Depuis mercredi dernier, le chef-inspecteur Pierre-Louis du Central CID a eu la main heureuse avec l’arrestation d’Iqbal Mohabuth, dit le « jockey » dans le scandale de Residence Permits octroyés par le Board of Investment (BOI) à des ressortissants étrangers contre paiement de Rs 100 000 par unité. Ce suspect, qui a été remis en liberté provisoire, vendredi, après 48 heures de détention policière, s’est décidé à faire la lessive et est passé aux aveux quant à son implication dans plusieurs cas de Forgery sur des documents bancaires soumis au BOI et au Passport and Immigration Office (PIO). Devant les faits révélés jusqu’ici dans l’enquête sous la supervision de l’assistant-commissaire de police, Heman Jangi, des instructions ont été données au PIO pour un « Scrutiny » général de tous les dossiers de demandes de permis de résidence déposés par des étrangers depuis au moins le début de cette année. À la fin de la quatrième semaine d’enquête, il est devenu plus qu’évident que la complicité au sein du BOI a été établie « beyond reasonable doubt », avec pas moins de trois hauts cadres dénoncés formellement dans des combines.
Néanmoins, le fait majeur demeure que les confessions d’Iqbal Mohabuth ont permis aux limiers du Central CID d’élucider une zone d’ombre conséquente, en l’occurrence la source des garanties bancaires falsifiées, toutes portant le même numéro de compte. Dès sa première interview lors de son arrestation mercredi, ce suspect, qui a confirmé qu’il se présentait aux ressortissants étrangers comme étant un « consultant siégeant sur le Board du BOI », a donné des indications précises à ce sujet.
Initialement, Iqbal Mohabuth avait eu en sa possession des garanties bancaires authentiques en provenance de ces deux banques commerciales. L’enquête de la police tente de confirmer si ces documents n’auraient pas été enlevés des dossiers soumis au BOI en vue de mieux faciliter la fraude et le fonctionnement du réseau. L’étape subséquente a été une opération de « scanning/photocopy » du document en couleurs pour être remis au BOI avec chacune des demandes de Residence et Occupation Permits à venir.
À cet effet, les services de préposés dans des Chambers d’hommes de loi, logés à Chancery House, sont embrigadés. Même si mercredi, Iqbal Mohabuth avait fait état d’au moins deux études, en fin de semaine, il ne s’est appesanti que sur l’étude d’un avoué en citant le nom de la secrétaire qui avait fabriqué et falsifié les garanties bancaires, reléguant au second plan l’autre étude. Il ajoute que la dénommée « Mala » avait été payée à chacune des occasions.
À la fin de la semaine, les limiers du Central CID se heurtaient à un obstacle majeur pour franchir l’étape de la Chancery House. Techniquement, les ordinateurs utilisés dans des Chambers d’hommes loi contiennent des « privileged information » et des précautions doivent être prises avant la saisie de ces équipements informatiques. Se basant sur le précédent de Me Hamid Jagoo, la police compte avoir des consultations avec le State Law Office et le Director of Public Prosecution’s Office pour des avis légaux quant à la marche à suivre. C’est ce qui explique le délai accumulé jusqu’ici pour passer à l’action.
Au cours de ces quatre derniers jours, avec la séance d’interrogatoire d’hier matin, le faux consultant du BOI a mis à la disposition des limiers du Central CID des détails accablants sur le réseau de complicité au sein du BOI, et également dans d’autres organismes, dont un est perçu comme étant au-dessus de tout soupçon. Mais très peu de détails ont filtré des Casernes centrales car d’autres arrestations sont à prévoir en début de semaine.
Iqbal Mohabuth a confirmé que le Manager/Administrative Officer du BOI, Avinash Roy, est un partenaire privilégié dans les opérations du racket. Ce haut cadre du BOI détiendrait la clé du système car son vetting s’impose pour l’inclusion des fausses garanties bancaires dans les dossiers. Il devait aussi donner des indications sur le mode de vie d’Avinash Roy, qui avait récemment un urgent besoin d’argent pour pouvoir faire acquisition d’une nouvelle BMW immatriculée en juin, soit presque au même moment qu’a éclaté le scandale du BOI.
« Kan mo gagn enn klian, mo al guet Avinash pou mo dir ki pena Bank Guarantee. Li dir mwa bizin trase. Lerla mo konpran bizin al fer enn fotokopi Bank Guarantee an kouler ek met nom beta-la lor la », déclare en substance le suspect.
Le « jockey » Mohabuth, qui n’a pas incriminé un autre de ses proches du nom de Joe dans cette affaire, ajoute que les documents relatifs sont gardés précieusement dans une enveloppe dans un magasin de la capitale. C’est à ce stade que les services des préposés des études des conseils légaux deviennent encore nécessaires.
À la fin de la semaine, Iqbal Mohabuth a reconnu pas moins de six cas de faux et usage de faux, dont un impliquant un proche d’un haut gradé de la police. Il était intervenu en vue d’obtenir un permis de résidence pour un dénommé Dimitrios Kaloupoulos, un Grec. Dans chacun des cas criminels évoqués, il a révélé dans les moindres détails le déroulement de la transaction.
C’est de cette façon qu’un autre complice, Ahmed Deenmamode, s’est retrouvé en état d’arrestation jeudi alors que l’ancien haut cadre du BOI, Dayanand Fowdar, aujourd’hui à la retraite, devra être inquiété par la police d’un moment à l’autre. Iqbal Mohabuth a soutenu que le dénommé Deenmamode, un membre actif du réseau, avait remis une somme de Rs 20 000 à Dayanand Fowdar suite au repêchage d’une demande de permis au nom d’un ressortissant indien, employé par la compagnie Malaika, qui avait été rejetée par le BOI.
D’autres sources affirment que dans l’exercice de Forensic Auditing du BOI confié au bureau d’études Ernst & Young, ce même cadre du BOI pourrait être entendu sur certaines procédures adoptées ou encore ses contacts professionnels externes quand il était de service. Un autre cadre, Tana Moonien, devrait également intéresser les enquêteurs du Central CID à un moment ou à un autre.
Dans l’immédiat, avec les révélations d’Iqbal Mohabuth accréditant la thèse que le système de permis de résidence a été noyauté par des « faux consultants », tous les dossiers de permis ou autres requêtes soumis par des étrangers au Passport and Immigration Office depuis le début de cette année sont passés à la loupe par une escouade spéciale, indépendamment des dossiers versés comme exhibits dans le dossier à charge.
Le suspect Iqbal Mohabuth devra reprendre son interrogatoire mardi, car demain, le chef inspecteur Pierre-Louis prépare un calendrier de travail particulier.
À hier, le nombre de suspects était au nombre de sept, dont Philippe Tokuard et son épouse Martine, actuellement en fuite à l’étranger, Avinash Roy, le ressortissant Dhanjay Goondeeah, Iqbal Mohabuth, le Réunionnais Jean-Francelin Taye et Ahmed Deenmamode.