Si l’introduction de la nouvelle loi sur l’avortement ne met pas fin à la pratique des faiseuses d’anges, elle sera certainement le début de sa fin. C’est ce qu’a affirmé le député mauve, Satish Boolell, au parlement hier, à l’heure des débats sur le texte concernant l’avortement.
Satish Boolell s’est appuyé sur sa longue expérience en tant qu’ancien médecin légiste pour parler des cas d’avortement durant son passage à la police. Selon le député mauve, l’on a toujours tendance à blâmer les faiseuses d’anges. Cependant, les femmes victimes de cette pratique ne les dénoncent jamais même lorsqu’elles sont interpellées par la police. « C’est la loi de l’omerta dans ce milieu ! », dit-il. Même un proche de la famille ne peut le faire, poursuit-il, car la loi telle qu’elle est aujourd’hui le considérerait comme complice. Il souligne que les dégâts causés au corps et à la santé de la femme sont immenses et souvent elles sont obligées de se rendre à l’hôpital pour un curetage. « This is where we have to make legal what has been practised in hospital », souligne-t-il.
Satish Boolell souligne que quelque 2 000 cas d’avortements, dont certains avec des conséquences graves, sont enregistrés tous les ans. Il poursuit que le nombre d’avortements est en baisse à Maurice et attribue cela à l’introduction de la pilule du lendemain.
Si les pauvres sont exploités parce que souvent le prix pratiqué par les faiseuses d’anges est très élevé, il prévient que la nouvelle loi ne devrait pas, cette fois-ci, être un jackpot pour les gynécologues. « Nous espérons que des règlements seront élaborés pour répondre aux cas spécifiques précisés dans la loi », affirme-t-il.
Satish Boolell met le doigt sur un autre problème auquel font face les jeunes de moins de 16 ans : les parents les obligent à avorter alors qu’ils souhaitent (NdlR : le jeune homme et la fille) garder l’enfant. La principale raison, soutient-il : dans notre société, on ne peut avoir un enfant en dehors du mariage. Il cite l’exemple de l’ashram que dirige son père à Port-Louis et qui accueille souvent des jeunes filles enceintes pour mettre au monde leurs bébés loin de leur entourage. Ces jeunes filles sont souvent considérées comme des parias à l’école et ont du mal à poursuivre leur scolarité. Pour lui, il faut aussi faire très attention aux allégations de viol qui donneraient suite à des avortements. « This is not a blank check », insiste-t-il. Y compris dans les cas d’inceste d’autant que ces actes n’ont pas lieu du jour au lendemain mais sur le temps, fait ressortir le député ; et souvent, la femme à la maison sait ce qui se passe. Et de poursuivre que l’inceste conduit des fois au suicide des jeunes femmes. Pour Satish Boolell, ceci relève d’un problème social.
Pour ce qui est du handicap, Satish Boolell affirme qu’au plan médical, il est « impossible to detect » le handicap mental sur un foetus. Il fait aussi ressortir que la pratique de l’échographie est une branche spécialisée de la médecine.
Rappelant que Maurice aspire à devenir un Medical Hub, il souligne qu’il faut veiller à ce que Maurice ne devienne pas un « Abortion Hub » pour les étrangers. Quelles seraient les spécifications pour les étrangers ?, s’interroge le député.
Satish Boolell est d’avis qu’il faut rendre les préservatifs gratuits et disponibles et que les filles et les femmes puissent s’habiller comme elles le souhaitent sans se faire agresser.
Au vu de tous ces problèmes qui surgissent, il affirme : « I am glad there is a law to save the people. » Il précise que la loi est volontaire et que ce n’est pas l’euthanasie qu’on pratique. Cependant, « est-ce que la loi suffit ? » Selon lui, elle n’arrêtera certainement pas les faiseuses d’anges dans leur travail mais sera le début de la fin de cette pratique. Il espère aussi que la nouvelle loi ne sera pas exploitée à des fins personnelles comme pour s’enrichir.