Le rapport de la Banque mondiale, intitulé Assessment of Electricity Demand Forecast and Generation Expansion Plan with Focus on the 2015/17 Period, est venu confirmer une préoccupation majeure: le Central Electricity Board (CEB) est sur la corde raide. L’heure est à des mesures et des investissements d’urgence, et cela à partir de 2016 si le pays veut repousser la menace de Black-Out à court terme. D’ailleurs, présentant ce rapport de 150 pages à l’Assemblée nationale, mardi dernier, le vice-Premier ministre et ministre de l’Énergie, Ivan Collendavelloo, a reconnu qu’en cas de Statu Quo en politique énergétique, le Capacity Gap du CEB passera à 50,9 MW en 2016 et à 71,8 MW en 2017. Il mise sur une série de mesures à court terme pour réduire cet écart de capacité à 11,5 MW en 2017. Toutefois, les consultants de la Banque mondiale ne font pas dans la dentelle pour rappeler au pays qu’en cas de relance de la croissance économique, le risque de Power Outage deviendra encore plus réel à court terme en dépit des mesures palliatives recommandées dans le rapport.
La hantise de Black-Out à partir de 2018 ou même avant, dépendant de l’évolution de la demande dans la consommation d’énergie électrique, est un leitmotiv dans ce dernier rapport en date de la Banque mondiale. Dans cette perspective, l’échéance de janvier 2016, soit dans un minimum de quatre mois, est jugée comme étant cruciale. «Given the typical time required to incorporate new capacity, avoiding supply shortages in 2018 requires actions from Mauritian institutions in the very short term, to be completed by January 2016. The procurement process for the incorporation of new generation capacity should be initiated in January 2016 at the latest,» souligne avec force la Banque mondiale.
Par mesure de précaution, vu le danger qui guette l’économie en matière de fourniture d’énergie électrique, le rapport préconise le recours à la mise en place de deux turbines à gaz de 36 MW chacune dans les meilleurs délais, soit la mise en opération à partir de janvier 2018 au plus tard. Selon les premières indications recueillies par Week-End auprès de spécialistes en la matière, le CEB devra s’attendre à encourir des investissements de l’ordre de Rs 2,6 milliards pour ces turbines à gaz avec un coût du kWh frôlant les Rs 12 alors que la moyenne actuelle est de Rs 3.30, conséquence de la baisse du prix du baril de pétrole sur le marché mondial.
L’option d’une nouvelle centrale avec trois turbines de 24 MW à base d’huile lourde est également évoquée comme une alternative. Les investissements sont estimés de l’ordre de 3 milliards avec des contraintes dans le calendrier de mise à exécution. Les procédures d’appel d’offres devraient dû être engagées dès maintenant pour le rendez-vous critique de janvier 2018.
Fatalité
À en croire les conclusions de la Banque mondiale devant les retards considérables accumulés sur le plan des investissements au cours de ces dernières années, la fatalité de la turbine à gaz peut difficilement être évitée. «If no improved planning methods and procedures are implemented in Mauritius before January 2016, it is recommended to proceed with the procurement of gas turbines (to run initially on diesel) in the amount the currently applied planning methodology indicates is needed (2×36 MW), since no other formal and consolidated assessment methodology will be available to support expansion planning decisions», indiquent les consultants étrangers.
Dans l’immédiat, en vue de parer au plus pressé, une gamme de cinq mesures palliatives ont été retenues, don:
– un nouveau programme réduisant au minimum les sorties du réseau pour les besoins de maintenance des centrales thermiques du CEB et des Independent Power Producers,
(la reconduction du Power Purchase Agreement avec la Consolidated Energy Limited (CEL) de Beau-Champ, soit une capacité de 22 MW jusqu’en 2018,
– une accélération des procédures déjà en panne pour l’installation de quatre turbines de 15 MW chacune à la centrale thermique de Saint-Louis pour être opérationnelles à partir du second semestre de 2017,
– l’extension de la durée de vie des moteurs Pielstick de la centrale Saint-Louis d’une capacité de 60 MW jusqu’à la mi-2017, et
– un programme d’Emergency Voltage Reduction sur le réseau en 2016 et en 2017.
Les effets combinés de ces mesures devront se traduire par une réduction du Capacity Gap de 50,9 MW à 15,5 MW en 2016 et de 71,8 MW à 11,5 MW en 2017. La Banque mondiale ajoute que «the results of simulations of the energy supply to peak demand in the island of Mauritius carried out by the WB team revealed significant capacity gaps for the period 2015–2017.» Ce scénario a été établi sur la base d’une projection dans la demande de courant électrique caractérisée par une décroissance, comme il a été le cas au cours des cinq premiers mois de l’année avec une baisse de 3,82%.
Toutefois, à ce stade des prévisions, la Banque mondiale émet un sérieux avertissement en avançant que «however, if demand grows vigorously as projected in the high growth scenario, there may be more significant capacity shortages in the island of Mauritius in the short term, even with the implementation of the emergency measures to ensure capacity adequacy in the interval between 2015 and 2017.» En cas de scenario de forte croissance, il faudra s’attendre à voir la Peak Demand monter à 585 MW en 2019 et 684 en 2022.
En attendant une décision sur l’introduction du LNG dans le paysage de Power Generation sur la base d’une étude de fiabilité pour une Combined Cycle Gas Turbine Plant d’une capacité variant entre 135 à 150 MW, la Banque mondiale préconise des investissements à long terme pour doter le CEB de capacités additionnelles de 90 MW en 2019, de 45 MW en 2021 et de 45 MW en 2022, vu que «Mauritius is expected to experience capacity gaps in 2018, partly as a result of the cancelling of the CT Power project. Installation of new generation capacity is needed to prevent these capacity gaps from materializing.»
En conclusion, une des recommandations de la Banque mondiale s’articule sur l’importance d’un dialogue national avec les partenaires économiques et la société pour définir «the options for expanding the power sector in Mauritius», «primary energy mix» ou encore la question de sécurité énergétique. «The definition of those issues is a fully sovereign decision of any country, involving all segments of its society. There are no right or wrong options in those matters, and any organization external to the country has no say on them. It is of utmost importance that all constraints to the expansion of the power system are considered for the definition of energy policy goals and at the expansion planning stage, as well that the costs for the country of addressing those constraints are realistically assessed», ajoute la Banque mondiale sous forme de défi pour le CEB  dans la conjoncture.