Des médecins, généralistes et spécialistes, du privé comme du public, dénoncent « la pratique continue de médecins étrangers, surtout de spécialistes, qui viennent à Maurice uniquement durant les week-ends pour pratiquer des interventions chirurgicales sur divers patients et reprendre l’avion » le lundi matin.

«Quel suivi offrent-ils à ces patients ? Car une intervention chirurgicale peut présenter des répercussions et des complications. Vers qui se tournent ces patients dans ces cas-là ? » demandent-ils. Considérant ces « mauvaises pratiques » comme des « entorses au serment d’Hippocrate », ces professionnels de la médecine sollicitent l’intervention des autorités concernées, dont l’Ordre des Médecins… « Cela fait presque une décennie que cette “pratique” se perpétue.

À la demande de quelques cliniques locales, des médecins, dont certains sont des Mauriciens établis à l’île soeur, débarquent à Maurice le vendredi soir et pratiquent des interventions samedi et dimanche sur les patients dont les dossiers leur ont été référés par les cliniques. Et le lundi matin, ils repartent par le premier vol dûment payés pour les interventions réalisées… » dénoncent-ils.

Le problème « majeur », indiquent ces médecins du privé et du public, « c’est qu’une chirurgie, ce n’est pas une intervention légère ». Ils poursuivent : « Sans mettre en doute le professionnalisme de ces confrères, ce qui nous interpelle, c’est un manquement grave à la déontologie. Parce que quand ces patients se retrouvent en difficulté, vers qui se tournent-ils ? Ceux qui les ont opérés sont partis et ne reviennent pas les voir durant la semaine qui s’écoule suivant l’intervention. »

De fait, soutiennent nos interlocuteurs : « Dans bien des cas, ces patients s’adressent à des médecins locaux. Mais ceux-ci sont réticents à prendre cette responsabilité puisque ce ne sont pas eux qui ont pratiqué les interventions ! S’il s’avère que la situation se détériore, ce sont eux qui seront pointés du doigt ! (…) La plupart de ces confrères qui font le va-et-vient entre Maurice et La Réunion sont spécialisés dans les maladies cardiovasculaires. Mais il y a aussi des spécialistes d’autres pathologies. C’est à la demande des cliniques. »

Ces médecins, qui attirent l’attention des autorités et du Medical Council sur cette « pratique indécente », insistent sur le fait que « ce n’est pas du tout éthique de la part de ces confrères “du week-end” car ils abandonnent » leurs patients. « Ceux-ci sont livrés à eux-mêmes. Et on sait que chaque personne a ses propres spécificités en matière de tolérance aux médicaments. Comment s’en sortent- ils dans ces cas ? Est-ce que ces médecins sont à ce point indifférents ? »

Dans le même souffle, nos interlocuteurs souhaitent que le Medical Council « prenne le temps de mener une petite enquête » sur cette question. « Quel genre de “work permit” est délivré à ces médecins ? Sous quels arrangements peuvent-ils venir pratiquer des interventions chirurgicales chez nous et se faire payer ? D’autant qu’ils ne paient pas la taxe ici ! »

Ces médecins rappellent: « La responsabilité du médecin n’est pas uniquement de pratiquer une intervention. Il doit aussi s’assurer que durant la convalescence du patient, il ne lui arrive rien. Or, ces médecins ne font pas cela. »