Certes, la situation au Proche-orient n’a point connu d’évolution significative sous le premier mandat de Barack Obama mais le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a dû, néanmoins, pousser un grand ouf de soulagement après la proclamation des résultats de la présidentielle américaine le 6 novembre dernier. En effet, si la position des Républicains par rapport au conflit israélo-palestinien est connue, en appelant Jérusalem la capitale de l’État Hébreu lors de sa visite de campagne dans ce pays le 29 juillet 2012 alors que cette ville demeure toujours en des points majeurs de discorde entre les deux peuples, Mitt Romney avait alors, vraisemblablement, franchi le seuil de la tolérance.
D’autre part, qui ne se souvient pas de ce jour fatidique du 5 février 2003 lorsque, dans un ultime sursaut pour convaincre la communauté internationale de la justesse d’une frappe militaire en Irak, le secrétaire d’État américain d’alors, sous l’administration républicaine de G.W. Bush, avait brandi à l’ONU des fioles qu’il disait contenir des échantillons d’armes bactériologiques et des photos satellites de laboratoires mobiles supposés faire partie du « vaste programme d’armes de destruction massive (ADM) de Saddam Hussein ». Ce que ce dernier avait toujours démenti. Or, à la fin de la guerre, aucune trace d’ADM n’avait été décelée sur le territoire irakien et Colin Powell devait admettre en avril 2004, qu’il n’aurait probablement jamais recommandé une intervention militaire sans même l’aval de l’ONU s’il avait la preuve que les informations que la CIA lui avait transmises étaient erronées.
Le 26 septembre dernier, lors de son discours à la 67e session de l’Assemblée Générale de l’ONU, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, avait exhibé une pancarte illustrant schématiquement une bombe nucléaire que, selon lui, l’Iran a déjà fabriqué à 70% et à l’aide d’un stylo-feutre, avait dessiné une ligne rouge à la hauteur de 90%, représentant la limite que « Téhéran ne doit pas être autorisé à franchir car le pays doté d’armes nucléaires est synonyme d’Al-Qaïda armé de bombes atomiques », avait-il dit. Or, les autorités iraniennes ont toujours déclaré que leur projet d’enrichissement d’uranium n’est destiné qu’à des fins énergétiques civiles. Est-ce encore un pétard mouillé ?
 Mais quoi qu’il en soit, de nombreux observateurs sont d’avis qu’en volant la vedette à l’Assemblée Générale de l’ONU, Benyamin Netanyahu avait voulu non seulement mettre en exergue une probable menace de l’Iran contre son pays mais, en même temps, éclipser la proposition du président palestinien qui l’avait précédé à la tribune, pour l’élévation de son pays du statut d’observateur au rang d’État non membre, à l’instar du Vatican.
 Ainsi, une année après l’événement historique de la demande d’adhésion en qualité d’un État membre à l’ONU, M. Abbas est contraint de revoir à la baisse ses prétentions, ayant été manifestement mené en bateau par les promesses mirobolantes américaines. En effet, si l’absence d’une position équidistante de Washington dans le conflit israélo-palestinien a toujours constitué l’obstacle majeur à l’établissement d’une paix durable au Proche-Orient, l’arrivée de Barack Obama aux affaires en janvier 2009 était alors perçue comme une lueur d’espoir. Après un discours d’investiture, dévoilant son ambition d’améliorer les relations des États-Unis avec le monde arabo-musulman, le nouveau locataire de la Maison-Blanche avait plaidé au Caire en juin 2009 pour un « nouveau départ » de la politique au Proche-Orient et assuré que « les États-Unis ne se détourneront pas des aspirations légitimes du peuple palestinien pour la dignité et un État propre à lui ». Or, le naturel revenant toujours au galop, la vague d’espérance soulevée s’est rapidement dissipée dans l’échec des négociations pourtant relancées au début de septembre 2010 à la Maison-Blanche après qu’Israël eut refusé de prolonger le gel de la colonisation juive en Cisjordanie, une condition préalable finalement abandonnée par Washington.
 Ce qui incita, par conséquent, M. Abbas à changer son fusil d’épaule et présenter sa proposition pour la reconnaissance de son pays comme un État membre de l’ONU en septembre 2011, projet qui n’a, toutefois, pas obtenu l’approbation du Conseil de sécurité puisque, et comme il fallait s’y attendre, la Maison-Blanche a agité la menace d’un veto arguant que « cette démarche constitue une diversion qui ne résoudrait pas le problème du Proche-orient ». Même si un cessez-le-feu a été conclu le 21 novembre 2012 entre Israël et les Palestiniens de la bande de Gaza après huit jours de bombardements et de tirs de roquettes, la situation des deux côtés de la frontière demeure aujourd’hui très fragile et tendue. De nombreux observateurs se demandent ces jours-ci ce qui va réellement changer dans les relations israélo-palestiniennes lors de ce second mandat de Barack Obama, d’autant que Benyamin Netanyahu, en association avec l’extrême droite, est donné favori à sa propre succession aux législatives anticipées de janvier 2013. C’est pourquoi, en optant pour un objectif modeste, M. Abbas contourne le Conseil de sécurité et déjoue le veto américain.
 Déjà, plus de 120 pays sur les 193, y compris Maurice, ont exprimé leur soutien à l’initiative palestinienne d’acquérir le statut d’État, éventualité que redoute sérieusement Tel-Aviv car l’enjeu de ce bras de fer diplomatique est énorme. En effet, même si ce nouveau statut ne changera pas grand-chose sur le terrain, dans le court terme du moins, il offrira, néanmoins, de nouveaux moyens juridiques et politiques à l’Autorité palestinienne d’accroître la pression et de consolider ses revendications. Elle pourrait, par exemple, solliciter l’assistance des organisations internationales à l’instar de la Cour internationale de justice et loger une plainte pour occupation prolongée de son territoire. L’État Hébreux pourrait être considéré comme une force envahissante et éventuellement sanctionné. Mais, dans la pratique, cependant, en conformité avec la loi du plus fort, il n’est pas exclu que la situation prenne une tout autre dimension. Car, selon toute évidence, ce n’est pas demain la veille que Washington déciderait de lâcher le symbole de sa suprématie au Proche-Orient et ce quitte à brandir encore une fois des contre-vérités comme c’était le cas en février 2003.