C’est une récente communication du ministère de l’Éducation informant du lancement du « Tender » en vue de la deuxième phase de rénovation du bâtiment du Dr Régis Chaperon SSS en 2014 — alors que la première phase des travaux se fait toujours attendre — qui a exacerbé des parents d’élèves de la Dr Régis Chaperon SSS. La santé et la sécurité de leurs enfants étant en cause, ils ont décidé de mettre à nu l’état de dégradation avancé de l’école à travers un film qu’ils ont présenté ce matin. Des images choquantes : bâtiment en décrépitude, toilettes dégoûtantes et nauséabondes, murs crasseux et lézardés de partout, salles de classe sombres et suffocantes, cour malpropre, infiltration d’eau, mobilier cassé, connexions électriques précaires, drains débordants et malpropres…
À son ouverture en 1978, le Dr Régis Chaperon SSS, collège d’État situé à Belle-Rose, fonctionnait comme une junior secondary school (soit de Form I à III) et a été converti en 1983 en une full-fledged secondary school. Au fil des années, faute d’entretien, le bâtiment s’est considérablement dégradé. « Honteux », « scandaleux », « révoltant », « inacceptable » : voilà quelques-uns des qualificatifs entendus parmi les parents devant les images montrant l’environnement dans lequel évoluent quotidiennement les 700 jeunes de la Dr Régis Chaperon SSS.
Selon des recteurs qui ont défilé dans ce collège, les autorités ont commencé à discuter d’un projet de rénovation de fond en comble en 2003 mais depuis le changement de gouvernement en 2005 on en est resté là, malgré les nombreuses promesses de diverses autorités et de plusieurs politiciens. Aujourd’hui, des membres de la PTA ont décidé d’agir d’une manière forte pour faire prendre conscience aux autorités de la gravité de la situation et des risques sur la santé et la scolarité des enfants. « Enough is enough ! Komie doleans nou finn anvoy, nou nepli ena pasians. Nou zanfan pe viv dan enn lanvironnman malang ek zot lasante ek zot sekirite an danze. Dan sa kondision-la pa kapav koz world class education. Nou ti bizin azir », fulmine Fazila Ghoorahoo, présidente de la PTA. Celle-ci ne manque pas de souligner la bonne performance de ce collège aux examens du HSC. « Durant ces dernières années il y a eu trois lauréats et chaque année il y a des classés ». La PTA compte envoyer des copies de ce document au ministère de l’Éducation et à celui de la Santé ainsi qu’au leader de l’opposition et à l’Ombudsperson for Children.
Si ce collège d’État a ouvert ses portes dans les années 80, le bâtiment existe depuis 1977 et avait été construit initialement pour abriter un centre de formation. Trente-cinq ans après, son état s’est considérablement dégradé.
Les images les plus choquantes concernent l’état dégoûtant des toilettes. Aux dires de quelques élèves, les toilettes publiques se trouvant à la Place Margéot « sont plus propres et dans un état plus utilisable » que celles de leur établissement. « Si mo ti kapav met inpe loder latrinn dan sa film la mo ti pou fer li », dit la voix off qui commente les images du film. « Tro malang pa kapav rantre ! Si nou rant ladan sa loder pi-la res kole lor nou linz, akoz samem nou na pa ale. Kapav osi tonb san konesans avek sa loder-la », disent quelques élèves au Mauricien, qui ajoutent qu’ils préfèrent attendre le retour à la maison pour se soulager.
Tout aussi écoeurant est l’état des éviers se trouvant dans la cour de l’école, dans lesquels viennent se rafraîchir les enfants pendant la récré et les deux “breaks” de dix minutes. Faute d’entretien, ces installations sont recouvertes de mousse et rendent l’endroit glissant et impraticable. Les enfants racontent que les drains pour évacuer l’eau de ces éviers sont souvent bouchés et qu’un “manhole” se trouvant juste à côté déborde régulièrement.
Les murs du bâtiment de l’école, eux, sont repoussants. On est bien en peine d’identifier la couleur initiale de la peinture tant ils sont sales, sans compter les graffitis ici et là, de toutes les formes et de toutes les couleurs, qui contribuent à la pollution visuelle du bâtiment. Les murs intérieurs des salles de classe ne valent guère mieux, malgré les efforts de PTA de donner un coup de peinture à chaque rentrée scolaire dans le but d’encourager les élèves à s’appliquer aux études. Le manque d’éclairage naturel assombrit davantage les salles de classes, qui en outre sont souvent sales à cause d’un manque de personnel nettoyant.
La dégradation touche aussi l’alimentation électrique de l’établissement. On en a pris la mesure quand un élève a été blessé par une décharge électrique en appuyant simplement sur un interrupteur. Depuis, le CEB n’accorde qu’une connexion partielle en raison des infiltrations d’eau qui posent de sérieux problèmes de sécurité dans certains circuits électriques. De ce fait, plusieurs salles de classe et même le laboratoire de science seraient privés d’électricité. À plusieurs endroits, on peut voir des fils électriques à nu, des boîtes de connexion en désordre, certaines ayant même été détournées de leurs fonctions et utilisées comme… cendriers.
Mais le problème sanitaire le plus grave est ailleurs. Depuis plusieurs années, une odeur nauséabonde gêne en tous lieux tous ceux qui fréquentent l’établissement, à tel point que des parents suggèrent que les examens de fin de trimestre aient lieu sous une “salle verte” à installer dans la cour plutôt que dans les salles de classe. Cette odeur est particulièrement insupportable par temps pluvieux. Le système de tout à l’égout, en effet, est à la fois obsolète et saturé. Il n’est plus approprié à une population quotidienne de 800 personnes. L’hygiène des toilettes est sérieusement compromise. On évoque d’ailleurs à ce sujet l’existence d’un rapport de la Waste Water Authority qui ferait un état des lieux alarmant et recommanderait même la démolition du bâtiment.
Ce manque de considération du ministère de l’Éducation pour ce collège d’État se reflète dans l’absence de terrains de sports. Seule une partie de la cour de l’école a été transformée en terrain de volley-ball, et sert tour à tour aux autres activités sportives de plein air. Faute de terrain de foot, les élèves jouent où ils peuvent, sous les préaux et dans les couloirs avec deux chaises pour délimiter le carré des buts.
Ces négligences, selon les parents, n’incitent pas les élèves à l’assiduité aux études et à la discipline. La présidente de la PTA estime même que ces conditions de vie créent un climat favorable au vandalisme et à l’agressivité. « Les enfants sont déboussolés par l’état dégoûtant de l’école et cela a une répercussion sur leur comportement », dit Fazilah Ghoorahoo. Celle-ci s’interroge sur le rôle des inspecteurs du ministère de l’Éducation et des responsables des Zones Directorate dont les visites ne sont pas suivies d’actions concrètes. « On ne veut plus entendre parler de comités pour “look into the matter” ni d’études techniques. Il faut passer à l’action. Nous voulons bien rencontrer le ministre de l’Éducation mais pas à son bureau. Que le ministre vienne lui-même sur le terrain pour se rendre compte de l’urgence », affirme la présidente de la PTA.