Qui n’a jamais souhaité retomber en enfance en voyant du sable humide à la plage pour redécouvrir le bonheur de la construction des châteaux de sable ! De mêler ses mains à cette matière à la fois solide et liquide, de la modeler délicatement selon ses inspirations du moment mais n’ose pas… Les artistes membres de l’association Action for Artistic Creativity (ACA) organisent régulièrement des démonstrations sur les plages publiques de Maurice. Une manière de vulgariser cet art qu’ils pratiquent depuis quelques années.
L’art de modeler le sable pour en faire des formes animales, végétales ou architecturales fait partie d’un genre connu comme le Land art. La sculpture de sable demeure cependant éphémère. Elle disparaît au gré du vent et des vagues qui l’égrènent ou la lavent, mais cela ne décourage aucunement les artistes. Patients, ils sont prêts à recommencer et ce, avec une grande sérénité.
« C’est ma première expérience et c’est pour le plaisir que je sculpte le sable », fait ressortir Vishal Gopal au Mauricien lors de la démonstration annuelle que l’équipe a organisé en décembre dernier sur la plage de l’hôtel Victoria à Pointe-aux-Piments. Ce professeur de dessin a décidé de se joindre au groupe pour expérimenter ce genre, nouveau pour lui, mais aussi pour promouvoir l’art dans les espaces publics. « Il y a toute une éducation à faire et nous souhaitons amener l’art vers le grand public », dit-il.
Vishal Gopal a mis quatre heures pour sculpter un gros pied. « Il fallait à chaque fois mouiller le sable car avec la chaleur et le soleil, il dessèche très vite », fait-il ressortir. D’ailleurs, il faut s’assurer que le sable demeure suffisamment humide pour pouvoir le travailler car dès qu’il commence à se liquéfier, la tâche devient ardue. Heureusement qu’en bord de mer, le sel de mer retient les graines les unes aux autres. Néanmoins, selon l’artiste Valérie M’Dare, la sculpture de sable demande beaucoup de pratique pour une bonne maîtrise de la technique. Spécialisée dans la sculpture de terre de glaise, elle avait souhaité expérimenter le sable il y a quelque temps : « J’aime travailler de mes mains. J’aime les différentes matières et même si la sculpture de sable est éphémère, je prends beaucoup de plaisir à la travailler. Tant pis si ça ne dure pas ! »
« Lorsqu’on termine sa sculpture, on ressent une grande satisfaction », renchérit Joëlle Rosalie qui vient de découvrir cet art. Spécialisée dans l’impression, elle s’inspire beaucoup de la femme dans ses sculptures et trouve le sable intéressant à travailler.
Valérie M’Dare, qui en est à sa cinquième expérience, commence à mieux comprendre la matière au bout de ses doigts. « Ici c’est assez difficile car le sable n’est pas très gras », affirme-t-elle. En effet, explique le président de l’ACA Dev Chooramun, « la difficulté avec les plages mauriciennes c’est que le sable est mort sur la plupart d’entre elles. Le sable blanc et fin est plus difficile à modeler. Il est trop en poudre ». Dev Chooramun note que des produits peuvent être rajoutés pour maintenir la sculpture en place pendant plus longtemps. Cependant, pour des raisons environnementales, l’ACA n’en rajoute pas. Les seuls lieux où la difficulté semble moindre selon ses expériences sont Albion et Tamarin. « Li gro grain et li gras, li pa mor net », affirme-t-il.
À Pointe-aux-Piments sur la petite plage devant l’hôtel, la tâche est encore plus ardue car il s’agit d’un endroit artificiel. « Le sable demande à être arrosé longuement pour avoir la bonne consistance. On a commencé à tremper et à entasser le sable depuis 10 h 30 et j’ai terminé ma sculpture à 13 heures », fait ressortir Valérie M’Dare. Elle a sculpté une personne « ki pe kas enn poz ». Un thème qui touche à la vie locale, souligne-t-elle, surtout en cette période estivale en bord de mer.
Les artistes participants à cette démonstration expliquent que la sculpture peut rester sur place entre deux jours et une semaine en fonction du climat…