Le dispositif de prévention contre la propagation du virus Ebola, mis en place par le ministère de la Santé, devra franchir ce week-end une nouvelle étape décisive. Le National Preparedness Plan contre l’épidémie d’Ebola, dont la première ébauche a déjà été élaborée, devra en effet faire l’objet d’un exercice de validation complète sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à partir de demain. Entre-temps, une section de l’hôpital de Souillac a déjà été emménagée pour accueillir l’Isolation Ward avec toutes les facilités médicales de base pour encadrer tout patient affecté par le virus de la fièvre hémorragique mortelle. En fin de semaine, le ministre de la Santé, Lorlus Bundhoo, a effectué une visite des lieux à un “Point of Entry” majeur, soit le Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, dans le cadre d’un atelier de travail en vue de sensibiliser le personnel, affecté à tous les services aéroportuaires, sur l’importance de la prévention contre la présence du virus d’Ebola à Maurice.
La demande soumise formellement par le ministère de la Santé auprès de l’OMS a été agréée et un expert de cette organisation internationale est attendu à Maurice dès demain. Ainsi, le Dr Wilson Gachar sera en mission officielle, et ce pour une semaine. Dès son arrivée à Maurice, cet expert de l’OMS aura des séances de travail avec les hauts officiels du secteur de la Santé publique au sujet des mesures et des procédures adoptées depuis l’annonce de l’OMS décrétant le virus Ebola en tant qu’urgence médicale internationale.
En fin de semaine, la situation est devenue plus dramatique, l’OMS arrivant à la conclusion que, jusqu’ici, l’évaluation des dégâts et de la propagation du virus sur le terrain, principalement dans les pays foyers en Afrique de l’Ouest, a été « largement sous-évaluée ». La mission du Dr Gachar revêt toute son importance car il débarquera avec, dans ses valises, les dernières consignes pour lutter contre la propagation du virus. Après avoir passé en revue les grandes lignes du Preparedness Plan du ministère de la Santé, l’expert animera, lundi matin – au nouveau centre de lutte contre Ebola, à Souillac –, un atelier de travail en présence des Stakeholders en vue de mieux préciser les priorités dans la conjoncture.
Les principales composantes de ce Preparedness Plan comprennent les aspects de “Response, Planning and Coordination” des autorités à la découverte du virus à l’intérieur des frontières, le Border Control, la surveillance des passagers débarquant de l’étranger, l’Hospital Preparedness, le Laboratory Preparedness et la communication. Ce rapport ne sera rendu public qu’après les consultations avec le représentant de l’OMS, basé au Kenya. Des changements pourront également être apportés au plan au fil du temps, et dépendant de l’évolution de la situation.
D’ailleurs, jeudi dernier, le représentant de l’OMS, Ajay Nundoochand, le Liaison Officer de l’organisation à Maurice, a animé un “workshop” dans l’enceinte de l’aéroport à l’intention de tous ceux qui sont « in the front line » dans la prévention. Le ministre Bundhoo, présent à cette occasion, s’est appesanti sur l’importance de tout mettre en oeuvre pour garder le virus Ebola loin des rivages de notre pays. Pour sa part, le représentant de l’OMS à Maurice a souligné que « le risque d’Ebola reste bien réel du fait du mouvement des passagers de par le monde ».
Dans un premier temps, des “guidelines” ont été distribués à toux ceux qui travaillent à l’aéroport et dans le port, soit dans les secteurs du Catering Department, de la douane, des services de Santé, des boutiques hors taxes, de la police et des agents des sociétés de gardiennage, du personnel navigant des compagnies aériennes, du nettoyage des avions, de la manutention des bagages ou encore des opérations au sol.
Des équipements pour le “screening” médical des passagers sont déjà opérationnels à l’arrivée des passagers et le ministère envisage de renforcer cette disposition de détection de tout potentiel porteur du virus débarquant à Maurice, avec une distribution d’une quarantaine de thermomètres à infrarouge. L’installation dans l’enceinte de l’aérogare d’une deuxième caméra thermale est à l’étude. Le ministère procédera à un recrutement de 75 Health Surveillance Officers, avec des Crash Courses pour les initier le plus rapidement possible à la détection dans des lieux à risques.
Compte tenu de l’importance de la lutte contre le virus, tout le programme est placé sous la supervision du National Disaster Committee du Prime Minister’s Office, tandis que d’autres ministères sont aussi appelés à collaborer. Une des directives émises est qu’en cas de décès d’un éventuel porteur du virus, les proches ne pourront pas prendre possession de la dépouille. Les autorités assumeront en effet la responsabilité des funérailles afin d’éviter toute nouvelle propagation du virus. Le ministre Bundhoo a confirmé l’identification de “Burial Places” spécifiques à cet effet.
Par ailleurs, le ministre de l’Agriculture, Satish Faugoo, a eu des consultations avec son collègue de la Santé en vue d’assurer un suivi par rapport aux chauves-souris et aux singes, considérés comme des vecteurs du virus d’Ebola. Les premiers résultats des analyses des prélèvements effectués par les vétérinaires n’indiquent aucun danger à ce sujet. Mais le ministère continuera à assurer le “monitoring” systématique sur le terrain. La principale difficulté à laquelle sont confrontées les autorités est que les chauves-souris constituent une espèce protégée.
Maurice n’a pas encore pris de décisions aussi drastiques que les Seychelles en matière de lutte contre le virus Ebola. En fin de semaine, les Seychelles ont en effet imposé, et ce avec effet immédiat, l’obtention d’un visa avant d’être autorisé à entrer dans l’archipel. Cette mesure ne s’applique pas seulement aux ressortissants des pays où le virus Ebola a été confirmé, mais aussi aux pays qui bordent les États touchés et d’autres dans la région. La liste de pays dressée par les autorités seychelloises comprend la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Congo, la RDC, la Gambie, la Mauritanie et le Sénégal.