MARIE JACQUES LAVAL PANGLOSE G.O.S.K

Ami et Élève du Grand E.

 

Il y a quelque temps, on parla de se connaître. Belle quête. Elle se nomme djihad. En voilà une.

Le Grec et La Pythie

La planète Terre est un habitacle où vient, entre autres, un Être se servant, principalement de raison, d’émotion, d’intuition afin de continuer à déterminer le but de sa création. C’est l’Homme. On dit alors qu’il est dans la quête de soi-même, qu’il cherche à se connaître, d’où cette phrase mise à l’impératif: « Connais-toi toi-même. » 

La devise inscrite, jadis, au fronton du temple de Delphes et reprise plus tard par Platon, qui cite Socrate, est la moitié de la phrase complète. Cette dernière édicte: « γνθι σεαυτόν και αφήστε τον κόσμοv στουs θεούs, ». Cela donne, à peu près, les sons suivants : gnôthi seautonne kaye aphisté tonne kosmonne stousse theousse ». Réduite en langue française, elle peut vouloir dire: « Connais toi toi-même et abandonne l’univers aux dieux. »

Ironie dramatique, l’inscription était marquée sur le mur de face du temple, là-même où les fidèles venaient consulter la Pythie de Delphes, l’oracle du dieu, ici Apollon, afin de mettre au jour leur avenir. Ainsi, au lieu de faire l’effort de se découvrir par soi-même, le Grec ancien, comme le Mauricien du jour, demandait à une divinité de le faire pour lui. Le miraculeux, c’est que celle qui officiait comme prophétesse, pour délivrer l’oracle à la question posée, se juchait sur un trépied de bronze. Puis elle élevait ses vibrations dimensionnelles en respirant des fumées émanant de plantes que les prêtres du culte brûlaient. Auparavant elle avait pris du breuvage sacré, l’eau de la fontaine de Castalie jouxtant le temple. Ainsi atteignait-elle le niveau requis dans lequel l’esprit devient clairvoyant. Alors elle accomplissait sa mission de prophétesse, c’est-à-dire celle qui parlait pour le divin, en était possédée. Tout cela faisait partie de la mantique, qui est un ensemble ayant trait à la divination sacrée, dans la religion des Grecs antiques.  La Pythie donnait ses prédictions, qui certainement influaient sur le cours des vies de ceux qui la consultaient, en dépit de l’injonction de se connaître soi-même, ou par soi-même. Elle agissait pour révéler au fidèle, quémandeur, la réponse du dieu quant à son propre monde et son mode de vie terrestre, son univers donc. Cet univers lui est propre, car contenant sa destinée, mais il appartient, en même temps, au dieu, qui la dévoile, car dans la phrase frontale et liminaire, l’univers est aux dieux.

Voilà qui semble annoncer la nature ambivalente de l’Homme qui procède dans sa destinée humaine vers son établissement céleste. Les Égyptiens, dans leur quête d’éternité, résument cette pensée d’une manière succincte en disant la formule, qui ouvre la voie, qui mène au dehors, ainsi: « Ba ar Pet, sat ar Ta ». Traduit en français actuel, cela donne : « L’âme est au ciel, le corps à la Terre. »

« Samson Agonistes »

« Samson Agonistes » est un poème décrivant la dernière lutte de Samson enchaîné à Gaza, prisonnier de ses ennemis, sa force perdue, puisqu’il désobéit à Yahweh, en livrant le secret de sa force, sa chevelure. Quand, en 1671, John Milton, aveugle lui-même, dicta à sa fille le poème sus-cité, ses mots lapidaires décrivent encore le combat de l’Homme. Samson, agonistes, du grec le combattant, qui était « in chains and eyeless in Gaza », dépeint l’Homme qui se cherche, mais ne se voit pas dans sa lutte pour se délivrer du joug philistin, qui n’est autre que sa propre ignorance. Mais Samson ne perd sa force, que temporairement, car il oublie le chemin de Dieu en donnant son secret à l’autre. Il le reprend, ce chemin, en mourant. Toute perte ne doit demeurer que le temps de reprendre vie. Non, pas la vie ici, non. La vie là-bas. La vie en esprit. Sinon, il faut revenir sur Terre ou ailleurs dans la matière. C’est la symbolique du Phoenix, car qui meurt renait. Krishna le dit à Arjuna comme ça: « Car ce qui est né est assuré de mourir et ce qui est mort sûr de naître. » Bhagavad Gita, livre 2 verset 27 traduit du sanscrit par Émile Sénart Membre de l’Institut. Ed Classiques En Poche 2008.

En effet, le cheminement vers la connaissance de soi reste la quête de tout homme, même si ce dernier, enfoui dans l’enveloppe de sa chair, aveugle à lui-même, ne le sait pas encore. Il en a toujours l’intuition. Le fait, même, de son existence lui en donne l’intussusception. Car de là, il songe à procéder vers un ailleurs, qui pourtant ne l’est pas, puisqu’en lui.

Se connaître veut dire réaliser l’essence de sa création, donc reconnaître avoir été créé, donc être issu d’un Créateur, donc être pensée de Celui Qui Crée, donc tout devoir à Ce Créateur, donc aimer Celui Qui a Créé, donc connaître l’Amour, d’où aimer. Aimer est la première nature de l’Homme, bien qu’elle soit si difficile à atteindre.

Se mesurer à L’Infini et mourir

Avant de se connaître, aussi paradoxal que cela semble, il faut d’abord se mesurer. On le fait à l’aune de l’Infini et on ne peut qu’arriver à une seule conclusion. Il faut alors, tel Socrate, se dire :« ν οδα τι οδν οδα«  phrase, qui, phonétiquement, donne, plus ou moins, enne oïda hoti oudenne oïda. Ce que je sais c’est que je ne sais rien. C’était lors de son procès, mené par Mélétos et deux autres, pour avoir corrompu la jeunesse et introduit des dieux inconnus à Athènes. Il fut condamné à mort.

