été formées par une équipe de l’étranger. Au terme de la classe, « on demande aux enfants ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils n’ont pas aimé et comment ils se sont sentis ». Les bienfaits de Zippy, ce n’est pas qu’à l’école. « Ils apportent cela chez eux. Il y a une enfant qui a pu dire à sa maman : « Tu devrais sourire plus souvent » », témoigne une éducatrice. Zippy a aussi aidé les petits à s’ouvrir aux autres. « Ils ont appris à accueillir leurs amis plus timides ». Par ailleurs, cette classe aide à « trouver des solutions pouvant aider à surmonter des difficultés. Ce sont eux qui identifient la solution : qu’est-ce qu’on peut faire dans cette situation ? » Les éducatrices disent avoir eu la possibilité, à travers ce programme, de mieux cerner ce qui se recèle en général chez les moins loquaces.
S’adapter aux pertes et au deuil
L’intérêt suscité par Zippy est tel, selon les éducatrices, que comme témoigne l’une d’elles, « un jour, une fille, qui était souffrante, a insisté pour venir à l’école à 10 h, parce qu’il y avait la classe de Zippy ».
Bientôt, le cinquième module du programme, portant sur « Les changements et les pertes », sera abordé. Dans ce contexte, une visite au cimetière sera proposée aux enfants avec l’accord de leurs parents. « Les enfants y vont pour découvrir et observer un endroit où reposent les morts. Cette séance est souvent la plus appréciée de toutes les séances par les enfants et les enseignants. Ce n’est pas une visite religieuse ou un enseignement religieux », indique-t-on. Bien davantage, l’intérêt est d’aider les enfants à s’adapter aux pertes et séparations : un proche, un ami, un animal. « Ce module aide à une meilleure compréhension de ce qu’est la mort et les aide à explorer les différentes stratégies d’adaptation face aux pertes et au deuil ».
En somme, au lieu de la compétition, « Les Amis de Zippy » privilégie l’entraide et encourage les enfants à apprendre par eux-mêmes. L’éducatrice évite de faire la morale aux petits en leur disant ce qui est bien ou mal. Ils sont encouragés par des « bravos » ou « c’est une bonne idée ». Quant aux plus turbulents ou qui ne montrent pas trop d’intérêt, des responsabilités leur sont confiées. Des astuces pédagogiques très utiles pour une meilleure société et qui font leurs preuves…