Après la publication des résultats de SC et de HSC 2012, l’heure est aux analyses dans les collèges. Dans la fourchette 90 %-100 % de réussites : pour le HSC, 29 écoles dont 19 État/MGI/RTI et, pour le SC, 53 établissements, dont 36 État/MGI/RTI. La grande majorité d’entre eux accueillent l’élite. « Les collèges d’élite dans notre secteur sont nettement mieux lotis … leur staff est presque imbougeable ! », dit ouvertement Madoo Ramjee, porte-parole de l’Union of Rectors/Assistant Rectors of State Colleges. Cet aveu risque de faire beaucoup de bruits car jusqu’ici, les privilèges chez l’élite ont toujours été une question taboue. Par ailleurs, au-delà du taux de réussite de chaque collège, il est intéressant de voir la performance dans les matières. Quelques découvertes ne sont pas réjouissantes comme par exemple la qualité des résultats en Anglais au niveau SC. Des 15 918 candidats, seuls 373 ont obtenu le Grade 1 (la note la plus élevée).
Certes, la performance académique est un indicateur majeur dans la décision des parents de choisir un collège pour leur enfant. Mais le taux de réussite est-il la référence idéale pour mesurer la performance d’un établissement et conclure qui sont les meilleurs ?
« Il faut tenir compte du nombre de candidats qu’un collège présente à ces examens ainsi que son intake en form I », dit Lucien Finette, directeur du Mauritius Examinations Syndicate. « Plus il y a de candidats, plus il y a de risques que le taux de réussite baisse. Une école qui présente une dizaine de candidats a toutes les chances d’obtenir 100 % de réussite mais cela ne veut pas dire qu’elle est mieux qu’une qui aura présenté une centaine de candidats et qui a obtenu 70 % de réussite », fait ressortir Jacques Malié, recteur du Collège St Esprit, tout en ne diminuant pas, dit-il, le mérite d’un collège avec un nombre restreint de candidats.
Parmi les collèges ayant obtenu 100 % de réussite aux derniers examens de SC, l’un d’eux avait seulement 16 candidats. Un autre établissement avec un seul candidat aux examens de HSC se trouve dans le groupe des 100 %. Selon des chefs d’établissement, l’absence des candidats à certains examens peut aussi faire chuter le taux de réussite d’un collège. « Cela a été le cas au SC pour nous. Deux élèves n’avaient pas passé un des papiers d’anglais », dit à ce sujet Jacques Malié.
« Cessez de nous comparer avec tel ou tel établissement car le taux de réussite ne reflète pas la situation réelle des collèges. Il est tout a fait normal que les collèges d’élite, qui n’admettent que des enfants avec 23-24 unités à l’entrée en form I, obtiennent 100 % de réussite », répond un recteur d’un collège privé ayant enregistré un peu plus de 50 % de réussite. « Mais ces collèges auraient dû obtenir que des “6 unités” au SC », ajoute-t-il en boutade.
Outre les National Colleges, ce sont les collèges d’État régionaux les plus côtés dans le public qui enregistrent généralement les 90 % à 100 % de réussite. Ces collèges dominent aussi dans la liste des classés toute filière confondue. « Je n’en suis pas étonné de leur performance parce qu’ils prennent les bons élément du CPE alors que nous accueillons chez nous des enfants ayant obtenu 11-19 unités. Les classes ne sont pas homogènes non plus. Souvent les enseignants doivent reprendre des concepts de base en maths et en langues », explique un recteur d’un collège d’État à performance moyenne, situé dans la capitale.
Du côté des collèges catholiques il y a aussi beaucoup de différences — assez remarquables d’ailleurs —, que ce soit au niveau du SC ou du HSC. Quelques-uns dépassant la barre des 95 %, d’autres obtiennent 80 % ou 70 % et il y en aussi en dessous du taux de 50 %. La très faible performance du Collège Père Laval au SC (29,73 %) a été comme une douche froide pour certains membres du personnel. « Même si on était conscient que le dernier batch au SC n’était pas très brillant, on s’attendait quand même à plus de 40 % de réussite car nous avons fait le maximum pour qu’ils réussissent », dit avec peine un enseignant de l’établissement.
La direction du BEC reste sereine devant ces variances et rappelle le choix de l’éducation catholique depuis 2005 en faveur des “mixed abilities” pour l’admission en Form I. « Nous faisons de la place dans nos écoles pour les enfants ayant eu 15-20 unités. Mais dans nos écoles situées dans les régions vulnérables, le niveau académique à l’entrée en form I est encore plus faible. C’est un choix que nous assumons pleinement. On ne minimise pas l’importance du taux de réussite mais ce qui compte le plus pour nous, en analysant les résultats, c’est de voir le progrès que l’enfant a accompli durant son parcours académique. On aurait été encore plus heureux si à la sortie du collège tous partent avec un diplôme de SC et pourquoi pas aussi du HSC », dit Gilberte Chung, directrice du BEC, en faisant clairement comprendre que l’éducation catholique ne compte pas remettre en question sa décision. Elle note que leurs collèges situés dans les régions urbaines « s’en sortent bien » et que les établissements installés dans les régions vulnérables, à son avis, nécessitent « un accompagnement beaucoup plus soutenu », afin de rehausser la performance.