L’île Maurice subit des changements au sein de sa société qui ont mis à jour un certain nombre de maux dont les grossesses précoces chez les adolescentes. De nombreuses adolescentes tombent enceintes malgré leur jeune âge. Environ 230 cas ont été enregistrés en 2011, et c’est trop, déclarent les autorités compétentes.
Jacqueline (nom fictif) a 14 ans mais elle est déjà mère d’un bébé de neuf mois. Elle regrette aujourd’hui d’avoir eu des rapports sexuels à un si jeune âge. Lors d’une rencontre au centre d’accueil pour adolescentes de la Mauritius Family Planning And Welfare Association à Bell-Village, Jacqueline avoue avoir fait des choses qu’il ne fallait pas avec son copain. « Je suis tombée enceinte de mon copain qui est aussi mon voisin et le frère de mon amie. Je suis triste. J’ai dû quitter l’école mais je pense reprendre mes cours lorsque mon bébé sera plus grand », dit-elle.
Jacqueline n’est pas seule. Il y a aussi Marguerite (nom fictif) 16 ans, dont le copain a refusé de reconnaître la paternité de son bébé. Marguerite raconte : « Je suis sorti avec lui pendant sept mois et je me suis retrouvée enceinte. » Mais, un nouveau problème surgit : son copain lui dit que le bébé n’est pas de lui. « Il m’a blâmée. Je suis déçue », ajoute-t-elle.
Au total, 230 cas de grossesse précoce chez les adolescentes ont été enregistrés à ce centre d’accueil en 2011 et 130 à ce jour en 2012. Un des responsables du centre estime que c’est trop pour une petite île comme Maurice. « C’est très sérieux, d’autant plus que beaucoup de cas ne sont pas rapportés à cause de la stigmatisation, du traumatisme subi par les victimes et aussi par crainte lorsque le coupable est membre de la famille », souligne-t-il.
Le gynécologue Chandra Shekar Ramdaursingh parle de changements dans les moeurs mauriciennes pour expliquer la hausse des grossesses précoces chez les adolescentes. Il estime que ces grossesses précoces sont en hausse parce qu’il y a un grand changement dans les moeurs à Maurice. « Ce n’est plus pareil comme auparavant. Il y a maintenant les “fast-food centres” où beaucoup de jeunes filles et garçons fument et consomment des produits alcooliques. Nous savons aussi que les parents n’ont pas assez de temps à consacrer à leurs enfants. Dans les pays développés, il est acceptable d’avoir un copain ou une copine. Maintenant avec Facebook, tous les jeunes ont des copains et des copines. Beaucoup de Mauriciens acceptent que leurs enfants aient ce genre de relations », dit-il.
Au collège MEDCO, Cassis, Stacey Antoinette et ses amies suivent des causeries sur la santé sexuelle et reproductive régulièrement animée par les membres d’une ONG. Elle explique les changements qui s’opèrent dans le corps d’une fille à la puberté. « Lorsque le corps d’une fille commence à se développer, elle a envie de quelque chose — parfois, elle ne peut retenir cette envie et elle commence à s’intéresser au corps masculin. Elle se fait belle pour attirer l’attention des hommes », dit-elle. Son amie Virginie Teeluck évoque les conseils qu’on leur prodigue dans ces causeries. Par exemple : comment une fille doit protéger son corps et ne pas tomber dans le piège de certains hommes. Shannon L’Œillet, une autre élève, ajoute : « Nous apprenons aussi comment calmer notre désir et attendre la maturité avant d’avoir des rapports sexuels. Mais si l’envie persiste, on nous conseille de prendre des précautions, surtout que nous venons d’entrer en puberté et que nous ne sommes pas prêtes pour passer à l’acte. » Lors de ces causeries, on leur parle aussi de la menstruation, de l’ovulation et des risques de grossesse, des infections sexuelles et autres maladies. Shannon blâme ses parents qui ne parlent pas de sexe à la maison. « Ils sont gênés et c’est à l’extérieur, avec nos amis, que nous apprenons la chose sexuelle et très souvent mal », avoue-t-elle.
Gêné, oui, mais, insiste Rajcoomar (nom fictif) dont la nièce est tombée enceinte à 17 ans, chacun doit prendre ses responsabilités. Employé du transport, il dit voir tous les jours « le cinéma que font les filles et les garçons aux arrêts d’autobus. » « Les filles doivent savoir ce qu’elles font et ne pas faire l’école buissonnière pour aller à la rencontre de leurs copains. Elles doivent être sincères avec leurs familles. D’accord, certains parents négligent leurs enfants mais pas tous. Je pense que les mères doivent parler de sexualité avec leurs filles et les pères avec leurs fils. L’école également doit parler de l’éducation sexuelle aux enfants », déclare-t-il.
Face à une telle situation, l’éducation sexuelle serait la bienvenue à l’école. Elle est importante tant pour les filles que les garçons qui sont, eux aussi, responsables de la hausse dans le nombre de cas de grossesses précoces à Maurice.