Après la tenue de la Conférence des ministres de l’Éducation du Commonwealth, le ministère de l’Éducation devrait regarder en face la situation inquiétante des quatre collèges gérés par la Mauritius Educational Development Company Ltd (MEDCO), où l’État détient aujourd’hui la totalité des actions. Cet organisme, créé en 1993, n’a jamais pu atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. Le tableau est sombre, au point où des professionnels du secondaire privé en ce dernier trimestre scolaire n’hésitent pas à s’interroger sur la raison d’être de ces établissements, confrontés depuis plusieurs années à un personnel surnuméraire conséquent alors que le nombre d’élèves est très faible. A la PSSA, on qualifie la situation de MEDCO de « bombe à retardement ».
MEDCO, qui avait démarré ses activités en janvier 1994, compte aujourd’hui quatre collèges. De ce lot, il n’y a que le MEDCO Bhujoharry (à Port-Louis) qui arrive à garder la tête hors de l’eau avec un nombre satisfaisant d’élèves (740) et un taux de réussite moyen et acceptable aux examens de SC. « C’est la seule MEDCO qui donne une image sérieuse », dit-on à la PSSA.
La population du « mainstream » dans chacune des trois autres écoles, qui se chiffrait à plus de 400 élèves il y a une dizaine d’années, a beaucoup régressé, et le relevé en 2012 s’élève comme suit : 184 élèves à MEDCO Cassis, dont 27 en Form I ; 100 à MEDCO Trinity (Abercrombie), dont… 8 en Form I ; 110 à MEDCO Clairfonds (Vacoas), dont… 6 en Form I. Ce nombre squelettique d’élèves, ainsi que le très faible taux de réussite aux examens de SC, ne présage rien de bon pour ces trois établissements. Selon nos informations, le ministère de l’Éducation – après concertations avec la PSSA – aurait déjà pris la décision de ne pas recruter de nouveaux élèves en Form I pour MEDCO Clairfonds.
Après 18 ans d’existence, MEDCO n’a malheureusement pas eu le rayonnement souhaité dans le paysage éducatif secondaire. Ce bilan peu reluisant des collèges MEDCO contraste avec les objectifs — pourtant louables – figurant dans l’acte de création de la compagnie (voir en encadré). Outre la baisse d’élèves, la gestion des collèges MEDCO essuie régulièrement des critiques sévères dans plusieurs milieux du secondaire privé « grant-aided ». Pour sa part, l’Union of Private Secondary Education Employees (le syndicat des employés des collèges privés non-confessionels) ne rate jamais une occasion de réclamer une commission d’enquête sur le fonctionnement de cet organisme. En ce dernier trimestre scolaire au sein de l’organisme de la PSSA, organe de contrôle du secondaire privé, le fonctionnement des collèges MEDCO alimente les conversations. Les collèges MEDCO sont-ils toujours viables ? Peut-on redresser la situation ? Comment en est-on arrivé là ? Le ministère a-t-il la volonté de s’attaquer à ce dossier ? Le financement de ces quatre collèges ne laisse pas indifférents les professionnels du secondaire privé, voire les irrite. D’après un rapport du MAB sur le « per capita cost » dans le secondaire privé soumis au ministère en 2006, les dépenses de l’État par élève seraient deux fois plus élevées pour les collèges MEDCO que pour les autres collèges privés, alors que leur « teacher/pupil ratio » est dérisoire. « MEDCO Colleges tend to have the highest per capita expenditure in the various ranges of student population. » La Fédération des managers des collèges privés, à chaque révision du quantum des « grants », réclame un statut séparé pour les collèges MEDCO.
Le problème majeur, que la direction de MEDCO à Port-Louis ne pourrait continuer à ignorer, concerne le personnel en surnombre. « C’est une bombe à retardement ! » disent ceux qui connaissent l’ampleur du problème. Ces dernières années, MEDCO a dirigé vers des collèges d’État et d’autres institutions publiques près de 500 personnes (Teaching and non Teaching Staff) qu’il n’a pu caser dans ses établissements.
