Fils d’un père historien, Satyendra Peerthum est tombé très tôt dans la marmite du savoir. Cela lui a donné un appétit d’ogre pour acquérir de nouvelles connaissances et développer cet amour pour l’histoire et la collection d’objets antiques.
L’esclavage, l’engagisme, l’histoire contemporaine. Des périodes que Satyendra Peerthum connaît sur le bout des doigts. Historien et chercheur à l’Aapravasi Ghat, il s’est également passionné pour la collection d’objets antiques. Pièces de monnaie très rares, manuscrits, livres, timbres, billets de banque, cartes postales… Il possède un véritable trésor. Certains de ces objets lui ont été légués par son père, Satteeanund Peerthum. D’autres ont été acquis lors de ses nombreux voyages ou par le truchement de ses contacts à l’étranger.
Valeur.
Satyendra Peerthum s’anime dès qu’on commence à parler de son domaine de prédilection. Il disserte avec délectation sur les différentes pièces de sa collection, qu’il a tenu à nous présenter. Il est visiblement à l’aise lorsqu’il évoque des faits historiques qui lui viennent des lectures assidues et des recherches qu’il a entreprises au fil des années dans les archives de Maurice ou à l’étranger.
Il nous fait découvrir des pièces datant même de l’époque du début du christianisme, exposées sur une petite table de son salon. Soigneusement conservées dans des pochettes en plastique, ces pièces sont parmi les plus rares de sa collection, mais Satyendra Peerthum s’abstient de nous révéler leur valeur. Nous n’en saurons pas davantage sur le nombre exact d’objets antiques qu’il possède. Mais il nous laisse comprendre que la valeur d’un objet est tributaire de sa condition et de sa rareté. Plus un objet est bien conservé et existe en un petit nombre d’exemplaires, plus sa valeur marchande est grande.
Connaissances.
Pour ce passionné d’histoire, ces objets ont une valeur inestimable. Rattaché à son contexte, chacun lui permet de mieux comprendre le passé. Il ne se contente pas de collectionner des objets; il effectue des recherches pour mieux situer leur origine et le contexte dans lequel ils ont apparu. C’est ainsi qu’il prend le prétexte d’une pièce de 5 sous portant l’effigie de la Reine Victoria pour nous expliquer l’ère victorienne, ou encore celle avec l’effigie du dieu Shiva et celle datant de l’époque de Jésus, qui peuvent avoir une signification précise pour l’hindou ou le chrétien. Satyendra Peerthum rappelle également le développement économique que l’argent, remplaçant le troc, a amené dans son sillage.
Parlant des livres qu’il possède, l’historien nous explique comment les connaissances se sont propagées grâce à eux, permettant aux civilisations d’effectuer de très grands progrès. Le passionné de littérature qu’il est peut aussi prendre connaissance de ce que les autres ont écrit et mieux comprendre l’évolution des langues.
Incompréhension.
Satyendra Peerthum collectionne ces objets pour être relié à l’histoire de l’humanité. Il fait siens les mots du grand collectionneur Marc Breitsprecher : “When you own a coin, you own a piece of history in your hand”. À ce propos, il reproche à de nombreux Mauriciens de ne pas s’intéresser à l’histoire de leur pays et à celle de l’humanité. Il constate avec beaucoup de regret que certaines personnes balancent à la poubelle des souvenirs du passé de leurs parents ou leurs grands-parents, sans tenir compte de leur valeur.
Reprenant l’habit de l’enseignant qu’il était, l’historien nous explique qu’un objet est considéré comme antique s’il date d’au moins cent ans. Sa valeur augmente avec le temps. Il tient comme à la prunelle de ses yeux aux objets qu’il possède. Il nous avoue que cela suscite parfois de l’incompréhension dans son entourage. “On me dit que je dépense mon argent avec ça.” Mais il ne s’en soucie guère. “C’est éducatif et c’est un passe-temps que je veux partager avec les autres. Pour moi, cela fait partie de l’histoire.”
Référence.
Satyendra Peerthum se plaint du manque d’intérêt grandissant pour des collections – timbres, pièces de monnaie et autres. “Il est triste de constater que nous vivons au jour le jour et que nous ne prenons pas en compte le patrimoine que nous possédons. Les gens ne visitent pas assez les musées pour découvrir les richesses de l’humanité.” Il est ému devant tout ce qu’ont pu accomplir nos ancêtres à travers les âges. Les objets qu’il possède sont à ses yeux des ponts de référence en temps qu’historien. “Ce sont des choses tangibles du passé.”
Heureux de posséder autant d’objets du passé, Satyendra Peerthum déclare que ce n’est pas une fierté mais quelque chose d’essentiel dans sa vie de collectionneur. “Nous sommes le produit du passé et notre présent sera du passé, demain.”