Avec l’amendement à l’Insurance Act, en vue de la nomination par la Financial Services Commission (FSC) d’un Super Administrator pour la BAI Co (Mtius) Ltd à l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée nationale, la question qui reste posée porte sur le financement du package du Super Cash Back Gold. A ce stade des consultations de haut niveau, le montant de Rs 6,3 milliards, soit Rs 2,4 milliards au 15 mai et Rs 3,9 milliards au 30 juin, évoqué par le Premier ministre sir Anerood Jugnauth vendredi, ne constitue que 30% de la cagnotte à être déboursée en vue de satisfaire 16 086 victimes de l’arnaque de Dawood Rawat. De son côté, le National Property Fund, qui sera mis sur pied pour le warehousing des Assets du conglomérat BAI en quasi-faillite, devra trouver un peu plus de Rs 12 milliards pour la période allant du 30 juin 2016 au 20 juin 2020 pour le financement des debentures à être émis, pour couvrir des placements de plus de Rs 500 000 par police d’assurance souscrite au Super Cash Back Gold de la BAI. À ce stade, l’évaluation des Liquid and Other Assets de la BAI laisse voir qu’à la conclusion de cet exercice de repaiement, les autorités devront combler un trou de plus de Rs 5 milliards pour que les comptes post-Rawat soient bons. En parallèle, le clan du Chairman Emeritus de la BAI, qui s’est engagé dans une stratégie « zot mem poz kestyon, zot mem repon », Dawood Rawat, s’est permis de brandir « des menaces de sanctions contre les auteurs d’atteinte à sa probité ». De son côté, l’administrateur de la BAI, Sattar Hajee Abdoula, a pu trouver une enveloppe de Rs 20 millions pour assurer les salaires de la grosse majorité des employés d’Iframac/Courts et de la clinique Apollo-Bramwell pour le mois d’avril alors que, chez les employés de la BAI Co (Mtius) Ltd, la compagnie d’assurance, le flou était encore de mise hier après-midi.
Dans la conjoncture actuelle, et suite aux garanties offertes par le gouvernement aux clients ayant souscrit au Super Cash Back Gold de la BAI, la préoccupation demeure les sources de financement pour le remboursement d’un peu plus de Rs 22 milliards échelonné jusqu’au 30 juin 2020. L’une des premières missions à laquelle devra s’attaquer le Super Administrator, dès sa nomination en fin de semaine, est d’établir un plan de financement pour honorer les engagements au sujet des 24 690 polices du Single Premium Endowment.
Pour les deux premières échéances, qui devront arriver très vite, soit les Rs 2,4 milliards du 15 mai et les Rs 3,9 milliards du 30 juin, le Super Administrator devra compter sur la « générosité » des fonds publics, avec des autorisations du ministère des Finances pour les déboursements. Des spécialistes, après analyses des conclusions du rapport préliminaire des Conservators de PwC, André Bonieux et Mushtaq Oosman, soutiennent qu’un peu plus de 50% des fonds nécessaires devront être avancés par le gouvernement, soit autour de Rs 3,5 milliards, pour complémenter la réalisation des Liquid Assets de la BAI, constitués des placements à la Bourse estimés dans le rapport de PwC à Rs 1,5 milliard, dont Rs 521 millions sous forme d’actions à la State Bank of Mauritius et Rs 498 millions à la Mauritius Commercial Bank.
Une autre source de financement de ce remboursement pourrait prendre la forme des investissements effectués sur des places boursières à l’étranger, principalement au Kenya. Les Conservators de PwC estiment ces placements à quelque Rs 399 millions pour les besoins de cet exercice de warehousing. Il y a encore les Debts Securities de Rs 278 millions, dont Rs 132 millions sous forme de Bank of Mauritius Bonds.
Une fois cette première étape franchie, le Super Administrator de la BAI, qui se retrouvera à la tête du National Property Fund Ltd, devra mettre à exécution un plan pour la réalisation des avoirs de la BAI, notamment dans les principales entités, dont Iframac, Courts et Apollo Bramwell, mais également au Kenya dans Britam, la compagnie d’assurances, et les magasins de Courts à Nairobi, sans oublier les Assets, qui font actuellement l’objet de Restraining Orders de la part de l’Assets Recovery Unit de l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP).
« Who will foot the BAI Mega-Financial Scam bill? »
 Des  experts financiers appréhendent que le Super Administrator devra se fier à un flux de revenus réguliers à parti de l’exercice financier 2015/16 pour assurer le repaiement des debentures arrivant à maturité chaque 30 juin entre 2016 et 2020. « Au bas mot, et attendant des rapports d’actuaires, il faudra compter sur une enveloppe de Rs 2,5 milliards annuellement pour honorer ces engagements. Au fur et à mesure que l’exercice progressera dans le temps, la valeur des Assets disponibles à être vendus se réduira pour atteindre zéro à un point, laissant ce que nous prévoyions comme un trou de quelque Rs 5 milliards lors de la seconde partie du programme envisagé », indique-t-on dans ces mêmes milieux en s’interrogeant sur « who will foot the BAI Mega-Financial Scam bill? ».
Des éléments de réponse à cette équation délicate pourront être apportés lors des débats sur l’amendement Bhadain à l’Insurance Act à l’Assemblée nationale cet après-midi. Que ce soit dans les rangs de l’opposition parlementaire ou des milieux avisés du privé, cette question de financement retient l’attention. Des craintes sont en effet exprimées par rapport aux répercussions sur le niveau de la dette publique, déjà préoccupante.
