La députée du gouvernement Nita Deerpalsing, lors d’une séance spéciale du Parlement hier, a proposé un amendement à l’article 1 (1) de la Constitution pour que le terme “secular” soit introduit entre les mots “sovereign” et “democratic”. Elle précise qu’elle n’est pas contre la religion mais se prononce contre « l’instrumentalisation de la religion ».
Avec l’amendement proposé, l’article 1 (1) de la Constitution devrait se lire ainsi : « Mauritius shall be a sovereign secular democratic State which shall be known as the Republic of Mauritius ». Cette proposition s’inscrit dans le cadre d’une vision à long terme pour Maurice, ajoute l’intervenante.
La députée du gouvernement précise que « secularism is not the absence nor the repudiation of religion ». Elle observe que lorsque l’Inde a introduit le terme dans sa constitution, la religion ne s’est pas évanouie pour autant. « Secularization of the State », dit-elle, ne veut pas dire « secularization of society ». Elle estime que le sujet, complexe, mérite une réflexion sur le meilleur modèle à adopter pour notre société puisqu’il y en a de nombreux. Elle avance vouloir clairement faire la différence entre le modèle laïque français et les autres, d’où le maintien du terme “secular” dans son discours.
Nita Deerpalsing cite longuement le philosophe Charles Taylor, professeur émérite de l’Université McGill au Canada, qui dit : « We think that secularism has to do with the relation of the State and religion ; whereas in fact it has to do with the correct response of the democratic State to diversity ».
Tout en précisant avoir sa propre religion, elle indique qu’elle s’exprime en tant que membre de cette assemblée représentante de toutes les sections de la population. Elle affirme être guidée par des valeurs socialistes traitant ainsi chacun également. Néanmoins, la députée rouge dit que ce serait pure négation que de ne pas reconnaître que la politique de représentation est importante pour ce pays.
Code of practice
Nita Deerpalsing estime qu’il faudrait par exemple mettre en place un Code of practice pour les politiciens et les prêtres, les représentants religieux et représentants des groupes religieux. Pour elle, il est « inacceptable que l’on dise merci aux gens, lors des cérémonies religieuses, pour avoir voté pour tel ou tel groupe », que des hommes religieux se regroupent pour jeter de la boue sur les institutions de la République ou encore que des  groupes socio-religieux disent publiquement : « I control 400 000 votes in this country » ou « vote avec ou le coeur ».
Elle propose aussi que ce modèle fasse provision pour que les organisations religieuses ou socio-religieuses soient plus transparentes et rendent publiques leurs sources de financement et qu’elles séparent leur budget d’opération des coûts des projets. « If for example a religious group is financed by big business, or even private individuals, this should be publicly known », dit-elle.
Se fondant sur la philosophie de Charles Taylor, Nita Deerpalsing affirme avoir revu sa position par rapport aux subsides accordés aux associations religieuses. « Cette question des subventions religieuses peut être considérée comme un arrangement institutionnel faisant partie de notre identité ».
Pour réussir, dit la députée, il faut que tout un chacun se sente partie prenante dans la construction de cette nouvelle société. « A society of this kind presupposes trust, the basic trust that members and constituent groups have to have, the confidence that they are really part of the process, that they will be listened to and their views taken into account by others ». La confiance en l’autre est primordiale pour la survie d’une société libérale, dit-elle.
Nita Deerpalsing propose l’institution d’un Select Committee pour dégager les grandes lignes de cette société séculière non seulement pour aujourd’hui mais pour demain « so that every single citizen in this country can imagine his membership in the Constitution ».