Ce problème de personnel surnuméraire n’est pas imputable au seul fait de la baisse du nombre de ses élèves. Selon un accord entre l’UPSEE et le gouvernement, et datant de 1983, à la fermeture de n’importe quel collège privé « grant-aided », le personnel enseignant et non-enseignant est pris en charge par le ministère de l’Éducation. Le gouvernement a trouvé en MEDCO depuis quelques années la solution pour l’avenir professionnel des employés des collèges privés en cas de fermeture. Alors que cette institution ne peut plus absorber de nouvelles recrues, elle a été contrainte la semaine dernière de prendre à sa charge l’ensemble du personnel de l’ex-Ambassador College, qui a fermé ses portes à la suite d’un incendie.
Ce personnel surnuméraire employé par MEDCO débouche sur une situation anormale et inadmissible. À titre d’exemple, les enseignants ont un emploi du temps hyper léger et n’enseignent pas selon le nombre d’heures recommandées par le PRB, quand ce ne sont pas carrément des journées libres qu’ils passent dans le « staff room ». « Beaucoup d’entre eux travaillent seulement 10 à 12 périodes par semaine », confirment des officiers de la PSSA. Même ceux qui ont été transférés dans les collèges d’État, tout en continuant à être les employés de MEDCO, n’ont pas un « full work load ». Selon les règlements, les Heads of Departments bénéficient d’une allocation spéciale mais doivent travailler un minimum de 25 « periods » par semaine. Or, tel n’est pas le cas pour nombre de Chefs de départements des quatre collèges MEDCO.
Des recteurs sont également en surnombre dans ces établissements. On relève ainsi la présence de trois recteurs dans l’un d’entre eux. Le recteur de l’ex-Ambassador College, affecté depuis quelques jours dans un de ces établissements, doit sûrement se sentir agacé par ces journées quasiment libres.
Le nombre croissant de « redundant teachers » est certes un problème cornélien, mais les cadres de la PSSA, ainsi que les dirigeants de l’UPSEE, affirment que ce n’est pas le seul facteur qui a miné jusqu’ici le fonctionnement des collèges MEDCO. « Il y a beaucoup de problèmes d’ordre administratif. La source du problème est dans la structure de gestion qui a influé négativement sur les affaires courantes », maintient un officier de la PSSA. Et celui-ci de faire remarquer que ce sont des fonctionnaires qui agissent en tant que managers de ces établissements, qui sont enregistrés à la PSSA comme collèges privés. « Croyez-vous que la PSSA peut prendre une décision contre MEDCO en cas de manquement grave alors que le board de cette institution, qui administre les collèges MEDCO, est nommé par le ministère de l’Éducation et que leurs managers sont des fonctionnaires de ce même ministère », s’interroge ce cadre de la PSSA.
Yayah Parouty, président de l’UPSEE, se souvient que Prem Burton, le premier directeur de la PSSA, avait fait officiellement fait part au ministre de l’Éducation d’alors, en l’occurrence Armoogum Parsuramen, de son objection à la nomination des fonctionnaires au poste de « manager » de ces établissements. « Prem Burton avait prévenu que les hauts fonctionnaires n’auraient pas le temps de s’occuper des affaires MEDCO en raison de leurs nombreuses responsabilités au sein du ministère. Il avait aussi dit qu’il y aurait conflits d’intérêts. Et il avait raison lorsque l’on voit le cafouillage d’aujourd’hui », dit Y. Paraouty.
Depuis plusieurs mois, MEDCO Bhujoharry se trouve en situation illégale en l’absence d’un « Registered Manager ». La PSSA a averti l’administration centrale de MEDCO de ce non-respect de la loi, mais n’a pris aucune sanction jusqu’ici à l’encontre de MEDCO Bhujoharry. Or, s’il s’agissait d’un collège privé normal, qui n’avait pas de manager dûment enregistré, la PSSA aurait envoyé le dossier à la police en demandant de prendre les mesures appropriées à l’encontre de ce collège du fait qu’il fonctionne dans l’illégalité.
Des officiers de la PSSA, ainsi que d’autres professionnels de l’éducation secondaire – très familiers aux rouages de l’administration –, attribuent aussi la faillite du projet MEDCO à un manque de compétences au sein de l’administration de ces établissements. « La direction de MEDCO s’est beaucoup plus intéressée ces 18 dernières années au ‘day to day running’ et n’a pas montré de grandes ambitions pour rehausser le volet académique », témoigne un ancien cadre de la PSSA.