La pénurie de matières premières dans l’industrie du thon remet en cause le modèle même du Seafood Hub, selon Rezistans ek Alternativ, qui considère ainsi que la demande de Maurice pour une dérogation à l’Union européenne est « dénuée de bon sens ». Le mouvement rappelle que cette situation découle d’une décision de la Commission des Thons de l’océan Indien d’imposer un quota de pêche. Il invite le gouvernement et le patronat à assumer leurs responsabilités, surtout auprès des 8 000 travailleurs du secteur dont l’emploi est menacé. Une réunion tripartite est souhaitée pour faire la lumière sur la question.
D’emblée, Rezistans ek Alternativ avance que c’est à travers les médias qu’il a appris que Maurice, « avec la complicité de la MEXA et du secteur privé », a fait une demande de dérogation à l’Union européenne afin de ne pas interrompre la transformation dans les usines à Maurice. Il rappelle que la pénurie de thon découle d’une décision de la Commission des Thons de l’océan Indien (CTOI) d’introduire un quota pour la pêche de thon jaune. « Ce qui est troublant, c’est que l’Etat mauricien n’a pas évoqué la menace que pourrait représenter cette mesure sur le Seafood Hub, au moment où la décision a été prise. Aujourd’hui, les opérateurs viennent parler de menaces sur l’emploi en cas de baisse de la production », dit Stefan Gua, le porte-parole.
Si tel est le cas, ajoute-t-il, cette perte d’emploi sera la responsabilité des gouvernements successifs depuis 2010. « Le modèle sur lequel repose le Seafood Hub était voué à l’échec. Rezistans ek Alternativ avait déjà attiré l’attention sur la viabilité de ce modèle. » Il identifie ainsi trois problèmes découlant directement de ce modèle. « La transformation du thon pour le marché européen est basée sur le même modèle que la zone franche. C’est-à-dire la main-d’oeuvre étrangère et l’orientation vers un seul marché. Les conditions pour un travail décent et stable ne sont pas présentes  non plus. » À cela, poursuit Stefan Gua, s’ajoute le problème de surpêche et de gaspillage, imputé aux bateaux de pêche européens. « Ce modèle n’est donc pas écologique et durable. D’ailleurs, c’est parce qu’ils ont épuisé les réserves du bassin méditerranéen qu’ils négocient maintenant des accords de pêche avec d’autres pays. Et notre Seafood Hub dépend de ce modèle. »
Le troisième problème évoqué par Rezistans ek Alternativ est que « tout se fait au détriment du peuple mauricien » et de « l’épanouissement du secteur » de la pêche locale. « Ce modèle destiné à l’exportation a profité à une petite poignée des plus riches, qui ont vu dans la zone économique exclusive de Maurice un “fuel tank” pour le marché européen. Cela s’est traduit dans l’accord de pêche avec Maurice, qui a été une aubaine pour se faire de l’argent. »
Rezistans ek Alternativ lance ainsi une mise en garde au gouvernement et aux entreprises du Seafood Hub concernant la sécurité d’emploi. « Ils doivent assumer leurs responsabilités. Nous appelons les travailleurs à se mobiliser. Il n’est pas normal que les travailleurs payent le prix fort d’une mauvaise planification et d’une mauvaise stratégie mise en place par les politiciens et les patrons. » Le parti souhaite une réunion tripartite avant toute négociation « dans le dos des travailleurs », ajoutant : « Il faut un espace de discussion afin que les travailleurs puissent faire entendre leur voix avant de se retrouver sur le carreau. »
Rezistans ek Alternativ est aussi d’avis que la demande de dérogation de Maurice est en contradiction avec la nécessité d’une pêche responsable dans la région. Il rappelle que le pays avait émis le souhait pour une réduction de l’utilisation du Dispositif de concentration de poisson (DCP), mais a fait marche arrière sous la pression de l’Union européenne. « Maintenant, Maurice veut négocier avec des bateaux non européens pour approvisionner son Seafood Hub. »
Le parti se dit en faveur d’une flotte marine nationale pour une pêche responsable dans notre zone économique exclusive. Le marché local devrait également être privilégié. Rezistans ek Alternativ souhaite également la mise sur pied d’une National Maritime Audit Commission et plus de transparence dans l’accord de pêche entre Maurice avec les pays pêchant dans notre territoire.
Par ailleurs, du côté des syndicats oeuvrant dans ce secteur, on affirme que la situation de crise évoquée par les usines ne se fait pas encore sentir. Un délégué de la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA) affecté au débarquement du poisson dans le port témoigne : « Pour le moment, les cargaisons continuent à arriver comme d’habitude. Nous ne notons pas de grand changement. Nous ne savons pas encore comment cela sera à l’avenir mais nous suivons la situation de près. » Même constat dans l’une de grandes usines de transformation. « On n’a pas encore parlé de difficultés ou de perte d’emploi. Nous avons bien posé des questions, mais on nous a laissés entendre qu’on cherchait des solutions. »
Rappelons que la Mauritius Export Association (MEXA) a tiré la sonnette d’alarme récemment sur la pénurie de matière première qui menace le Seafood Hub après l’imposition du quota de pêche par la CTOI. Une demande de dérogation en vue d’utiliser 8 000 tonnes de poissons provenant des zones hors océan Indien a été rejetée par la Commission européenne.