Les explications du ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, et d’autres membres du gouvernement aux interrogations, de nature constitutionnelle et financière, soulevées par le leader de l’opposition, Paul Bérenger, seront analysées sous toutes les coutures pour mieux appréhender ce que sera l’avenir du National Property Fund Ltd.
Néanmoins, il ne fait aucun doute que ces débats parlementaires constitueront une plateforme pour un procès en règle de la Financial Services Commission, accusée depuis des années déjà de « connivence alléguée » avec le groupe BAI. Des extraits de deux rapports du Fonds monétaire international, celui de septembre 2007 et de septembre 2012, portant sur les problèmes des investissements dans des Related Parties du groupe BAI – et dénonçant le laxisme et l’inertie des régulateurs –, pourront être présentés comme la « Bible de ce scandale financier ».
Les rules de la FSC seront décortiqués pour tenter de prouver « as to how over the years the regulations were bent over to suit the whims and caprices of Dawood Rawat and his political croonies ». Des sources bien informées avancent que s’il y avait eu une opposition aux « relations incestueuses Ramgoolam/Rawat » et « had the FSC shoulder its responsibility as regulator » avec le respect des 10% des placements imposé à la BAI dans des Related Companies au lieu des 80%, des clients de ce groupe auraient pu faire l’économie de Rs 5,5 milliards.
En 2013, le Super Cash Back Gold avait enregistré des nouvelles injections de fonds de Rs 2,7 milliards, et un montant sensiblement le même, soit Rs 2,8 milliards, en 2014, vu que déjà, fin 2012, les entités du groupe BAI n’étaient plus des Going Concern avec le trou de Rs 10 milliards mentionné par les auditeurs de KPMG dans les comptes consolidés de la KLAD Investment Corporation, l’Ultimate Holding sous le contrôle du clan Rawat, au 30 juin 2012.
Par ailleurs, les séquelles de l’écroulement de l’empire Rawat continuent à se faire ressentir sur les places boursières à l’étranger. Hier, le Nairobi Securities Exchange, la Bourse de Kenya, a été informé officellement de la démission de Dawood Rawat et de son neveu, Moussa Rawat, du board de Britam. La participation de Dawood Rawat représente 22,34% du capital de Britam, soit environ Rs 3 milliards ou 13,5 millions de shillings kenyans.
La correspondance de Britam aux autorités boursières du Kenya note de manière succinte que « We are thankful to Mr Rawat for his contribution to Britam during his directorship ». La presse kenyane avance que ces deux sièges vacants sur le conseil d’administration de Britam seront occupés par deux représentants à être désignés de la National Insurance Company au nom du gouvernement de Maurice.
De son côté, Paolo Catalfamo, dont le père Renato est le consul de Maurice à Milan, a écrit au Mauricien pour confirmer l’intérêt de son groupe d’affaires pour GlobalCapital Plc de Malte. « The company EIP Plc of Malta of which I’m a shareholder and a director has been trying to acquire BAI stake in Global Capital for a long time. An official offer was submitted to BAI on June 2014 and disregarded by its board of directors. The only good friend I have in Mauritius is Mr Xavier-Luc Duval, Deputy Prime Minister and Minister of Tourism in the current government », souligne-t-il en guise de précision au sujet du rachat du Controlling Interest de Dawood Rawat au sein de cette société, dont la cotation a été suspendue sur la Bourse de Malte.
Dans le cadre d’une stratégie de « zot mem poz kestyon, zot mem repon », Dawood Rawat, qui a pris refuge dans ses appartements privés à Paris, a cru nécessaire de brandir des menaces de sanctions contre « les auteurs d’atteintes à sa probité ». Le Chairman Emeritus de la BAI, qui veut une commission rogatoire des autorités françaises en guise d’interrogatoire, déclare, dans ce qui est présenté comme une lettre ouverte : « Je conteste formellement avoir commis les faits décrits par ceux qui me diffament et je veillerai à ce que les atteintes à ma probité soient durement sanctionnées par la justice. »  Il a ajouté: «je suis totalement innocent».
Sur le plan local, l’administrateur de la BAI, Sattar Hajee Abdoula, affirme avoir été en mesure d’assurer les salaires de la grosse majorité des employés d’Iframac, de Courts et d’Apollo Bramwell, soit une somme de Rs 20 millions. « Nous avons déjà envoyé à la banque la correspondance pour le versement des salaires des employés de ces compagnies. Ils devront bénéficier de leur salaire aujourd’hui. Ces fonds proviennent de l’argent que j’ai pu récupérer en tant qu’administrateur. Il me reste encore à trouver des financements pour compléter le paiement des salaires », a-t-il confirmé au Mauricien. « J’ai pu parvenir à payer les salaires pour le mois d’avril. Je suis très heureux de cela. C’est un grand achievement », a ajouté Sattar Hajee Abdoula, qui se dit conscient qu’avec l’amendement à l’Insurance Act son mandat arrivera à terme.
En revanche, les employés de la BAI Mtius Co (Ltd), qui sont sous le contrôle des Conservators de PwC, sont inquiets au sujet de leur salaire. Hier, ils avaient approché la section de comptabilité pour en savoir plus. Mais ils sont restés sur leur faim en l’absence de tout feu vert pour le paiement…