La Central Water Authority (CWA) l’a encore annoncé en début de semaine : même si le niveau d’eau du réservoir de Mare-aux-Vacoas a sensiblement augmenté (37%), il faut continuer à utiliser l’eau de manière judicieuse. La station météorologique annonce pour sa part qu’il n’y a pas de systèmes majeurs en vue, donc pas de grosses averses en perspective. La sécheresse s’aggrave et les conséquences risquent d’être lourdes pour le pays, alors que nous célébrerons ce 22 mars la Journée mondiale de l’Eau, dont le thème est cette année “L’eau et la sécurité alimentaire”.
À quelques jours de la Journée mondiale de l’Eau, la CWA invite une fois encore la population à utiliser l’eau de manière judicieuse et intensifie sa campagne contre le gaspillage. Et ce, même si certains endroits ont été arrosés ces derniers jours. Le pays n’a toutefois pas reçu les grosses averses d’été habituelles, ce qui fait craindre le pire pour l’hiver qui approche. Pour certains, il est toujours difficile de se rendre compte du fait que le pays souffre de la sécheresse. L’eau coule encore dans les rivières, même s’il est vrai que leur débit est plus faible. En général, il y a de la verdure partout. Les opérateurs privés ne semblent pas non plus être affectés, les étagères des grandes surfaces étant toujours remplies de bouteilles d’eau. Cela ne veut néanmoins pas dire que nous sommes à l’abri d’une pénurie.
Impact sur le coût de la vie.
“Si ce manque d’eau persiste, il aura un impact sur le coût de la vie. Les agriculteurs auront du mal à irriguer leurs champs, le prix des légumes va augmenter, ce qui va affecter les consommateurs.” C’est ce qu’affirme Pierre Dinan, économiste. Un avis que partage également Eric Mangar, du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA). “Avec le manque d’eau, les planteurs ne pourront plus assurer la demande. Les personnes à faibles revenus seront celles qui seront les plus affectées”, ajoute-t-il.
Il n’y pas que le secteur agricole qui va être touché par la pénurie, mais tous ceux qui utilisent l’eau en grande quantité : le secteur touristique, celui de la construction ou encore manufacturier. Même si, dans les deux derniers secteurs mentionnés, beaucoup ne sont pas très loquaces, nous retenons que la situation est, pour le moment, sous contrôle. Danielle Wong, directrice de la MEXA, fait ainsi comprendre que le problème est localisé. “Nous ne voulons pas donner l’impression aux investisseurs que nous n’allons pas pouvoir honorer les commandes. La production est stable, la situation est sous contrôle”, affirme-t-elle.
Du côté du secteur du tourisme, on nous confie que ce sont surtout les hôtels de la côte ouest qui sont les plus affectés. Mais, insiste notre source, “il est difficile de ne pas offrir un bon service à quelqu’un qui a payé des milliers de roupies pour passer des vacances chez nous.” Notre interlocuteur indique également que les établissements hôteliers font savoir aux clients que le pays est dans une situation difficile, et qu’il ne faut pas gaspiller l’eau. “Ils le disent assez gentiment et les clients comprennent.” Depuis, il y a un changement d’attitude qui a été adopté, tant par les clients que dans les services offerts.
Agro-écologie.
Le pire peut encore arriver si la situation perdure. Eddy Sadien, du Front Commun Travayer Sosial, en est persuadé : “Il y a un risque de débordement populaire. Le manque d’eau affecte toutes les couches de la société, et si les coupures drastiques continuent, les gens vont descendre dans la rue.”
Eddy Sadien se demande par ailleurs si la pénurie d’eau n’est pas “artificielle”, dans la mesure où les autorités pourraient plus facilement faire adopter l’idée de la nécessité d’un partenaire stratégique pour la CWA, en ce qui concerne la gestion de nos ressources en eau.
“Privatisation ou pas, il est urgent que nous changions notre manière d’utiliser l’eau”, maintient le président du MAA. Pour Eric Mangar, il est temps de passer de l’agriculture intensive à l’agro-écologie, où le compostage est privilégié, car celui-ci maintient une bonne humidité du sol. Ainsi, l’arrosage et l’irrigation requièrent moins d’eau. Eric Mangar se justifie en soulignant le fait que Rodrigues fournit un bel exemple de cette méthode de culture, alors que les Rodriguais doivent souvent faire face aux pénuries d’eau. “Ils savent recueillir l’eau de pluie”, ajoute-t-il. Une habitude qui commence seulement à faire des émules à Maurice…
Utilisation judicieuse.
L’économiste Pierre Dinan est d’avis que cette situation est peut-être l’occasion pour les Mauriciens de prendre conscience de l’ampleur du gaspillage d’eau dans notre île. “La CWA, avec ses tuyaux percés, nous faire perdre des milliers de mètres cube d’eau par jour depuis des années. Ceux qui la dirigent devraient réaliser qu’on ne peut jouer avec l’avenir du pays à ce point, et que des mesures devraient être enfin prises afin qu’il n’y ait plus de gaspillage.”
Comme Eddy Sadien, Pierre Dinan ne croit que le pays est déficitaire en eau. “C’est la gestion de nos ressources qui est mauvaise. Si notre système de distribution d’eau était efficace, nous aurions pu faire face à la situation.”
Par ailleurs, certains hôtels commencent à prendre leurs précautions afin de faire face à la pénurie d’eau qui pourrait survenir. Avec les facilités mises à leur disposition par le gouvernement, ils commencent à investir dans des unités de dessalement de l’eau de mer.
En entendant la fin de la construction du barrage de Bagatelle, et que le réservoir de Mare-aux-Vacoas affiche un taux de remplissage raisonnable, l’heure est plus que jamais à l’utilisation judicieuse de cette précieuse ressource.
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Sécurité alimentaire
“L’eau et la sécurité alimentaire”. Tel est le thème choisi pour la Journée mondiale de l’Eau cette année. Le manque d’eau a en effet une incidence directe sur la production agricole, et peut engendrer des pénuries et des fluctuations de prix sur divers produits.
La planète compte des milliards d’habitants qui consomment deux à quatre litres d’eau par jour. Et il faut tenir compte du fait que la production d’un kilo de viande de boeuf nécessite à elle seule l’utilisation de 15 000 litres d’eau, en moyenne, tandis que la production d’un kilo de blé en requiert 1 500 litres, selon certaines études.?Une question demeure : Comment et par quels moyens pourrons-nous nourrir des populations grandissantes avec les ressources en eau douce disponibles ?