Des Rs 10,9 milliards alloués au budget de la Santé, 83% concernent les centres hospitaliers publics, dont 80% sont dépensés sur les maladies non-transmissibles, tels le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires et le cancer. “Des chiffres inacceptables et inquiétants”, tenant compte que les maladies non-transmissibles sont les principales causes de mortalité à Maurice. “Il est impératif de changer la donne, d’autant qu’une population en mauvaise santé équivaut à une économie affaiblie.” C’est le message véhiculé, vendredi, par le Premier ministre Pravind Jugnauth qui participait, aux côtés du ministre de la Santé, Anwar Husnoo, et du directeur régional de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Laurent Musango, au lancement d’un programme visant la prévention nationale des maladies non-transmissibles à Upper Dagotière.
Si Maurice a fait d’énormes progrès en matière de développement social et économique ainsi que de “bonne gouvernance”, il est un fait “inacceptable” que nous avons une population irresponsable. Cela, en ce qui concerne sa santé. C’est ce que note le Premier ministre qui, chiffres à l’appui, dépeint un tableau “inquiétant” de la santé publique dont les dépenses au niveau des centres hospitaliers s’élèvent à plus de Rs 7,2 milliards.
Aujourd’hui, 20,5% de la population âgée entre 20 et 70 ans souffrent de diabète, 28,4% d’hypertension et 54,2% d’un problème de surpoids. Parallèlement, alors que 52,8% de la population consomment l’alcool et 20% sont fumeurs, seulement 23,7% des 25 à 74 ans pratiquent une activité physique régulière. Une situation “grave”, estime le PM, qui appelle à une prise de conscience pour éviter que l’économie du pays n’en souffre. “Lorsqu’on est malade, ce sont non seulement des soucis pour la famille et des dépenses pour l’État, mais également un manque à gagner dans les entreprises en raison du taux d’absentéisme qui, dès lors, affecte la productivité”, dit Pravind Jugnauth. C’est pourquoi, souligne-t-il, selon l’adage, “prevention is better than cure.”
L’éducation
Dans cette optique, le gouvernement mise sur l’éducation qui est, selon lui, la première voie vers une bonne santé. “Il nous faut être informé et faire de notre mieux pour être en bonne santé. Les enfants doivent être formés dès le plus jeune âge. C’est pourquoi l’éducation physique, dans le cadre du 9-year Schooling, deviendra une matière obligatoire. Pour une bonne santé, il nous faut éviter les abus alimentaires, mais aussi les abus d’alcool, et bannir la cigarette”, plaide-t-il. D’où les taxes imposées sur les cigarettes à chaque budget pour décourager les gens de fumer. Le PM a également dévoilé sa volonté que les infrastructures adéquates soient mises à la disposition de la population pour l’aider à préserver sa santé à travers des activités physiques. Dans cette optique, le PM laisse entendre que le gouvernement étudie en ce moment la possibilité de mettre au service du public les infrastructures sportives installées dans les écoles, afin d’en faire non seulement un usage efficace en dehors des heures de classe mais aussi pour donner la possibilité à un plus grand nombre de Mauriciens de pratiquer une activité physique. Dans le sillage, le PM annonce une solution pour les habitants de l’Espérance qui se plaignent que le dispensaire se trouve trop loin des habitations, et la conversion de l’Area Health Centre de Quartier-Militaire en Mediclinic pour proposer un service moderne.
Le ministre de la Santé a, lui, mis l’accent sur la nécessité de prévenir les maladies non-transmissibles, dont le diabète pour lequel Maurice figure à la 3e marche des pays au monde où le nombre de diabétiques est le plus élevé. “Et Maurice est médaillé d’or en la matière en Afrique, ce qui est très inquiétant”, a souligné Anwar Husnoo, plaidant pour la vigilance de chaque citoyen. À ce propos, il appelle la population à pratiquer une activité physique pour préserver sa santé. Le ministre s’est aussi appesanti sur le nombre grandissant du cancer du sein parmi la population mauricienne et demande aux femmes de prendre avantage des dispositifs mis en place dans les centres de santé publics pour se faire dépister au plus tôt. “Si le mal est détecté tôt, il peut être traité au plus vite”, rappelle-t-il.
Dépression
Le directeur régional de l’OMS s’est, pour sa part, attardé sur le thème de la Journée mondiale de la Santé, célébrée chaque 7 avril. Cette année, l’OMS a mis l’accent sur “Dépression : parlons-en”, du fait notamment que cette maladie touche environ 332 millions de personnes dans le monde, qu’elle est la principale cause d’incapacité à l’échelle mondiale et contribue fortement à la charge mondiale de la maladie. En région africaine, près de 30 millions de citoyens (soit une personne sur 10) souffrent de cette affection qui touche tous les âges et toutes les communautés. C’est pourquoi il est important de prévenir cette maladie et de traiter de toute urgence les personnes touchées par ce trouble, affectées par la stigmatisation et la peur de l’isolement social. “Le simple fait de parler de la dépression peut aider à la prévenir en mettant fin à la stigmatisation”, a rappelé Laurent Musango, demandant, au nom de l’OMS, à ce qu’on parle de la dépression dans le milieu scolaire, professionnel, familial, amical “Demandons aussi aux individus d’éviter les situations stressantes, l’usage abusif de l’alcool et totalement la consommation de drogue”, dit-il, préconisant une alimentation équilibrée et ses exercices physiques qui peuvent améliorer le bien-être et prévenir la dépression.