Il façonne de ses mains habiles des sculptures en glaise… encore un de ses sculpteurs diriez-vous ? Mais Philippe Fraval est différent dans son approche. Il a su renouer avec cet art ancestral et créer de son inspiration des symboles des différentes régions du monde. Cet ancien PDG de la communication a eu la chance de visiter plus de 45 pays. Et, de son imagination, il met en relief des architectures en glaise dont le Taj Mahal, la Statue de la Liberté, la Cathédrale Notre-Dame de Paris, le temple Royal Thaï, le Panthéon… Voyage au coeur de ses modelages et sculptures en argile.
Modeleur professionnel, le style de Philippe Fraval est unique, un mélange de beauté, de poésie et un goût prononcé des voyages se définissent bien dans ses sculptures en terre glaise. Pourtant, rien ne le prédestinait à un tel art. Il y a 13 ans, raconte-t-il sur un ton chaleureux, il se produisait dans une auberge de jeunesse pour donner des cours de guitare et en échange, on lui a proposé des cours en poterie. « Ma première création a été un bol, la particularité de ce bol, c’est qu’il était résistant à la chaleur et qu’il conservait le thé au chaud. » Technique associée à la création artistique, l’imaginaire de Philippe Fraval est en perpétuel mouvement. L’homme aime se lancer ses propres défis. Le choix de ses argiles et ces méthodes propres à lui permettent de dessiner des formes, de mettre en valeur les courbes de sa sculpture imaginée, de capturer les vibrations, les mouvements et les émotions. Philippe Fraval fait corps avec son art, il oublie la rigidité de la matière et porte un regard à la fois tendre et sensible sur l’environnement qui l’entoure. Philippe Fraval est un capteur d’émotions qu’il retraduit à sa manière dans ses sculptures. L’homme est habile et sa technique assez originale séduit.
Rien que le contact de ses mains sur cette matière noble génère une certaine passion, voire un coup de coeur pour cette terre cuite. Il ne se le cache pas d’ailleurs et explique en toute modestie : « J’aime bien la précision et l’argile est assez précise lorsqu’on les modèle. Comme je suis un passionné de voyage, j’ai eu l’idée de mettre en relief les symboles architecturaux du monde comme la Cathédrale Notre Dame de Paris, la Giralda de Séville en Espagne, entre autres… » Toute cette collection rare réalisée à partir de ses mains et de ses talents d’artiste, Philippe Fraval a décidé de les mettre dans son jardin à Albion. Il ne vend pas ses oeuvres, la raison évoquée est que la terre glaise n’est pas résistante. Une pièce sur cinq casse à la cuisson. « En poterie, tout doit être creux, jamais plus de 1 à 2 cm d’épaisseur, autrement cela éclate à la cuisson. »
Travail de recherche
Fait intéressant, comme Philippe Fraval habite Albion, il dit trouver des débris de porcelaine datant de l’époque Ming sur le rivage. Cela fait suite au naufrage d’un galion hollandais venant de Chine, et certains de ces morceaux de porcelaine Ming ont été ensablés à l’abri de la lumière. Ces fragments de porcelaine ayant conservé leur bleu intense de cobalt l’aident dans la réalisation de vitraux lorsqu’il réalise des églises comme la Cathédrale Notre Dame. Le résultat final est tout à fait surprenant. Et, pour apporter une touche supplémentaire à son art, il joue aussi sur les effets de lumière. Notre intervenant n’a aucune limite lorsqu’il imagine ses créations qu’il classifie en trois volets : architecture, animalier et personnage. Il peut tout aussi bien sculpter la reine Victoria et les joyaux de la couronne que s’étendre sur la réalisation d’un kangourou ou une tortue de mer. « L’éléphant d’Afrique et l’éléphant d’Asie n’auront pas le même relief lors de la cuisson. Toutes mes oeuvres reposent sur un vrai travail de recherche. » Nos danseuses de séga l’ont aussi inspiré, car Maurice lui est chère, ayant lui-même épousé une Mauricienne. Quand il manie la terre glaise, il se concentre sur la forme, la couleur du matériau travaillé, sa texture. La plupart de ses créations restent dans le domaine du vécu, ce qui en découle lors de ses voyages. Ces voyages se décuplent sous forme d’une aventure humaine, une immersion totale dans la culture de chacune de ses pays visités, du mode de vie des gens. Sur sa route, il y a toujours en filigrane ce travail de terre glaise. Ses décors sobres réalisés par la suite en creux ou en relief toujours à partir de la terre glaise garantissent une originalité.
Pour être un bon artisan-sculpteur, il faut avant tout posséder un vrai talent artistique. Philippe Fraval ne veut pas faire une exposition de ses oeuvres, par contre il voudrait bien partager sa passion avec les jeunes. Pour lui, un bon artiste doit savoir écouter l’écho de la nature, le bruit des vagues, s’imprégner de tout ce qui l’entoure. « L’argile est une matière noble et si on se donne rendez-vous dans dix mille ans, personne ne l’aura cassée, elle sera toujours là. La terre est généreuse, si vous savez la traiter avec respect, elle vous montre toute la richesse qu’elle englobe. C’est lorsqu’on façonne une oeuvre qu’on se rend compte de l’importance de ce qui nous entoure. » Son autre passion est le rock et il souhaite intégrer un groupe de rock mauricien. « Je suis Breton, et j’avais formé un groupe à l’époque, Rock Aventure, et là, cela me plairait bien de rencontrer les artistes locaux passionnés de rock. » Il est aussi un féru de Harley Davidson. « Avec ma femme, on a fait la route 66 aux États-Unis en Harley Davidson. » Passionné jusqu’au bout, on vous l’a dit au tout début, Philippe Fraval est un homme qui n’a pas fini de surprendre les gens qui le côtoient.