Le secteur bancaire est sous étroite surveillance du Central CID. C’est le cas de le dire avec l’arrestation, hier, d’un Manager de la Barclays, Shakeel Ahmad Dilmohamed, âgé de 45 ans, habitant la rue Couvent, Curepipe, dans une affaire de fraude et de détournement de fonds de l’ordre de Rs 50 millions, et avec la prochaine saisie des ordinateurs et téléphones cellulaires des membres du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice en vue de situer les responsabilités dans une affaire de fuites d’informations confidentielles sur le nouveau Repo Rate « ahead of the scheduled time ».
Pour ce qui est de ce dernier cas, les procédures prévues par la loi pour accès à ces équipements sont suivies à la lettre pour éviter toute entorse. Les premières auditions des membres de cette instance de la Banque Centrale sont prévues pour la mi-avril.
L’enquête sur la fraude de Rs 48 millions au préjudice de la Barclays, initiée début février dernier, a débouché sur deux nouvelles arrestations, dont des employés de la banque, au cours de ces derniers jours. La dernière arrestation, celle du Bank Manager Shakeel Ahmad Dilmohamed, est intervenue hier. Le banquier, qui a été inculpé provisoirement devant le magistrat siégeant au tribunal de troisième instance de Port-Louis du délit de « giving instruction to commit forgery », a retrouvé la liberté provisoire après avoir fourni une caution de Rs 10 000 et une reconnaissance de dette de Rs 20 000.
L’enquête du Central CID est remontée jusqu’à ce suspect en tant que responsable de la filiale de la Barclays de Phoenix dans une affaire de faux et usage de faux lors de l’octroi d’un prêt de Rs 48 millions et de facilités de découverts bancaires de Rs 2 millions à un dénommé Osman Kadaruth. Cette demande d’emprunts bancaires a été formulée le 4 août 2009.
Le garant pour cet emprunt était Hahad Karamuth, directeur de Karamuth Trading Enterprise Limited. Le titre de propriété d’un terrain situé à Riambel appartenant à la compagnie a été soumis à la banque en tant que garantie.
Le déboursement de ce prêt a été effectué en deux tranches sur les instructions de Osman Karamuth, soit une somme de Rs 24 979 500 le 18 août 2009 sur le compte de Farhana Mulla, une ressortissante sud-africaine habitant la rue Poivre à Forest-Side. Ces fonds ont été transférés sur le compte opéré par celle-ci à la State Bank. Le 7 septembre de la même année, une somme de Rs 23 millions a été décaissée par la Barclays au profit de la même personne.
Mais au moment des échéances pour les remboursements en mai 2010, la Barclays ne devait rien voir venir. Passé le délai légal, des procédures de saisie du terrain de Riambel ont été engagées par la banque. Mais le propriétaire authentique du terrain devait protester, avec preuves à l’appui, affirmant qu’à aucun moment, il n’a consenti à donner en garantie sa propriété foncière contre le prêt de Rs 50 millions.
Taupe
La Barclays Bank s’est rendue compte que le titre de propriété fourni en 2009 était un faux et le Central CID a été saisi de cette enquête pour le délit de Forgery et d’Embezzlement. Au début de l’enquête, Farhana Mulla, la bénéficiaire des transferts bancaires et Osman Karamuth, alias Imaam, 34 ans, habitant Phoenix, le cerveau de cette transaction bancaire frauduleuse, ont été appréhendés par le Central CID, qui s’est ensuite intéressé au réseau de complicité interne à la Barclays.
Les deux dernières arrestations effectuées par le Central CID, dont celle du Manager Dilmohamed, confirment cette complicité. Mais à la Barclays, l’on se garde de faire des commentaires sur le déroulement de l’enquête policière tout en affirmant apporter toute collaboration au Central CID. L’enquête est placée sous la supervision de l’assistant commissaire de police ACP Jangi.
L’autre enquête portant sur le secteur bancaire confiée au Central CID, qui semble plus délicate encore, porte sur les fuites d’informations de nature confidentielle sur la décision du Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice du 19 mars dernier. Les premières auditions et séances d’interrogatoire des membres de cette instance de la Banque Centrale par des limiers du Central CID ne devront intervenir qu’à la mi-avril.
À ce stade, les responsables de l’enquête policière, réclamée formellement par le gouverneur de la Banque de Maurice Manou Bheenick, se concentrent sur les procédures en vue d’avoir accès aux ordinateurs, équipements informatiques de ceux concernés et de la Banque de Maurice aussi bien qu’aux téléphones cellulaires des membres du MPC en vue d’identifier la taupe sévissant dans les plus hautes sphères de la Bank of Mauritius Tower.
La réunion du MPC a pris fin officiellement à 17 h 23 ce 19 mars, indique le procès-verbal publié officiellement par la Banque Centrale. L’annonce du nouveau Repo rate à 4,9 %, soit une baisse de 50 points, ne devait intervenir qu’à 18 h selon les conventions établies. Or, cette décision bancaire majeure avec des répercussions à différents niveaux économiques a fait l’objet d’une fuite d’information sur un site internet privé avant 18 h.
Toutefois, avant d’aborder l’étape de l’interrogatoire des membres du MPC, le Central CID pourrait consigner la version des faits des modérateurs du site internent en question. À ce stade de l’enquête, le nom d’un des membres du MPC se retrouve sur toutes les lèvres à la Banque de Maurice comme étant l’auteur présumé de la fuite.
De son côté, Manou Bheenick est catégorique : la fuite n’a pu provenir de l’establishment de la Banque de Maurice. La confirmation du détail allégué au sujet de l’identité de la taupe et les conclusions de l’enquête du Central CID, qui devra prendre un nouvel essor dès la semaine prochaine, devraient jeter un nouveau froid entre la Banque de Maurice et le ministère des Finances.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
BANQUE DE MAURICE: Bheenick mis en minorité
au Monetary Policy Committee

Le gouverneur de la Banque de Maurice Manou Bheenick ne dispose plus de majorité au sein du Monetary Policy Committee, dont l’une des principales tâches est de décider de la politique monétaire, dont le taux d’intérêt. C’est ce que confirment les détails des Minutes of Proceedings de la 25e réunion du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice du 19 mars dernier. Conformément aux dispositions en vigueur, ce document officiel peut être consulté sur le site web de la Banque de Maurice depuis 13 h lundi dernier.
En effet, le gouverneur de la Banque de Maurice a été mis en minorité par les représentants récemment nommés sur le MPC par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval lors du vote du quantum de réduction du Repo Rate de 50 points, soit à 4,9 %.
L’establishment de la Banque Centrale mené par Manou Bheenick était en faveur d’une réduction du taux directeur bancaire inférieur à 25 %. Mais les cinq nominés de Xavier-Luc Duval ont maintenu pendant les deux tours que le quantum de baisse devait être de 50 points, ni plus ni moins. C’est l’une des rares fois où le gouverneur de la Banque de Maurice a été mis en minorité sur une question aussi importante que la politique monétaire.
La prochaine réunion fixée au 11 juin prochain s’annonce déjà sous haute tension.