Explication de titre : Marika est partie… est une création pour la scène de Alain Gordon-Gentil, (La Compagnie des Autres) au KaféT@Komiko du 31 juillet au 2 août prochain. Tiré du roman du même auteur Le voyage de Delcourt, la pièce traite de la difficulté qu’éprouve Delcourt Chasles à confronter une histoire amoureuse à un passé qui le dépasse. Avec une pudeur d’écriture qui epouse la thématique du livre, l’auteur a choisi pour la scène la dernière partie de son roman, quand après avoir parcouru des distances, Delcourt Chasles (Alessandro Chiara) regagne son pays natal Maurice et tombe amoureux de Marika Lindenbaum (Rachel de Spéville), cette femme dont il ignore le nom dans la première scène de la pièce. Marika, dont il a croisé le regard sur les quais de Port-Louis alors qu’elle débarquait parmi des réfugiés juifs que les autorités anglaises avaient refoulés en Palestine et envoyés à Maurice pour être faits prisonniers.
« Depuis que j’ai vu cette fille, plus rien n’est pareil ». Voilà peut-être ce qui pourrait résumer le mieux la pièce écrite et mise en scène par Alain Gordon-Gentil. A partir de là, le drame s’élabore en fragments signifiants. Chaque détail est chargé de sens et s’enrichit au fil des scènes. Ainsi, dès l’ouverture, tout reste à décrypter. Delcourt espère l’aide de son ami Kewal Ramputh (Prem Sewpaul) pour obtenir une dérogation afin de visiter Marika à la prison de Beau-Bassin. Mais le voile posé sur un passé douloureux creuse un gouffre entre Marika et Delcourt. On l’aura compris, il s’agit d’une histoire d’amour sur fond de Seconde Guerre mondiale. Le texte dramatique rejoint la grande Histoire alors que les scènes se superposent et que l’on apprend que Marika Lindenbaum fait partie des 1 600 réfugiés juifs d’Europe Centrale qui fuient la montée du nazisme. Au lieu de retrouver leur terre promise, ils sont refoulés par l’armée britannique et réorientés vers une petite colonie britannique dans l’océan Indien. L’inconnue de la rencontre quitte ses compatriotes réfugiés pour vivre avec Delcourt dans son village. Les deux amoureux deviennent alors les acteurs d’une communauté dans laquelle le destin de chacun est lié à celui de tous. Marika, tragique figure, de toutes ces histoires superposées, fait face au choix douloureux qu’elle doit faire entre l’amour de Delcourt et le retour à la terre promise tant espérée vers laquelle les autres réfugiés juifs débarqués à Maurice se dirigent. Le présent est alors hanté par les fantômes d’un passé fait de cruautés, de trahisons, de compromis. Alain Gordon-Gentil, auteur et metteur en scène, sonde une souffrance et ne cesse de poser des questions dont les réponses sont autant de points d’interrogation. Marika est partie, un écrin sombre d’où jaillit un flot de sensations.
A voir sur la scène du au KaféT@ komiko jusqu’au 2 août 2014.