Cette fois, nous annonce-t-on, ça y est. Air Mauritius est en gestation. Neuf mois pour espérer accoucher d’un bébé en bonne santé, financière s’entend, avec pour géniteur et sage-femme l’entreprise U.S. Seabury, rémunérée, dit-on, au succès, à savoir remettre Air Mauritius sur la voie de la profitabilité. Alors, elle se paiera sur la bête. A quel taux, pour combien de temps ? Mystère et boule de gomme.
De même pour son travail d’analyse, de première phase.
Entreprise philanthrope US, cela fleure bon l’oxymore ! Autres questions :
1.     Seabury possède-t-elle une baguette magique, pour faire baisser le prix du carburant, un des premiers postes de dépenses d’Air Mauritius ?
2.     Seabury dispose-t-elle d’une formule pour que les A 340 de la compagnie consomment moins ?
M. Shanks, le monsieur miracle venu de l’Arizona – Yup !!! en effet une connaissance du marché américain – est vitale pour Air Mauritius !! Après un passage il y a longtemps à British Airways, il saura sans nul doute persuader – par la force du « my way or the highway » – inciter de nouveau les Européens englués dans des problèmes économiques à retrouver le chemin de l’île Maurice.
Certes, à lire la liste des clients ayant eu recours à ses services, Seabury porte beau. Sauf que la quasi-totalité des compagnies aériennes qu’elle a conseillées sont celles opérant sur des marchés fort diversifiés et ne dépendant pas, pour près de 97 pour cent, du tourisme éloigné de sa destination de prédilection.
 La problématique de Continental Airlines et de American Airlines, par exemple, n’a rien à voir avec celle d’Air Mauritius. Cette dernière est vitale pour l’économie du pays. Elle est une ressource stratégique, ce qui n’est pas le cas des autres transporteurs que Seabury a conseillés.
 Une approche purement capitaliste, ultra-libérale, telle que préconisée par Seabury, un peu à l’instar du Fonds monétaire international (FMI) et ses plans d’ajustement structurels, serait un remède susceptible de tuer le malade dont il s’est mis au chevet selon le voeu du Premier Ministre, si l’on en croit les dires de ce dernier sur les ondes des radios la semaine dernière alors qu’il disait quelques secondes auparavant qu’il fallait laisser le management manager la compagnie nationale d’aviation … tout cela nous paraît fort cohérent et dénué de toute contradiction, n’est-ce pas ?
Qu’il faille remettre en cause le modus operandi d’Air Mauritius est une évidence ! Ceci est une constante, pointée du doigt, depuis dix ans, par tous ceux qui ont une connaissance du monde de l’aéronautique, qu’ils soient étrangers ou Mauriciens. Les contextes sont différents ainsi que les cultures ; nombreuses furent les tentatives de remettre de l’ordre dans la gestion d’Air Mauritius.
Ce que préconise Seabury est connu de longue date :
1.     rationalisation du réseau,
2.     renouvellement et homogénéisation de la flotte,
3.     économies de personnel et motivation accrue de celui-ci,
4.     amélioration du service et de l’état d’esprit dans la fourniture de ce service,
5.     intenses et coûteux efforts de commercialisation du produit Maurice et Air Mauritius sur les marchés émetteurs et émergents, mais, surtout, et avant tout, affranchissement total de la direction de l’entreprise des ingérences politiques.
6.     Tant qu’Air Mauritius sera l’objet de convoitises et source de profits indus des amis du pouvoir, un lieu de bandes et de prébendes, les tentatives de réorganisation se heurteront au mur du bon vouloir du prince du moment et de ses courtisan (e) s.
 Air Mauritius, à quelques exceptions près de type Bungsraz, n’a pas à rougir de la qualité de ceux qui ont été amenés à diriger l’entreprise. Ils ont tous posé le bon diagnostic, préconisé le bon remède.
Tous se sont heurtés, hélas ! à des diktats venus du politique et du premier d’entre eux, dès lors que leurs décisions, prises dans l’intérêt d’Air Mauritius, pouvaient aller à l’encontre de certains intérêts particuliers. Il y a longtemps qu’Air Mauritius aurait dû revoir à la baisse ses coûts récurrents, comme la maintenance des avions, et divers autres contrats avec des tiers. Des dirigeants s’y sont essayés et se sont cassés les dents contre le mur de certains intérêts particuliers.
Seabury et ses recommandations, on peut le craindre, s’y fracasseront à leur tour.