La recherche de son identité nécessite, d’abord, une mort, ou une catharsis. C’est un acte d’abnégation et d’humilité devant la Connaissance. Cette dernière appartient à un seul Être. Il est Celui Qui Est. Nul ne connait sauf Lui. Alors il faut d’abord se mettre à la simple constatation de soi et remercier d’avoir été créé, d’avoir eu la pensée comme attribut et l’amour en grâce.

Puis il faut mourir à soi.

On le fait ainsi:- En sus de consister en un acte d’abnégation, une catharsis se veut aussi dépouillement des regards et attitudes d’a priori, à l’instar du voyageur fatigué, lequel enlève ses vêtements ainsi que les pensées du jour avant de glisser dans le sommeil réparateur très profond, qui porte en sanscrit le nom très poétique de sushupti. Il est nécessaire de mourir afin d’émerger de l’ombre des ténèbres de son ancien ‘soi-disant’. Puis, comme cela est inscrit dans le « Livre des Morts Égyptien » traduit par Wallis Budge le 25 janvier 1895, dont le vrai titre est « De la Nécessité d’Aller À La Lumière’, L’Homme peut dire : « Je ne mourrai pas, car mon âme a goûté à l’Éternité. » Op. Cit p.Lvi.

 Oui, beaucoup d’hommes vivent encore ‘en soi-disant’, cernés par leurs us et coutumes, refusant de quitter des repères qui ne sont que repaires. La planète Terre est le lieu dans l’environnement duquel se retrouve cette expérience humaine. L’Être apprend à travers l’Homme, la compétition, d’abord, puis, dans la lutte pour survivre, l’Amour immanent.

Plus près de Toi Mon Dieu

Car la quête de l’identité est la voie vers l’Éternité. La question de qui est l’Homme, menant à qui je suis, doit mener à une Source Unique et Éternelle. Il y a une chanson chrétienne entendue dès l’enfance qui raconte cela merveilleusement. Elle s’appelle « Plus près de toi, Mon Dieu, plus près de toi. »

La voici dans sa forme originale et anglaise. Elle fut jouée pendant que le Titanic sombrait.

Nearer to Thee, My God

 

In articulo mortis (At the moment of death)

Caelitus mihi vires (My strength is from heaven)

 

Nearer, my God, to thee,

Nearer to thee!

E’en though it be a cross

That raiseth me.

 

In articulo mortis (At the moment of death)

Caelitus mihi vires (My strength is from heaven)

 

Deo adjuvante non timendum (God helps, nothing should be feared)

In perpetuum (For ever)

 

Dirige nos domine (Direct us, O Lord)

Ad augusta per angusta (To high places by narrow roads)

 

Sic itur ad astra (Such is the path to the stars)

Excelsior

 

Still all my song shall be

Nearer, my God, to thee,

Nearer, my God, to thee,

Nearer to thee!

 

Though like the wanderer,

The sun gone down,

Darkness be over me,

My rest a stone,

Angels to beckon me

Nearer, my God, to thee,

Nearer, my God, to thee,

Nearer to thee!

 

Or if, on joyful wing

Cleaving the sky,

Sun, moon, and stars forgot,

Upward I fly,

Excelsior

L’Homme est la manifestation apparente d’un Esprit Éternel, nommé Être, dans une forme, d’aspect humain. Cette forme se plie à certaines exigences génétiques dont se sert l’Être, dans le corps hôte, afin de faire face à des situations spécifiques liées au devenir de cet Esprit. Ces situations sont disposées, par les actes volontaires et voulus de tous les Hommes, de manière à ce que l’Esprit, créé par MonSeigneur, monte vers LUI. Dans ces dispositions, l’Esprit entre dans un corps d’Homme aux accents Africains, Européens, Asiatiques ou Métissés, mais il reste Esprit. Il est assurément, des formes de vie, aussi intelligentes que l’humain, à l’Esprit aussi en route vers Celui Qui Est. Le niveau de rapprochement avec Le Créateur, ainsi que la quête de L’Esprit, déterminent la forme de manifestation choisie.

Même si, immédiatement, cela ne change pas beaucoup, un tel regard emmène, de l’Homme, l’Ange qui en lui demeure afin de pouvoir enfin atteindre sa destinée, la nôtre. Un tel regard est une initiation, du latin in: dans, vers, itere: marcher, aller. Et c’est cela l’éducation, du latin e: hors de, ducere: mener. Aller de l’Homme, du latin Homo à l’Ange, du grec Anggélos: messager, porteur de nouvelles, donc d’espoir, donc d’éternité. Car après avoir vu avec des yeux d’Homme sur Terre, l’actuelle étape, l’Être se voit et se connaît, à la condition d’avoir voulu se maintenir et de s’être tenu à la voie à laquelle il s’était dédié, avant de naître.

Il y a quelque temps, qu’on parle de se connaître. Belle quête. Elle se nomme djihad. Racontez la vôtre. C’est cela, aussi, aimer.

 « Après cela, sache que de même que toute chose se manifeste à la vue grâce à la lumière extérieure, de même toute chose se manifeste à la vision intérieure grâce à Dieu! IL est en effet avec toute chose, IL n’en est pas séparé, puis IL fait apparaître toute chose, comme la lumière accompagnant chaque chose, qui apparaît grâce à elle. »

Abu Hamid Muhammad al-Ghazâl dans Michkat Al-Anwar, Le Tabernacle des Lumières traduit en français par Roger DeLadrière.