Environ 30% de la population féminine âgée de 12 à 19 ans serait anémique, selon une étude du ministère de la Santé en date de l’année dernière. Ces jeunes filles souffrent en effet d’une carence en fer dix fois plus que les garçons de leur âge, et ce du fait des règles abondantes résultant d’un dérèglement hormonal. Elles connaissent aussi une croissance rapide et, pire, elles ne mangent pas à leur faim, essayant tout le temps de garder la ligne. Ce faisant, les jeunes Mauriciennes mettent leur vie en danger, préviennent des médecins.
Une jeune fille de 15 ans, élève du collège MEDCO de Cassis, témoigne. Si elle nie avoir des vertiges ou se sentir faible, elle avoue cependant ne pas « aimer » s’alimenter. « Je n’aime pas manger. On me donne du pain, mais je n’aime pas m’alimenter. Je ne suis pas faible, je peux suivre mes classes », dit-elle. À la question de savoir si ses profs ne lui ont pas expliqué la nécessité d’un bon petit-déjeuner le matin, elle répond sèchement : « Si, ils le disent. Mais je n’aime pas manger. Je ne peux pas. Mais je ne suis pas malade. »
Or, pour le bon fonctionnement de l’organisme, l’apport en nutriments est important. De même, le fer joue également un rôle primordial. Les besoins journaliers en fer varient ainsi entre 15 et 16 mg/jour, explique la diététicienne Ruvina Seebun. « Le fer est important pour le développement des globules rouges, qui véhiculent l’oxygène partout dans le corps. S’il n’y a pas assez de globules rouges, les cellules du corps ne travaillent pas bien, ce qui peut avoir un effet systémique à long terme », dit-elle. La diététicienne explique que le fer qu’on trouve dans les produits animaliers (poulet, poisson, fruits de mer, viande rouge, abats…) sont mieux absorbés par le corps. Mais il y en a aussi dans les légumes verts, comme les brèdes, la laitue, le cresson, les grains secs, les haricots rouges ou encore le pois chiche, pour ne citer que ceux-là. Et d’ajouter : « Tous les fruits et légumes en contiennent, mais le fer qui s’y trouve est moins assimilable que celui des produits animaliers. Il faut en prendre à chaque repas », indique-t-elle.
Selon le Dr Jai Kant Misra, spécialiste en médecine interne à Apollo Bramwell, l’anémie peut affecter la vie sexuelle et reproductive des jeunes filles. « Un changement dans les habitudes alimentaires peut éviter cela. Si c’est bien traité, on peut renverser la situation. En revanche, l’anémie peut devenir irréversible si on ne la soigne pas rapidement. Il faut aussi savoir que chez les filles, l’anémie devient plus à risques lorsqu’elles atteignent l’âge de la maternité. Elle peut affecter leur vie sexuelle et, même, leurs grossesses », fait-il ressortir.
Au collège MEDCO de Cassis, la direction a mis en place un programme de santé prévoyant des examens médicaux ainsi que des causeries sur divers sujets, dont la nutrition, le sport, l’abus de drogues ou encore le tabagisme. L’objectif est d’informer les jeunes sur les dangers qui menacent leur santé. Bhagwandas Bhoyroo, directeur adjoint de cet établissement scolaire pour filles, estime ainsi que beaucoup de parents n’ont pas le temps de préparer un petit-déjeuner convenable à leurs enfants. « Ceux que nous avons rencontrés à l’école disent qu’ils partent au travail avant les enfants ou qu’ils n’ont pas les moyens. Mais il manque aussi de discipline au lever du jour dans ces familles. Presque 99% des parents ne prennent en effet pas de petit-déjeuner avec leurs enfants », déclare-t-il.
La santé des jeunes filles est également surveillée de près par la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA), une institution qui s’occupe de la santé sexuelle et reproductive à Maurice. La directrice exécutive, Vidya Charan, explique ainsi que la santé sexuelle et reproductive des jeunes, surtout des filles, est « très importante » afin de prévenir d’éventuelles complications ultérieures dans leur vie sexuelle une fois à l’âge adulte. « Beaucoup de jeunes filles ne savent pas ce qui se passe à l’intérieur de leur corps. Certaines sont faibles et anémiques, d’autres sont au contraire obèses. Elles ne mangent pas bien et, certaines, n’ont pas de repas équilibrés, ce qui provoque des problèmes de santé, surtout lorsqu’elles ont leur puberté car elles ont alors leur cycle menstruel et perdent beaucoup de sang chaque mois. »
Développer de bonnes habitudes alimentaires dès son plus jeune âge, telle devrait être la démarche de tout un chacun, et plus particulièrement encore des jeunes filles, souvent malheureusement plus préoccupées par leur silhouette que par leur santé. Beaucoup d’entre elles adoptent un régime drastique où le repas est souvent déficitaire en sources de fer. La malbouffe entraîne alors de graves risques pour leur santé.