Sébastien Frivet pratique le Bicycle Motocross (BMX) depuis plus de 14 ans. Cette discipline urbaine continue de passionner les jeunes amateurs de sensation forte. Le niveau local est assez relevé dans le domaine du Street BMX. Petite démonstration sur les traces d’un rider curepipien.
Il a sacrifié son corps pour son vélo. Risqué des coups audacieux pour se surpasser et maîtriser son BMX. Les séquelles de son apprentissage marquent encore son corps. Sébastien Frivet, 25 ans, ne compte plus ses fractures aux tibias, aux chevilles, aux mains… “C’est un sport à risques, et on doit s’attendre à prendre des coups. Mon corps sait de quoi je parle. Monn apran par momem. Monn pran boukou kou par ignorans, me monn aprann boukou osi”, confie-t-il en souriant.  ?Sa grande expérience dans le domaine du sport extrême fait qu’il est aujourd’hui BMX Ambassador pour le Skate Park de Bagatelle. Il initie à cette discipline un certain nombre de jeunes. “Ce sport m’a permis de grandir et de voir la vie autrement. Lorsqu’on va à l’extrême de soi, on se découvre à l’état pur face au danger. Si tu peux maîtriser un BMX, tu peux gérer ta vie. Le BMX m’a fait repousser mes limites.”
Univers.
Dans sa chambre, transformée en bureau de sa boîte d’événementiel (Sébastien Extrême Ltd), son vélo ne le quitte jamais. Il est installé juste à côté de son lit, près de son ordinateur. En plein chantier pour la construction de sa maison à Curepipe, il trouve malgré tout le temps de s’évader dans son monde extrême et explorer de nouvelles pistes et des figures inédites de freestyle. “On ne finit jamais d’apprendre. Je me perfectionne à chaque sortie.”
Ces escapades lui ont valu une nouvelle blessure au genou. Mais cela ne l’empêchera pas de nous proposer quelques figures acrobatiques au Forum, sous une pluie battante. La jambe bandée, Sébastien Frivet continue malgré tout à tenter de nouvelles pistes. “Je suis partant pour tout ce qui touche aux sports extrêmes. Et le BMX est la base de tout. Mon père faisait du motocross. Je suis tombé dans cette marmite très jeune, à l’âge de 9 ans.”
Dirt.
C’est par le dirt qu’il fait son apprentissage du BMX. “Le dirt consiste à exécuter des figures sur des bosses en terre. Avec des amis, on faisait des monticules de terre à côté du Forum pour réaliser nos cascades. C’est ainsi que j’ai débuté ce sport. On pouvait se propulser jusqu’à deux, voire trois mètres du sol.”
Son frère Mathias s’est aussi adonné à cette pratique, mais de manière ludique, alors que Sébastien s’est investi à fond sur son vélo. “Souvent, une idée me traverse l’esprit; je prends mon vélo et je sors. Surtout le soir, vers minuit ou deux heures du matin, je vais arpenter les avenues de Curepipe à la recherche de nouveaux obstacles à franchir.”
De ces sorties nocturnes, il conserve beaucoup de bons souvenirs. Il parle volontiers des rencontres avec des SDF de la ville lumière, avec qui il s’est lié d’amitié. “C’est fou, les belles rencontres que vous pouvez faire la nuit. Parmi ces SDF, il y a des hommes aux parcours incroyables. Je pense à ce médecin qui, du jour au lendemain, s’est retrouvé à la rue. Difficile d’être insensible devant tant de tragédies humaines.”
Freestyle.
Sébastien s’est aussi essayé au VTT pendant quelques années, en faisant du freestyle, qui consiste à exécuter des figures libres sur son BMX ou sur son VTT. Il a été inspiré par Clyde Lamport, l’un des plus anciens freestylers de VTT à Maurice. Sébastien a voulu faire les deux pour comparer les sensations, mais également pour parvenir à une meilleure maîtrise. “Il n’y a pas beaucoup de gens qui pratiquent ces sports car ils sont difficiles et durs. Contrairement au skate, le BMX est plus dangereux, surtout lorsqu’on le fait en freestyle.” ?Sébastien Frivet est aussi un spécialiste du Street BMX, qui, comme son nom l’indique, se pratique dans la rue, sans règle ni contrainte. “Le but est d’utiliser l’espace urbain afin d’y effectuer des figures. Plus tu maîtrises ton environnement, plus tu te laisses aller à des prises de risques.” La tendance du moment est de faire du street, sans avoir de frein sur le vélo. C’est le cas de Sébastien, qui évite de parler de tendance mais plutôt d’expérience. ?
Bricoleur.
Ce sport l’a forcé à apprendre la mécanique. Pour une bonne conduite, il faut connaître son vélo dans les moindres détails. Sébastien Frivet bricole son vélo et le module à sa guise pour une meilleure pratique. Pas besoin de mécano : la réparation de son BMX, il en fait son affaire. “J’ai été obligé d’apprendre cela pour pouvoir réaliser les cascades que je voulais. Lontan, nou ti pe trase pou konsolid nou BMX avek seki nou ti ena.”
Il s’est aussi lancé dans l’importation de pièces de vélo, pour lui et pour d’autres amateurs du genre. “C’est un sport qui demande beaucoup d’investissement. Il faut avoir les meilleurs équipements pour le pratiquer dans de bonnes conditions, sinon on risque de se faire mal. Sans guide, je me suis aventuré à faire des figures compliquées. Aujourd’hui, je veux profiter de mes contacts et de mes connaissances pour proposer des équipements professionnels et de qualité aux jeunes.”
Bunny hop.
Après nous avoir conté son parcours, Sébastien enfourche son BMX. Même s’il traîne la jambe sur le béton du Forum, il n’en démord pas. Il veut combattre le mal par le mal. Le voilà qui installe une rampe pour la séance de démonstration. Il se lance sur son BMX, sans frein, pour des bunny hop (une technique de street qui consiste à décoller les roues sans tremplin). Il passe ensuite à des figures de plus en plus complexes. ?C’est ici au Forum qu’il a jadis fait ses premiers essais. Il éprouve le même plaisir à dominer ce terrain sur ses deux roues. “Malgré les découragements et les préjugés autour de cette discipline, je ne suis nullement démotivé. Le BMX, c’est ma vie; et la rue, mon univers.”
Partage.
Sébastien Frivet souligne que ce sport est avant tout un moment de partage. Aujourd’hui, fort de son expérience, il veut se mettre à la disposition des autres. “Je veux être accessible pour pouvoir partager mon expérience avec d’autres riders. Le BMX, c’est une discipline de partage. Il faut aimer partager pour faire ce sport.” ?Tout en traînant la jambe gauche, il brave le froid et la pluie de Curepipe, son BMX sur l’épaule. D’autres aventures l’attendent…