La guerre des nerfs entre l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances et leader du MSM, Pravind Jugnauth, et l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), s’intensifie au fur et à mesure que s’approche l’échéance de la nouvelle convocation de demain matin. Même si dans les rangs proches du MSM, l’on laisse entendre qu’il existe très peu de chances que Pravind Jugnauth se rende au QG de l’ICAC en compagnie de ses conseils légaux à l’heure convenue, le principal concerné se refuse à dévoiler publiquement sa décision ou encore sa stratégie dans la conjoncture. D’autre part, en marge des rassemblements politiques pour la Fête du Travail, l’état-major des deux principaux blocs redouble d’ardeur sur le dossier MedPoint avec d’une part, le Premier ministre et leader du Parti travailliste, Navin Ramgoolam, annonçant un invité spécial sur ce même dossier à Vacoas le 1er mai, et le leader de l’opposition, Paul Bérenger, faisant état de développements majeurs dans les prochains jours.
Les dirigeants du Remake 2000 de l’Alliance MSM/MMM, réunis hier, ont procédé à une évaluation de l’initiative de l’ICAC de convoquer une nouvelle fois demain matin l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, déjà sous le coup d’une inculpation provisoire pour le délit de conflits d’intérêts sous la Prevention of Corruption Act, 2002.
La convocation signée du Director of Investigations de l’ICAC porte sur deux volets, d’abord l’accès à des extraits des Minutes of Proceedings de la réunion du conseil des ministres du vendredi 18 juin 2010, et ensuite terminer la séance d’interrogatoire formel de Pravind Jugnauth, en suspens depuis la fin de septembre 2011. En principe, le Secretary to Cabinet, Suresh Chandre Seeballuck, conformément à la déclaration faite en Cour suprême par le représentant du State Law Office, aurait déjà transmis à l’ICAC les dossiers relatifs à cette réunion du conseil des ministres.
Lors de la réunion d’hier des dirigeants de l’Alliance MSM/MMM, Pravind Jugnauth aurait laissé entendre que des informations nécessaires ne figureraient pas dans le dossier à être consulté sous conditions à l’ICAC. Il a fait comprendre à ses pairs de l’opposition que ses hommes de loi mettent actuellement le point à la stratégie qui devra être utilisée dans la conjoncture. Le conseil prodigué à l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances est que tous les points de sa défense face aux accusations de l’ICAC doivent figurer dans le dossier qui sera soumis ultérieurement au Directeur des Poursuites publiques pour toute décision sur le scandale du siècle du rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,3 millions.
Objections
À ce matin, aucune information n’avait filtré quant à la décision de Pravind Jugnauth par rapport à la convocation de l’ICAC demain matin. Mêmes ceux qui ont participé à la réunion MSM/MMM d’hier après-midi n’ont pas voulu s’aventurer pour confirmer tout détail même si « l’impression générale est que Pravind Jugnauth ne se rendra pas à l’ICAC demain ».
Au Sun Trust, l’on faisait comprendre au Mauricien à la mi-journée qu’aucune décision n’a été entérinée sur cette question. « Vous serez informés au moment opportun », ajoute-t-on. Toutes les tentatives pour entrer en contact avec le leader du MSM ont été vaines jusque-là.
La formule qui pourrait être adoptée en vue d’obtenir un report de cette convocation formelle pourrait prendre la forme d’une correspondance demain matin signée des hommes de loi de Pravind Jugnauth et adressée à l’ICAC formulant des objections par rapport à la procédure adoptée alors que toute la question d’accès aux Minutes of Proceedings du conseil des ministres devait être « thrashed out » devant la Cour suprême le 10 mai prochain.
Du côté du QG de l’ICAC, la consigne formelle à toute question de la presse quant à un éventuel refus de Pravind Jugnauth de se plier à la convocation est « no comments ! We’ll wait and see ». La fin de l’interrogatoire de Pravind Jugnauth est considérée comme l’ultime étape de l’enquête de l’ICAC avant la soumission du dossier au DPP alors que les premières inculpations provisoires remontent presque à treize mois, soit le 4 avril 2011.
Sur le plan politique, les rassemblements du 1er mai, que ce soit à Vacoas pour l’alliance gouvernementale ou à Port-Louis pour le Remake 2000 MSM/MMM, pourraient être hantés par le spectre du scandale MedPoint. Déjà, Navin Ramgoolam, répondant à des questions de la presse, hier, après une réunion de l’exécutif du Parti travailliste, annonce un « invité spécial » lié au dossier MedPoint sur l’estrade du Ptr/PMSD de Vacoas.
« Vous allez voir qui est le parrain et la marraine de MedPoint. Il y aura un invité spécial qui viendra. When you live in glass houses, you don’t throw stones. L’invité spécial est en tout cas très concerné par l’affaire MedPoint », a-t-il déclaré en substance, laissant la porte grande ouverte aux spéculations quant à l’identité de cet « invité spécial MedPoint ».
Pour sa part, le leader du MMM, qui affirme être en possession de copies de documents officiels quant à la décision de rachat de la clinique et des conditions à être respectées, prévoit « des développements majeurs dans ce dossier dans les jours à venir ». Il animait le congrès du MMM à Diolle, Vacoas. Toutefois, il a déclaré qu’il laissait le soin à « Pravind Jugnauth de préciser les choses en temps et lieu ».