Indians in India, Mauritius and South Africa, cet ouvrage d’histoire et de culture générale sur la diaspora indienne de Chit Dukhira, a été présenté une première fois en Inde en 2011 en version électronique. Mais la version imprimée que proposent actuellement les éditions Osman Publishing a été améliorée et complétée, entre autres, par un petit livret joint à l’ouvrage, qui se penche particulièrement sur le district de Ballia dans l’État d’Uttar Pradesh, que l’auteur connaît d’autant mieux que ses propres ancêtres, à l’instar d’autres familles mauriciennes également de culture bhojpuri, en sont originaires. Un survol de cet ouvrage de référence pour toute personne — de toutes origines — qui s’intéresse à la culture et à la diaspora indienne.
Indians in India, Mauritius and South Africa est de l’aveu de son éditeur, Shafick Osman, l’ouvrage le plus difficile que sa maison ait édité jusqu’ici, en ce sens qu’il représente une sorte de chantier encyclopédique, pour lequel le travail de relecture, vérifications et recoupements en tous genres s’avère toujours relativement colossal. Et le résultat pèse son poids sous la forme d’un gros livre d’environ 600 pages de grand format, dans lequel les lecteurs trouveront une quantité impressionnante d’indications sur l’histoire de l’Inde et de ses populations, ainsi que sur celle de ses diasporas originaires de la péninsule, mauricienne et sud-africaine.
S’il est connu comme spécialiste des administrations régionales, sur lesquelles il a régulièrement publié tout au long de sa carrière, Chit Dukhira s’est particulièrement concentré ces dernières années sur l’histoire, avec tout d’abord une parution en 2003, dans laquelle il exposait sa propre conception de l’histoire mauricienne, sous le titre History of Mauritius : experiments of Democracy. Indians relie cette fois-ci l’histoire mauricienne à un de ses bouleversements majeurs, quand on pense comme l’explique l’auteur en préambule, que notre petite île a été la plate-forme d’essai d’une des deux plus grandes émigrations que l’Inde ait connu depuis l’époque antérieure à la chrétienté, où de nombreux pèlerins sont partis en Asie faire connaître les deux grandes écoles de pensée et spiritualité que sont le bouddhisme et l’hindouisme, dont elle est le berceau.
Les penseurs de l’Inde
S’il précise en préambule que le principal thème de ce travail est « la dispersion des Indiens aux quatre coins du monde », l’auteur ne prend pas ce thème au sens strict du terme comme l’aurait fait un chercheur en histoire soucieux de découvrir de nouveaux éléments d’information. Chit Dukhira s’est plutôt placé dans l’optique d’un lecteur avide de culture générale, en apportant le maximum d’informations et repères aptes à satisfaire la curiosité la plus large possible. Il propose par exemple une série de brèves biographies des grands penseurs, politiciens ou leaders qui ont jalonné l’histoire de la grande péninsule, puis de sa diaspora.
Ces réformateurs et libérateurs qu’il a ventilés dans différentes sous-catégories (patriotes, martyres, femmes activistes, combattants de la liberté en outremer, etc.) peuvent nous venir des temps les plus reculés à l’instar d’Adi Sankaracharya, cet éminent gourou qui a été le premier à promouvoir dans sa pensée et ses agissements, l’unité de l’Inde, au VIIIe siècle avant J.-C. Au fil du temps les personnalités sont de plus en plus nombreuses et il est particulièrement intéressant de découvrir dans cette énumération des personnages dont on n’a pas forcément entendu parler, comme cette Lady britannique qui a adopté la cause de l’Indépendance indienne, ou encore les nombreux nationalistes qui ont entretenu le désir de se libérer du joug colonial, avant les dix piliers de l’Indépendance sur lesquels Chit Dukhira développe davantage ses textes (Ambedkar, Nehru, etc.).
Gandhi fait quant à lui l’objet d’un chapitre à part entière en préambule au livre, montrant à quel point le Mahatma a pu structurer certains aspects de la conception de l’Inde moderne, et a offert un modèle de pensée philosophique au monde entier. Une première partie se consacre donc à l’histoire indienne, avec des parties particulièrement développées sur la période coloniale et la partition. Ensuite plus de 250 pages développent sur l’histoire mauricienne, puis l’histoire sud-africaine, avant une série de documents fournis en annexe, particulièrement instructifs eux aussi. Sur le plan pratique, de petites illustrations et de nombreuses notes en marge améliorent aussi considérablement le confort de lecture.