Tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de solution miracle aux problèmes économiques internes, la Mauritius Export Association a dans le cadre de la table ronde organisée à l’hôtel The Link recommandé qu’une stratégie intégrée soit élaborée pour mitiger les retombées néfastes d’un approfondissement de la récession économique mondiale. Cinq axes d’intervention portant à la fois sur la politique monétaire, la politique fiscale et le développement microéconomique ont été proposées à cet effet par le président de la MEXA Guillaume Hugnin.
Pour le porte-parole des exportateurs, les champs d’action peuvent être résumés comme suit : (a) la politique monétaire doivent mettre un accent plus prononcé sur la durabilité de la croissance économique ; (b) le gouvernement devrait revoir sa position concernant ses emprunts de l’étranger qui affectent négativement la valeur de la roupie et qui en outre exacerbe le déséquilibre de la balance commerciale du pays ; (c) le taux effectif réel de la roupie doit être aligné sur les fondamentaux de l’économie ; (d) la politique fiscale doit être en harmonie avec la politique monétaire dans le but de permettre aux secteurs productifs du pays de relever les défis. Les erreurs passées au niveau de la politique fiscale doivent être vite corrigées car elles sont en train d’alourdir une situation déjà compromettante ; (e) les opérateurs économiques doivent être soutenus dans leur quête pour améliorer leur appareil et leur chaîne de production distribution.
Guillaume Hugnin a dans sa revue des grand enjeux économiques de ces dernières décennies estimé que la crise financière internationale de 2007 suivie de la période de récession économique « caught Mauritius unprepared » , d’où le faible taux de croissance de notre économie nationale pendant les années subséquentes. Le président de la MEXA s’est référé à l’évolution des crédits bancaires et des investissements du secteur privé pour étayer son argumentation. Il y a eu, a-t-il souligné, une baisse notable dans le taux d’expansion des crédits bancaires, en particulier aux secteurs productifs, l’activité dans le secteur de la construction, une importante source de croissance dans les années précédentes, avait ralenti. « The current state of our manufacturing sector is relatively flat and lacklustre », a indiqué Guillaume Hugnin qui note cependant que le secteur des services financiers et de l’immobilier ont profité des crédits bancaires.
Toutefois le président de la MEXA considère que « trends in private sector expansion are pointing towards a gradual deceleration of economic activity. Private sector investment grew well up to year 2007 but since it has declined », a-t-il souligné, ajoutant que la qualité de ces investissements récents ne répond au type d’investissement requis pour assurer une croissance économique soutenue dans les moyen et long termes. En outre, les investissements directs étrangers (FDI) sont en repli. On ne sait pas, a-t-il fait ressortir, comment évoluera ces investissements dans les projets IRS et RES alors que le FDI dans le secteur financier paraît hautement volatile. « We are concerned that FDI since the mid 2005 has been remarkably low in agriculture, manufacturing and tourism », a-t-il déclaré.
Passant ensuite à la politique budgétaire, Guillaume Hugnin a argué que les efforts pour contenir le déficit sont louables mais que la MEXA trouve que les policy decisions pour arriver à cette fin, notamment le recours à des financements externes, suscitent des inquiétudes. « The more Government borrows from external sources, the more the correction of internal and expernal balances get delayed », a-t-il soutenu, laissant entendre que les emprunts de l’État de sources étrangères ont aggravé la situation au niveau des liquidités en devises au point de déboucher sur une appréciable inexorable de la roupie. « The current value of the rupee does not, in our view, reflect our current economic fundamentals », a affirmé le président de la MEXA.
Guillaume Hugnin s’est ensuite référé à l’évolution des comptes courants de la balance des paiements, signalant que depuis 2004, le déficit ne cesse de grossir, atteignant Rs 27,5 milliards en 2008, soit plus de 10 % du Produit intérieur brut (PIB) alors que la moyenne de 2005 à 2010 a tourné autour de 7,5 % du PIB. Or, a-t-il fait remarquer, un niveau de déficit respectable serait d’environ 3 % du PIB.
Pour le président de la MEXA, l’économie mauricienne se retrouve face à des problèmes persistants de déséquilibre tant au plan interne qu’externe. La capacité des trois principaux piliers économiques du pays (sucre, tourisme et textile) a généré plus de recettes en devises a diminué au cours de ces dernières années. Maurice, a-t-il poursuivi, ne peut indéfiniment compter sur des flux de capitaux très volatiles pour financer le déficit de ses comptes courants et si le déséquilibre externe persiste, le pays pourrait se retrouver face à un « severe drain » de ses réserves en devises où à un problème grave au niveau du taux de change de la roupie ou les deux à la fois.
Des changements s’imposent donc au niveau des politiques monétaires et fiscales, a fait comprendre Guillaume Hugnin.