Certains aspects de notre mode de vie feraient que d’ici 2050, plus de 5 milliards de personnes – soit la moitié de la population mondiale – seront myopes. C’est du moins ce que suggère une récente étude menée par des chercheurs de l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud, en Australie, et de l’Institut de Recherche de la vision de Singapour. « Une forte myopie augmente le risque de pathologies oculaires comme la cataracte, le glaucome, le décollement de la rétine ou la dégénérescence maculaire, qui peuvent mener à une perte de la vision », préviennent ces chercheurs qui mettent en cause : le manque d’activités en extérieur et notre obsession pour les écrans d’ordinateur et de smartphones.
Dans leur rapport publié dans la revue Ophtalmology, ces chercheurs indiquent que pour parvenir à de ces conclusions, ils ont réalisé une revue systématique et une méta-analyse d’articles en utilisant des données publiées depuis 1995. Ces analyses comprenaient 145 études rassemblant 2,1 millions de personnes. Ils ont observé qu’en 2000, il y avait dans le monde 1,406 millions de personnes myopes (soit 22,9 % de la population mondiale). Parmi celles-ci, 63 millions souffraient d’un fort trouble de la vision risquant d’aboutir à un glaucome, une cataracte ou encore un décollement de la rétine.
Partis de ces données, les chercheurs ont émis des prévisions et concernant 2050, l’avenir s’assombrit. Les projections prédisent en effet une prévalence de la myopie multipliée par cinq, soit environ 4,758 millions de personnes (49,8 % de la population mondiale) parmi lesquelles 938 millions (9,8%) seront atteintes de myopie sévère. Pire encore, d’après les auteurs, le nombre de personnes qui risquent de perdre la vue à cause de la myopie sera multiplié par sept entre 2000 et 2050.
En cause, disent-ils, « des facteurs environnementaux, principalement liés à une réduction du temps passé à l’extérieur pour travailler à l’intérieur ». Faisant ressortir que la myopie est certes un trouble de la vision en partie héréditaire, les scientifiques estiment cependant que la prédisposition génétique ne justifie pas les tendances observées à la hausse sur une si courte période. Selon eux, le mode de vie et les changements de comportement qui ont eu lieu au cours des dernières décennies, ont eu de véritables répercussions sur la qualité de notre vision. Si la lumière naturelle est désormais réputée par de nombreux chercheurs comme un élément préventif contre la myopie, peu de personnes en font véritablement profit, observent-ils. En effet, que ce soit au travail, à l’école, ou juste pour le plaisir, les moments en extérieur deviennent au fil des années de plus en plus limités au profit d’activités intérieures. Or celles-ci sollicitent bien souvent la vision de près, sur papier comme sur écran, mettant nos yeux à dure épreuve. Une tendance exacerbée par une utilisation accrue des outils numériques comme les smartphones ou les tablettes.
Selon les auteurs de cette étude, les pays les plus concernés sont à ce titre les plus développés. En Europe de l’Ouest, par exemple, les cas de myopie devraient toucher 56,2% de la population en 2050 contre 28,5% en 2010. De quoi sérieusement s’inquiéter. En effet, à l’heure où un nombre croissant de personnes ont effectivement de plus en plus de mal à se passer de leur écran plus d’une journée, un problème de santé majeur se pose alors. Les chercheurs invitent ainsi les parents à soumettre leurs enfants à des examens ophtalmologiques réguliers pour dépister ce trouble de la vue et mettre éventuellement en place des stratégies à titre préventif.