Les détenus ont, durant ces trois dernières années, dépensé un total de Rs 85 millions pour l’achat de cigarettes dans l’enceinte des prisons à Maurice.

Cette somme a été révélée hier par le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, qui participait à l’inauguration de la Tobacco Cessation Prevention Unit à la prison de Melrose. Cette unité a pour objectif d’aider les anciens et nouveaux prisonniers « à mettre un frein à leurs habitudes de fumer », d’autant plus que la cigarette est interdite dans la prison.

Sur les 2 500 prisonniers du pays, 90% sont des fumeurs. « Sa bann sif-la interpel nou e se pour sa ki nou prezan a lapel komiser Appadoo », a déclaré le ministre. Pour lui, la mise sur pied de cette unité dans les milieux carcéraux constitue « une étape importante » pour lutter contre le tabagisme. Anwar Husnoo affirme qu’en ce sens le thème choisi cette année pour la Journée mondiale sans tabac, célébrée le 30 mai dernier, était « la cigarette et la santé des poumons ».
Cette campagne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a avancé Anwar Husnoo, met l’accent sur les effets néfastes de la cigarette, notamment en termes de maladies respiratoires chroniques. « Sigaret fer dimounn vinn asmatik ek limit ou bann aktivite fizik ki kapav rann ou andikape », a expliqué le médecin-ministre Husnoo aux détenus venus l’écouter hier à la prison de Melrose.

Pour lui, la consommation de la cigarette est « la seule cause » de la maladie et de décès, mais elle est aussi la raison de plus de sept millions de morts dans le monde annuellement. En ce qui concerne Maurice, les statistiques du ministère de la Santé, selon Anwar Husnoo, démontrent que 1 000 personnes meurent chaque année en raison de la cigarette avec 38% des adultes du pays étant des fumeurs. « Tou le lane, gouvernma pe ogmant tax lor sigaret ek sa pe ed nou dekouraz dimounn fime », a soutenu le ministre, avançant dans la foulée que des Smoking Cessation Clinics opèrent dans les hôpitaux pour aider les fumeurs accros.

Le ministre a également lancé un appel aux détenus de la prison de Melrose pour qu’ils « cessent de fumer le plus tôt possible » et qu’ils « commencent à conserver l’argent dépensé pour les besoins de vos familles ». Quant au Commissaire des prisons, Vinod Appadoo, il s’est dit confiant que le trafic de tabac dans l’enceinte des prisons est « minime », et ce grâce aux mesures prises au niveau des établissements pénitentiaires depuis l’interdiction de la cigarette.

Selon lui, il n’y aurait plus de trafic de cigarettes au sein des prisons. Il a expliqué qu’il y a une « vigilance renforcée » des gardes-chiourmes mais aussi « des mesures d’accompagnement », notamment avec une réduction progressive des quantités de cigarettes fournies aux détenus dernièrement.

Toutefois, certains prisonniers laissent entendre que, depuis l’entrée en vigueur de cette mesure interdisant les cigarettes en février dernier, il est « difficile de vivre sans le tabac en prison ». Ils concèdent néanmoins que « cette situation a changé notre vie ».