En ce moment, les parents d’élèves prenant part aux prochains examens de fin d’études primaires examinent la liste des collèges régionaux pour l’admission en Grade 7 (Form I), ceux-ci devant faire connaître leur choix avant le 14 août. Chaque année, la taille des zones est diversement commentée et suscite même un certain mécontentement chez certains parents car elle couvre chacune une très large superficie. A titre d’exemple, la zone 2 s’étend de Coromandel à Flacq et il n’est pas rare qu’un enfant habitant Belle-Étoile obtienne une place dans un collège de Flacq. Ces quatre zones existent depuis l’introduction de la régionalisation, en 2002, et depuis, personne n’ose y toucher. « Pour l’heure, redéfinir les zones est une question très épineuse et très délicate parce que beaucoup de facteurs entrent en jeu », dit l’ancien ministre de l’Education Steven Obeegadoo. « Déjà, en 2002, il y avait beaucoup de pression politique et conservatrice. »
« Je vais inscrire seulement cinq collèges sur le formulaire de demande d’admission pour mon fils. Mo rest Rose-Hill e mo pa le mo piti gagyn enn lekol dan Flacq », dit sur un ton décisif une mère de famille en quête d’informations sur les « bons collèges » dans la région afin de remplir le formulaire d’inscription. Cela fait 15 ans cette année que le système régional pour l’admission existe et chaque année, la majorité des cas de protestations des parents auprès du ministère de l’Education après l’exercice d’admission a trait justement à l’éloignement des collèges. D’où un exercice de “reallocation of schools” initié par le MES à la demande du ministère de l’Education. « En général, les parents qui n’étaient pas contents de la première école obtenue acceptaient la deuxième école qu’on leur proposait », affirme un ancien cadre du ministère. « On a entendu rarement des parents se plaindre lorsque leur enfant décrochait une place dans un National College éloigné de leur domicile et qu’ils avaient à parcourir chaque jour une distance de plus de 30 km pour se rendre à l’école », fait par ailleurs remarquer cet ancien cadre.
La délimitation des zones a été « le plus gros morceau et la partie la plus délicate » dans la mise en oeuvre de la régionalisation en 2002, aux dires des personnes ayant travaillé sur ce projet aux côtés de Steven Obeegadoo, le ministre de l’Education d’alors. Selon nos interlocuteurs, cette question de délimitation des zones aurait pu faire capoter tout le projet de réforme d’admissions au secondaire en 2003. « Il y avait beaucoup de pression politique et conservatrice. Les opposants à cette formule d’admission menaient une campagne à connotation communale à travers l’île en disant qu’on allait empêcher les enfants des régions rurales de fréquenter les écoles situées en ville. C’était une corde très sensible », confie au Mauricien Steven Obeegadoo.
Les techniciens du ministère ont alors élaboré une carte scolaire en gardant en tête deux principaux éléments : l’inclusion obligatoirement dans chaque zone d’un certain nombre de régions rurales et de régions urbaines et un mélange des collèges d’Etat et privés de plusieurs niveaux. Selon les données de l’époque, on ne pouvait avoir que quatre zones. « On reconnaît que les zones sont très grandes? mais on ne pouvait faire autrement pour un équilibre région rurales régions urbaines et pour une bonne distribution des collèges afin que tous les élèves, en fonction de leurs résultats, puissent avoir une place », explique Ramesh Manrakhan, un ancien directeur de l’organisme d’examens. « Au final, c’était une formule de compromis, qui est loin de l’idéal », dira pour sa part l’ancien ministre de l’Éducation du MMM. « L’idéal serait que les élèves ne voyagent pas. Entre-temps, le régime travailliste est passé par là… Alors que la population avait accepté l’esprit de régionalisation, le régime travailliste nous a ramenés à la case départ », regrette Steven Obeegadoo.
Force est de constater que la liste de collèges dans chaque zone est loin de satisfaire chaque année les demandeurs en raison du niveau inégal des établissements. Des parents engagés dans les procédures d’admission ces jours-ci déplorent « un choix restreint de bons collèges » dans leur zone respective. « Depuis quelques jours, j’examine cette liste qu’on m’a donnée pour la zone Curepipe/Sud et je ne vois que trois bons collèges pour garçons », dit un père de famille, sur un ton déçu.
En 15 ans, il y a eu une grande mobilisation sociale. Des citadins ont bougé vers des régions rurales, plus précisément dans des villages huppés, tels Albion, Tamarin, Flic-en-Flac, Crève-Coeur, Goodlands ou Highlands. Entre-temps, la donne a changé aussi sur le plan démographique. La baisse dans le taux de natalité s’est en effet beaucoup accentuée. Moins de 20 000 enfants prendront part aux prochains examens de fin d’études primaires. N’est-il pas temps de revoir la délimitation des zones d’admission au secondaire pour tenir compte des nouvelles réalités tout en prenant aussi en considération les doléances les plus fréquentes formulées par les parents ces 15 dernières années ? « Le gouvernement actuel reconnaît le bien-fondé de ce que nous avons fait en 2003, mais il est obligé d’appréhender la résistance qu’il pourrait y avoir. Je pense que c’est tout à fait compréhensible que le ministère maintienne la même formule pour encore quelque temps », dit Steven Obeegadoo. Toutefois, il souhaite qu’à moyen terme « les choses évoluent afin que les enfants n’aient pas à entreprendre de longs trajets ». Ce qui signifierait une réduction de la taille des zones d’admission et, de fait, une augmentation de ces zones. L’idéal, pour l’ancien ministre de l’Education du MMM, serait la création de neuf zones correspondant au nombre de districts dans le pays. Il reconnaît cependant qu’un tel projet est « difficilement réalisable » dans la conjoncture. « Il faut que l’offre corresponde à la demande au sein de chaque district et que les trajets des bus correspondent à cette réalité de district. »
Pour leur part, d’anciens fonctionnaires ayant collaboré à l’élaboration de la formule en vigueur, ne sont pas favorables à une « multiplication des zones ». Ils expliquent : « Le ministère a essayé depuis dix ans de revoir la superficie de chaque zone, mais il n’a pas réussi. Très difficile de trouver une solution. »
D’anciens directeurs du MES disent constater un « nombre raisonnable de collèges d’Etat » à travers le pays, et de ce fait, les autorités, selon eux, devraient commencer à réfléchir sérieusement à la possibilité d’avoir dans un futur proche six zones d’admissions, au lieu de quatre. « Avoir deux zones supplémentaires ne va pas changer complètement le profil des zones actuelles », affirment ces anciens du MES. Ils racontent qu’au départ, le ministère avait envisagé d’avoir six zones d’admission, ce qu’il juge « raisonnable », et qu’un travail de réflexion avait commencé dans cette direction depuis 2001. « Il suffit de fouiller dans les documents du ministère pour trouver ce qui a été fait déjà. Il est possible d’avoir six zones, mais faut-il encore qu’il y ait une volonté politique », disent-ils.