La Mauritian Wildlife Foundation a entamé son projet de translocation d’oiseaux de mer à l’île aux Aigrettes en 2009. Le but : réinitier l’interaction écologique qui existait auparavant sur l’île entre ces oiseaux et les autres animaux.
Nous avons suivi Julie Cole, responsable du projet, lors d’une de ses journées avec ces oiseaux de mer.
Comme chaque matin, Julie Cole et ses deux acolytes, Johann Bourgeois (volontaire) et Bhavnah Komul (Field Staff), effectuent le court trajet qui sépare leur station du petit sanctuaire aménagé pour les oiseaux de mer. À l’approche de l’endroit, les cris particuliers des oiseaux sont audibles. Très vite, nous apercevons des oiseaux marron. “Ceux avec les petites tâches blanches sont des sooty terns, les autres sont des common noddies. Un peu plus loin, nous avons quelques wedge-tailed shearwaters”, précise Julie Cole. Ces oisillons ont été capturés sur l’île aux Serpents. “On voulait rapporter également quelques lesser noddies, mais nous n’en avons pas trouvé lors de notre visite sur l’île aux Serpents”, poursuit-elle.
Tâche quotidienne.
Johann Bourgeois procède à l’appel grâce à un sifflet, ce qui ameute illico la petite colonie, qui n’a pas du tout l’air effrayé par la présence humaine. “Ils savent qu’on va les nourrir”, dit Julie Cole, en souriant.
Avant cette opération, les oiseaux sont attrapés et placés dans des cages. Certains se laissent faire; d’autres se mettent à courir et font de vaines tentatives pour s’envoler. “Avant de les nourrir, nous allons les peser. Nous le faisons tous les jours pour voir si certains ne grandissent pas comme il le devrait. Deux fois par semaine, nous les mesurons également. Cela nous permet d’avoir des informations qui nous seront utiles pour d’autres projets et pour mieux connaître les espèces”, soutient Julie Cole.
Nutrition.
Ensuite, on donne à chaque individu un petit poisson, en l’occurrence une petite sardine, dans laquelle ont été préalablement placées des vitamines qui sont essentielles à leur bonne santé. Après que chaque oiseau a reçu ses vitamines, il leur est donné leur repas complet, comprenant des sardines et des morceaux d’ourite. “Quand ils venaient d’arriver, on les nourrissait individuellement et cela prenait beaucoup de temps. Désormais, cela se fait en communauté. On place la nourriture sur des plateaux et ils s’approchent pour se nourrir. Nous nous assurons que chacun a la quantité dont il a besoin.”
Les responsables reviendront dans l’après-midi pour les nourrir de nouveau. Il faut savoir qu’un oiseau de mer peut ingurgiter jusqu’au 3/4 de son poids pour ses besoins vitaux.
Interaction.
Ce projet de translocation vise à remettre en place l’interaction entre les oiseaux de mer et les autres congénères de l’île aux Aigrettes. Comme son nom l’indique, l’île était auparavant un lieu de rendez-vous pour les aigrettes, espèce d’oiseau de mer et aussi d’autres espèces. “Comme le font tous les oiseaux de mer, ils apportaient beaucoup de nutriments sur l’île dont les autres animaux et les plantes bénéficiaient. Les morceaux de poissons qui tombent, la nourriture régurgitée ou encore leurs oeufs qui n’ont pas éclos servent de nourriture pour certaines espèces et fertilisent le sol également, ce qui est propice aux plantes. Ils vont également attirer des insectes et d’autres invertébrés qui serviront de nourriture pour les scinques de Telfair, les geckos et les oiseaux indigènes de l’île comme le olive white eye et le cardinal de Maurice”, souligne Julie Cole. Si cette interaction est réenclenchée, ce sera bénéfique pour la faune et la flore de l’île.
Reproduction.
Pour que ce soit possible, il est essentiel d’emmener les oiseaux sur l’île quelques semaines seulement après qu’ils sont sortis des oeufs. En général, les oiseaux de mer quittent la terre ferme où ils ont pris naissance et vont vivre sur la mer aussitôt qu’ils ont maîtrisé l’art de voler. Ils ne reviendront sur terre qu’après quatre, cinq, voire six années pour se reproduire. Selon Julie Cole, les oiseaux de mer ont tendance à revenir à l’endroit même où ils ont pris leur envol. Les responsables du projet espèrent que ces oiseaux reviendront et poursuivront naturellement cette interaction.
Notons que ce projet a été initié en 2009 avec des oiseaux pris de l’île Ronde, comme le paille-en-queue à queue rouge, le paille-en-queue à queue blanche et des wedge-tailed shearwaters qui, depuis, ont quitté l’île pour aller vivre en mer. Si tout se passe comme prévu, ils devraient être de retour sur l’île à partir de cette année pour se reproduire.
En 2011, quelques spécimens de ces mêmes espèces ont été relâchés, plus un common noddy. En outre, l’expérience acquise pour ce projet permettra peut-être aux scientifiques de mener d’autres projets sur les oiseaux de mer dont la survie est menacée.