Dr Zibya Issack

Elle ne rentrera pas. Seule sa famille découvrira le dernier vêtement qu’elle avait porté juste avant son départ. Les traces de son rouge à lèvres sont encore sur la tasse de café laissée dans l’évier ce matin-là. Sarah Benazir Gheesa n’est plus. On reprendra le cours de la vie autrement, amèrement. Une dernière heure épouvantable lui a arraché la vie.

On se demande encore ce qu’a dû subir cette jeune femme de 25 ans quelques minutes avant sa mort. Quelles étaient ses dernières pensées et ses dernières prières ? On se demande aussi comment son assassin fera face au regard des proches de cette fille. Comment affrontera-t-il la société après cela ? Cette scène d’horreur sera à tout jamais ancrée au fond de son âme.

Les souvenirs de cette ancienne étudiante joviale et douce resteront dans les mémoires. Je revois encore ce sourire timide de Sarah Benazir Gheesa. C’était une élève attentive et une amie attentionnée. Elle ne marchait jamais seule. Elle arrivait toujours en classe avec sa bande d’amies robustes. Très méticuleuse dans le choix de ses habits, elle affichait raffinement et élégance. La distinction et le plaisir semblaient avoir pour elle un prix qui ne se marchande pas.

Lors d’une présentation très étoffée sur les superhéros des comics, elle avait conquis toute la classe par son charme et sa prestance. Elle avait choisi Spiderman de Marvel tout en faisant une description pointilleuse de ses pouvoirs arachnéens : force, agilité et acuité sensorielle. Je me demande aussi si elle n’avait pas procédé à une critique du Bouffon vert, ce « super-vilain » jaloux de Spiderman. Tous ces souvenirs restent aujourd’hui lointains et inatteignables. Qui aurait cru qu’elle serait un jour la première dans cette salle de classe à quitter ce monde ? Comment pouvais-je deviner que Sarah Benazir Gheesa partirait avant moi… elle qui avait presque la moitié de mon âge ? À l’heure qu’il est, je me penche confusément sur la dure réalité de la vie. Je me demande si j’ai peur de la mort ou si j’ai peur de mourir.

Sarah Benazir laissera un vide que nul ne pourra combler aux yeux de sa famille et de ses amis. Le trépas de cette fille nous rappellera également qu’il faut toujours se méfier des méchants loups. Comme le dit si bien ce proverbe français : « Où le loup trouve un agneau, il y en cherche un nouveau ».

Ce soir, elle n’est pas rentrée et, le lendemain, on a beaucoup pleuré.