« Si on veut encourager les filles à s’intéresser à la science, il faut que les enseignants soient motivés », estime la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim. Elle intervenait hier à une rencontre/débat sur le thème “Business innovation through science and technology” au SOCOTA Phoenicia Biopark, à Phoenix, dans le cadre de la Journée internationale de la Femme. Une initiative de la haute commission australienne à Maurice en collaboration avec Women in Networking (WIN) et l’Association dr femmes chefs d’entreprise (AFCE).
La présidente de la République a parlé de sa propre expérience pour étayer ses propos. Ancienne élève du collège Lorette de Mahébourg, elle affirme qu’il n’y avait pas de laboratoire au sein de l’établissement, mais elle avait des professeurs motivés qui lui ont inculqué le goût pour la science. « If motivated teachers can make science become alive around them to show kids that science has answers to all questions a child is asking, that science can explain why a plant is green. Physics can explain why the sky is blue and cooking an egg is chemistry, then you demystify science. » Pour elle, les infrastructures pour enseigner la science viennent après. Il faut d’abord développer l’intérêt des enfants pour la science.
Ameenah Gurib-Fakim a aussi parlé de son choix pour la chimie à l’université alors que rien n’encourageait une fille, en 1979, à entreprendre des études scientifiques. Vu la passion qu’elle avait pour la science, elle a persévéré. Elle se souvient encore des moqueries, dont elle faisait l’objet, lorsqu’elle avait décidé de faire des recherches sur les graines et les plantes. « C’est lorsque mes recherches ont commencé à être publiées dans des revues scientifiques qu’on a commencé à les qualifier de crédibles », fait-elle ressortir. Depuis, elle a parcouru du chemin. D’autres femmes ont aussi contribué au domaine de la science, « mais il reste beaucoup à faire », comme l’a fait ressortir la haute commissaire australienne à Maurice, Susan Coles, lors de son discours.
Elle devait expliquer que l’initiative d’organiser cette rencontre a été prise, car, cette année, le gouvernement australien a choisi le thème “Women in science” pour célébrer la femme. Des femmes entrepreneurs et les lauréates de la filière scientifique de la cuvée 2 016 étaient aussi conviées à cette rencontre. Aurore Perraud, ministre de l’Égalité des genres et Leela Devi Dookun, celle de l’Éducation, étaient aussi présentes à la rencontre.
Outre la présidente de la République, le panel était composé de la directrice scientifique de l’Institut national de la Santé et de la Recherche médicale (INSERM) de France, le Dr Alexandra Henrion-Caude, la nutritionniste et directrice de CNES Marketing Ltd, Lavanya Sunassy et la directrice adjointe de QuantiLAB, Leigh-Anne McIntyre. Shabnam Esmael, directrice de CQ Tech Mtius Ltd était la modératrice. Les trois femmes ont parlé de leur expérience et des difficultés qu’elles ont rencontrées, mais aussi du soutien de leur entourage pour pouvoir poursuivre leur passion.
« Malgré le double effort des femmes pour faire reconnaître leur travail dans bien des cas, elles touchent souvent un salaire moindre comparé à leur collègue homme pour le même travail et doivent attendre plus longtemps pour avoir une promotion », fait ressortir le Dr Alexandra Henrion-Caude.
Leigh-Anne McIntyre, elle, souligne qu’il est des fois tout à fait normal que les parents encouragent les enfants à choisir des matières plus avantageuses, au détriment de la science, tenant à coeur le bien-être de leurs enfants. Or, Leigh-Anne McIntyre demande aux jeunes filles de ne pas être déçues et d’expliquer leur passion. Pour elle, « il ne faut pas avoir peur ». « You need to have confidence in yourself. »
Quant à Lavanya Sunassy, elle demande à la société de faire de la place à la gent féminine pour qu’elle puisse avancer dans la filière scientifique. « L’entourage ne doit pas mettre de la pression sur elle. » Aux employeurs, elle demande que l’environnement et autre condition du travail soient propices pour qu’elle puisse exercer son métier en toute liberté et avoir du temps pour s’occuper d’elle. Car pour la nutritionniste, « une vie équilibrée a pour résultat une meilleure productivité ». Elle est d’avis que plus « il y aura des femmes des secteurs de STEM, moins dure sera la tâche pour briser le plafond de verre ».
Les intervenantes lancent un appel aux jeunes filles passionnées de STEM (Science, technology, engineering and mathematics) de poursuivre leur rêve, en précisant que « s’il n’y a pas d’emploi sur le marché au moment où elles entreprennent leurs études, cela ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas à l’avenir ». Et d’ajouter : « Elles peuvent aussi se lancer dans l’entrepreneuriat. »