Le centenaire du mouvement scout à Maurice enracine la fleur de lys, symbole incontournable de l’idéal du fondateur Lord Baden-Powell, dans le paysage social. Ils sont en uniforme, tentent au mieux de leur capacité à évoluer en frères, à marcher vers le Nord, synonyme de rectitude, et à tracer, en éclaireurs, la voie à suivre. Un idéal élevé, et le 11e jamboree national, depuis le 24 novembre et ce jusqu’au 3 décembre, tendra à rappeler cet esprit.
Des garçons et des filles, des villes ou des villages, du Nord, du Sud, d’Est en Ouest, des uniformes aux accents militaires et des foulards : rouges, bleus, jaunes, verts, orange, marron, jusqu’au turquoise… Les scouts et guides se suivent, au pas, mais ne se ressemblent guère. « Where we come from ? Who we are ? So we tell them… », dit la chansonnette. La réponse n’est pas toujours évidente. Les pédagogies divergent. Mais le scoutisme, invariablement, converge vers un idéal commun. C’est en quelque sorte la visée de ce 11e jamboree national qui coïncide avec le centenaire. Rappel en règle. Scouts toujours…
… Prêts ! La devise est claire. Be prepared est le point de départ de la vocation scoute. Mais s’il faut être prêt, encore faut-il être prêt à quelque chose, ou dans un objectif précis. C’est une première évidence qu’il faut rappeler. Un scout doit être prêt à tout. Mais pas dans le péjoratif. Le scout n’est pas prêt à voler, n’est pas prêt à mentir, n’est pas prêt à corrompre… Alors prêts à quoi ? Prêts pour quoi ?
Que veut dire « scout » ? C’est un terme emprunté du jargon militaire. Et pour bien comprendre, il faut revenir à l’intuition de Baden-Powell, fondateur du mouvement en 1907.
Robert Stephenson Smyth Baden-Powell of Gilwell, qui au terme de son service dans l’armée britannique évoluait au rang de major-général, a observé le monde : du cruel au barbare mais, également, de l’élégant à la « pratique de la vertu ». D’où sa fascination pour la jeunesse. Retour à Mafeking, 1899.
Selon Wikipedia, « c’est l’événement qui le rendra célèbre dans tout l’Empire ». On parle de la seconde guerre des Boers durant laquelle il aura su sauver la ville de Mafeking assiégée pendant 217 jours par des troupes ennemies quatre fois plus nombreuses. L’astuce : utiliser les jeunes de la ville comme estafettes (pour transmettre des messages à pied et à vélo), comme observateurs, sentinelles ou éclaireurs. « Il prouva que des jeunes étaient tout à fait capables de réussir une mission, pourvu qu’on leur fasse confiance », signale l’encyclopédie virtuelle. Et il en fera une preuve au monde. Dans ses mots : « À la fin de ma carrière militaire, je me mis à l’oeuvre pour transformer ce qui était un art d’apprendre aux hommes à faire la guerre, en un art d’apprendre aux jeunes à faire la paix. »
Ces estafettes, messagers guerriers, ces éclaireurs, baliseurs de terrain douteux, transformeront la discipline militaire en discipline du coeur. Et d’en édifier la symbolique. Les chefs de patrouille sont toujours munis de staff. Ce sont eux qui sont à l’avant de la petite équipe lors d’une randonnée. Le bâton peut ainsi rappeler le bâton du berger, ou encore, servir à parer à tout danger. Le scout marche donc, non pas vers le champ de bataille, mais vers le dépassement de soi. L’ennemi devient intérieur. L’individu est soumis au devoir de servir aujourd’hui la patrouille, demain la famille, et au final, la société. Le scout éclaire ; il est toujours prêt à montrer la voie.
Dans la différence
Qui dit île Maurice arc-en-ciel, dit aussi scoutisme arc-en-ciel – une diversité dans l’approche. Si, par exemple, Baden-Powell pouvait au départ signifier son aspect profondément théiste, le scoutisme aura donc su se fondre à une forme d’altruisme plus « laïque ». La spiritualité scoute n’est pas monolithique. Quel que soit l’enracinement ou la philosophie du groupe, le sens du message reste universel : promouvoir le don de soi pour la construction d’un monde meilleur. Et chaque groupe saura au fil du temps se construire une histoire, un sens de l’appartenance.
Les groupes ne sont jamais les mêmes : différentes manières de chanter, d’animer, de bricoler les gadgets, différentes manières de prier ou de se centrer sur cet Idéal Élevé et la collégialité. Et le devoir de mémoire nécessite la conscience de ce qui rassemble : la promesse et la fleur de lys.
Un seul mouvement, une seule promesse : celle du service. Le service est le droit chemin, le Nord représenté par le pétale central de la fleur de lys. Cette fleur, ancien symbole de la royauté, viendra décliner les moyens que tout scout doit se donner afin d’atteindre son but. Le lys, en trois pétales, renvoie aux vertus cardinales : franchise, dévouement, pureté. Et le noeud plat, ou noeud de l’amitié, au bas de la fleur signale l’esprit de solidarité. Par ailleurs, les scouts obéissent à une Loi Scoute – qui peut comprendre de subtiles différences d’un groupe à l’autre – qui balise l’initiation du scout afin qu’il serve, aux mieux de ses capacités, Dieu (ou un idéal précis), ses frères et la patrie.
Le 11e jamboree national (dont le concept est expliqué en hors-texte) soulignera que ce scoutisme « tel que créé par Baden-Powell en 1907 en Angleterre et lancé par Samuel Blunt de Burgh-Edwardes en 1912 à Maurice, reste un mouvement éducatif par excellence pour les jeunes garçons et filles, sans distinction de couleur, culture, et religion, entre autres ». Ce sont les mots de Danielo Ramsamy, Commissaire Général de la Mauritius Scout Association et membre du Comité Africain du Scoutisme.
Les membres du comité se disent prêts à accueillir les quelque 1 800 scouts et responsables adultes du 24 novembre au 2 décembre à Belle-Mare. L’événement sera marqué par la présence du président de la République Kailash Purryag et du Directeur Régional du scoutisme, Frédéric Tutu Kama-Kama.