Le trio des Moustiker reprend du service ce week-end à partir de ce soir au Kafé T @ Komiko, donnant un prolongement parodique au Festival du rire, qui a animé les lieux pendant dix jours jusqu’au 31 juillet avec des comédiens de Maurice et de la région. Leurs parodies de chansons françaises et leurs sketchs mettent du baume au coeur, de manière parfois désopilante, pour à peine le prix d’une place de cinéma. Le café théâtre pourrait être une autre forme de « happy hour » après la semaine du travail. Petit retour sur quelques moments de cette deuxième édition du Festival du rire.
Parfois, sur scène, les comédiens expriment leurs émotions profondes, oubliant celles presque feintes des personnages qu’ils interprètent. Miselaine Duval a dû interrompre pendant quelques instants son discours inaugural lors de l’ouverture du Festival du rire le 21 juillet dernier. Ces larmes exprimaient certes la tension liée à l’organisation d’un festival qui propose des spectacles différents pendant dix jours d’affilée. Elles disaient aussi le contentement de parvenir, au prix de nombreux efforts, à accomplir un rêve : faire du café théâtre mauricien dans une salle conçue pour cela. 
Si le projet Kafé T @ Komiko est encore fragile, s’il ne s’agit après tout que d’un enfant qui a à peine un an d’existence, le public qui est venu remplir presque chaque soir la salle pendant ces dix jours, a témoigné de la pertinence de la formule et de sa viabilité possible. Les esprits grincheux pourront toujours avancer que l’humour à la manière des Komikos est un humour facile, qui n’apporte rien à la création théâtrale et ne fait pas avancer les idées. Il est vrai que certaines créations, à l’instar de La belle et les bêtes, par exemple, offrent un divertissement d’une telle pauvreté intellectuelle qu’on se demande si les rires et même les joutes oratoires qu’ils déclenchent ne relèvent pas de l’automatisme. 
Le spectateur est venu dans l’intention de rire et le fait coûte que coûte, anticipant sur les pitreries du comédien, lui lançant même quelques plaisanteries de la pénombre de la salle. Wesley Duval et Alexandre Martin en sont parfois eux-mêmes étonnés, interrompant quelques instants le fil de leur action et lançant des regards interrogateurs vers la salle.
Le propos devient ici un prétexte pour rire de tout ce qui agace dans la vie courante. Il s’attaque aussi à quelques boucs émissaires assez gratinés, personnages caricaturaux assez généreux pour accepter de jouer le jeu : le gros paresseux concupiscent qui ne se lave pas (Alexandre Martin s’est prêté à ce personnage avec un plaisir presque sadique), le supermacho portant perruque cendrée (Didier Anthony en a fait des tonnes), le petit malin qui n’a pourtant pas inventé l’eau chaude (Wesley Duval), etc. 
Le travestissement, les plaisanteries en dessous de la ceinture, le jeu sur l’ambiguïté sexuelle quand les personnages masculins font semblant d’être homosexuels pour qu’une jeune femme accepte une colocation chez eux, les nombreux trucs et astuces de l’humour facile sont présents dans cette pièce. Mais les quatre comédiens qui y participent ont suffisamment d’expérience et d’habileté pour exploiter le sens comique à la limite de la farce de ces personnages.
Expérience théâtrale
Aux antipodes de cette pièce qui pratique l’humour au premier degré, le festival a proposé un « kabar maské », la première création de la compagnie Ibao, dans laquelle les quatre comédiens réunionnais entraînés par Didier Ibao offrent de multiples objets de divertissement. Bien connu sur les scènes de la région, Didier Ibao a voulu questionner la fonction théâtrale et la culture réunionnaise, faisant appel pour cette expérience autant à l’art du costume qu’à la richesse de l’écriture créole. 
Trois auteurs y ont contribué et non des moindres puisqu’ils sont tous trois des spécialistes de la culture réunionnaise : Barbara Robert, le conteur Sully Andoche et le chanteur Danyel Waro. De fait, la langue est ici tellement travaillée qu’on ne pouvait en saisir toutes les subtilités à moins d’être un connaisseur vraiment très assidu de l’île soeur. Pourtant, les comédiens ont ici suffisamment de tours dans leur sac pour déclencher l’hilarité du début à la fin de la représentation.
Les costumes particulièrement travaillés, la versatilité des personnages et la richesse de leur jeu ont permis de ravir le public en jouant autant sur le registre de la farce que sur le pouvoir humoristique des situations et des mots, et sur la magie créée par les lumières et la chatoyance de leurs costumes mêlant les styles et référents culturels. Les personnages sont ostensiblement fictifs et le jeu sur l’illusion se concrétise sur scène jusque dans la création de marchands de poudre de perlimpinpin… 
Dekros la line qui est une sorte de satire de la vie politique et du pouvoir, véhicule une quantité impressionnante de personnages, plus ou moins réalistes, parfois très attendrissants parfois très intrigants, mais toujours emblématiques de la culture créole, du petit pêcheur au prezider, en passant par celle qui voudrait être une « directrice de ressources humaines » très particulières, ou encore par Gro Mal (incarné par Didier Ibao), le pti de Mario ou encore du jeune homme qu’on empêche de « marier la fille du prezider »…
Les spectacles d’ouverture et de clôture ont fait la place à la fantaisie et l’humour, invitant sur scène des artistes aux talents très variés, du stand up à la parodie, du mime aux contes de la vie ordinaire. Ce soir, le trio des Moustiker reprend du service pour quatre représentations qui se succèdent jusqu’à dimanche soir à 20 heures, avec aussi une deuxième séance à 14 heures dimanche. 
Stephan Raynal, Berty Prosper et Alain Narainsamy n’ont pas leur pareil pour parodier les chansons ou raconter d’une manière désopilante le défilé du 12 mars. À l’ouverture, ils ont offert une version particulièrement gratinée et costumée de la chanson Belle (inspirée par la fameuse comédie musicale qui a fait pleurer le public francophone occidental, Notre Dame de Paris). À la clôture, Stephan Raynal nous a restitué une version pince sans rire du commentaire télévisé du défilé du 12 mars, tandis que son compère Alain Narainsamy a chanté un répertoire surprenant de vieux tubes de chansons françaises, détournées en créole de manière plutôt inattendue. 
Miselaine Duval, qui a repris son bâton de pèlerin pour trouver des sponsors pour poursuivre la programmation dans les prochains mois, résume 2010 et 2011 en quelques mots : « La première année on s’est présenté. La deuxième on s’est installé. » Longue vie à cette salle et son festival.