Un 3e décès relatif au H3N2 survenu hier provoque le branle-bas
Les médecins, lançant un appel à la vigilance en cette période hivernale, préviennent que d’autres types de grippe aussi peuvent être mortelles
Avec la recrudescence des cas de grippe et d’infections respiratoires, en ce début d’hiver, l’alerte est au maximum au sein des services hospitaliers public et privé. Pour cause, les cas de H1N1 diagnostiqués parmi les malades et deux décès, ceux de Gorahbhay Ruhowally (59 ans) et de Shashi Pursun (38 ans) survenus mardi dernier, officiellement associés à ce virus. Alors qu’en début de la semaine dernière, le ministère de la Santé faisait état de six cas de grippe H1N1, totalisant 34 cas depuis début 2017, en fin de semaine, il annonçait que sur 301 spécimens analysés, le chiffre passait à 48 cas diagnostiqués depuis le début de l’année. Soit 7 nouveaux cas enregistrés durant la semaine écoulée. Mais au ministère de la Santé aussi bien quue parmi des médecins du privé, on tente de relativiser et on assure que la situation n’est pas dramatique, le virus H1N1 étant sur le territoire mauricien depuis plusieurs années et en outre, il s’agit d’un virus grippal comme un autre qui peut causer des pertes de vie. Il n’en demeure pas moins qu’au niveau de la population, la tension commence à monter. Surtout avec le décès, hier, d’Aziz Joomun, 81 ans, victime, lui, du virus H3N2.
Alors qu’il avait, dans un premier temps, affirmé qu’il n’y avait aucun cas confirmé de grippe H1N1 parmi la population, les rumeurs enflant sur le sujet, associant certains décès dans le privé notamment à ce virus, le ministère de la Santé a fini par révéler, mardi dernier, qu’il y avait eu depuis le début de l’année 34 cas de H1N1 diagnostiqués. Une information qu’il ne pouvait taire à la suite du décès de Gorahbhay Ruhowally (59 ans), survenu mardi matin. Et alors que le ministre Husnoo, lors d’un point de presse, annonçait que six patients affectés par ce virus étaient placés en isolation ward, le décès de Shashi Pursun (38 ans) en fin d’après-midi, mardi, est venu relancer le spectre de la grippe H1N1, qui avait fait des milliers de victimes en 2009, et plusieurs morts.
Conscientes de la recrudescence des cas de grippe, fièvre et infections respiratoires en cette période de l’année, les autorités ont instauré, dès mardi, des Flu Clinics dans les centres hospitaliers publics, départageant ainsi les malades en fonction de leur symptômes, afin d’éviter la propagation du virus H1N1. Et dès lors, plus de cas suspects ont été soumis à des analyses. Si bien qu’en fin de semaine, le nombre de cas diagnostiqués depuis le début de 2017 s’élevait à 48 avec 7 nouveaux cas diagnostiqués, dont quatre admis à l’Intensive Care Unit (ICU) du public et trois dans des cliniques privées.
Un cas équivaut à 10
Tout en concédant que 48 cas diagnostiqués doivent être multipliés par 10 pour avoir une idée globale, tenant compte que de nombreuses victimes ne sont pas diagnostiquées ou que des patients des cliniques ou médecins privés ne sont pas répertoriés, ou encore qu’il existe des mild cases traités comme une grippe saisonnière, les professionnels de Santé tentent de relativiser la situation. Ils rappellent que ce n’est pas la première incidence de ce virus sur le territoire mauricien. “À sa première apparition en 2009, il avait fait beaucoup de victimes car il était nouveau et on n’avait pas encore de vaccins. Mais aujourd’hui, un grand nombre de Mauriciens l’ont déjà attrapé et en sont immunisés”, explique un généraliste avec plusieurs années d’expérience. Lors de son point de presse, mardi dernier, Anwar Husnno a fait ressortir qu’il existe différentes souches du virus H1N1 et qu’en étant vigilant, on éviterait une épidémie. D’où les Flu Clinics instaurées, mais aussi les nouvelles commandes de vaccins immunisants accessibles désormais à ceux qui le souhaitent, outre les personnes vulnérables comme les personnes âgées et ceux souffrant de complications sanitaires.
Cependant, dans le public, le spectre de 2009 revient. En fin de semaine, le nombre de consultations au niveau des centres de santé publics a augmenté. Idem dans le privé où certains médecins font état d’une pénurie de vaccins, les patients disposant de moyens ayant préféré se faire vacciner avant d’attraper tout virus grippal.
6000 cas par semaine : hausse conséquente du nombre de cas d’infections des voies respiratoires
Hier, l’annonce du décès d’Aziz Joomun à l’hôpital Jeetoo a provoqué un vent de panique. Aussi bien auprès des patients que du personnel soignant de l’hôpital. D’autant que cette victime de 81 ans est décédée du virus H3N2, une autre souche, plutôt inconnue des Mauriciens, mais qui suscite la peur chez beaucoup, car ayant causé mort d’homme. Or, dans les milieux hospitaliers, comme l’a indiqué Anwar Husnoo, on fait ressortir qu’”une simple grippe peut aussi parfois tuer.” “Savez-vous combien de décès associés à la grippe sont survenus depuis le début de l’année, sans que personne n’en parle? Vous serez étonné du chiffre, parce que justement, personne ne le remarque”, dit un médecin chevronné qui fait ressortir que dans le monde, chaque année, quelque 250,000 à 500,0000 personnes meurent d’infections respiratoires liées à la grippe, et ajoute qu’en outre à Maurice, chaque année, plusieurs personnes meurent des suites d’une grippe sans que cela ne se sache dans le public.
L’année dernière, entre le 30 mai et le 12 juin, pas moins de 10802 cas de grippe et d’infections aiguës des voies respiratoires ont été traités dans les hôpitaux publics. À la même période en 2016, 9314 cas avaient été répertoriés. Cet hiver, alors qu’entre le 16 et le 30 mai, il y a eu 6000 cas de grippe et le même nombre entre le 21 et le 27 mai, en quatre jours, soit entre le 28 et le 31 mai, plus de 8000 cas d’infections des voies respiratoires ont été enregistrés dans le public. Soit quelque 2000 à 3000 cas par jour autour de l’île, font remarquer les professionnels de santé, faisant ressortir qu’il existe un nombre comparable de consultations dans le privé. Ce qui leur fait dire que “le nombre de cas de grippe est en hausse en cette période; ce qui étonne, c’est que c’est en avance car habituellement, c’est en juillet qu’il y a une augmentation du nombre de malades.”
D’où l’appel à la vigilance. Les symptômes du virus H1NI sont les mêmes que ceux d’une grippe saisonnière avec, toutefois, une insistance de la toux sèche et des flegmes, principalement chez les personnes vulnérables. C’est pourquoi il faut prendre davantage de précautions, car le virus H1N1 peut être virulent chez certaines personnes. Outre la mise en quarantaine des patients dans les isolation wards des hôpitaux, en attendant leur guérison, et un suivi parallèle auprès de leurs proches, le personnel soignant, sur le pied d’alerte, pratique la vigilance en adoptant les mesures d’hygiène universelles, à savoir le port du masque et des gants.