Le ministère de l’Éducation revient aux anciennes habitudes en accordant une grande indépendance aux collèges dans la sélection des manuels pour les Forms I à VI à l’exception des textes de littérature anglaise et française, qui sont prescrits par le Cambridge International Examinations. Si cette décision permet aux écoles de choisir les manuels correspondant mieux aux aptitudes de leurs élèves, certains recteurs s’interrogent sur le Form III National Exams qui, selon eux, requièrent une certaine uniformité dans le programme d’études.
À partir de l’année scolaire 2012, les collèges n’auront aucune obligation à se conformer à une national prescribed textbooks list pour chaque matière. Cette pratique, soulignons-le, a souvent donné lieu à des controverses. L’on se souvient par exemple de la polémique acerbe en octobre 2007 entre Lindley Couronne (directeur général d’Amnesty International Mauritius) et feu James Burty David (ex-ministre de l’Éducation et des Administrations régionales), deux auteurs de manuels de français, au sujet des livres choisis par le ministère pour le programme d’études des Forms IV et V en 2008.
Les national prescribed lists en vigueur après 2005 avaient pour objectif principal de mettre les écoles et les élèves sur le pied d’égalité. Mais le travail de sélection des bouquins consommait beaucoup de temps en raison des nombreuses réunions des différents comités. Les profs qui en faisaient partie devaient s’absenter à plusieurs reprises pendant la journée scolaire pour participer à ces travaux, perturbant ainsi le bon déroulement des classes et pénalisant leurs élèves.
C’est pendant le deuxième trimestre scolaire de cette année que le ministère a officiellement averti les recteurs de la décision de confier dorénavant aux écoles la sélection des manuels pour les Forms I à VI. Les chefs de département et le recteur doivent travailler en collaboration pour arrêter leur choix comme c’était le cas dans le passé.
Cette décision est accueillie favorablement par un grand nombre de profs et de recteurs, qui trouvent que l’école va pouvoir faire une sélection « adaptée aux aptitudes et aux compétences » de leurs élèves respectifs. « Je suis sûr que cette nouvelle mesure bénéficiera tant aux high flyers qu’aux slow learners et conduira ainsi à améliorer le niveau de chaque école. Le système uniforme faisait beaucoup de mal à certains apprenants », commente Soondress Sawmynaden, recteur du Collège John Kennedy et président du syndicat des recteurs et des assistants recteurs des collèges d’État. « Nous pouvions mieux nous adapter au rythme des enfants », soutient aussi un recteur d’un établissement five star.
Néanmoins, certains recteurs expriment quelques inquiétudes et ils n’auraient pas tout à fait tort à les entendre. D’abord, on relève leur souci quant à l’introduction prochaine de l’examen national en Form III. « L’examen national signifie qu’il devrait y avoir une dose de standardisation dans les textbooks pendant les trois premières années du secondaire, sinon les high flyers seront favorisés », craint un recteur d’un collège d’État de la capitale, qui accueille des élèves avec une performance moyenne. « Avec l’absence d’un programme d’études commun, les questionnaires de ces examens nationaux prendront-ils en considération les mixed abilities ? », s’interroge ce recteur qui souhaite que cette question soit discutée en profondeur parmi les stakeholders du secondaire.
Avec cette liberté laissée aux collèges, il n’y a aucune garantie que les manuels pour les Form I à III produits par le ministère de l’Éducation soient choisis. Des profs et des recteurs craignent aussi le risque que cette nouvelle mesure ne favorise une multiplication des manuels de mauvaise qualité sur le marché, comme c’est le cas actuellement pour de nombreux manuels destinés aux classes de CPE. « C’est bon que les collèges ont cette liberté d’action mais il faudrait qu’il y ait un organisme qui contrôle le niveau et la qualité des livres proposés par des individus avant qu’ils ne soient mis sur le marché, sinon ce sera la jungle comme cela se passe actuellement au primaire. Il y a des livres de CPE utilisés dans les leçons particulières qui ont été écrits par d’anciens profs du primaire mais qui sont bourrés de fautes », fait remarquer un chef de département d’anglais au secondaire.