La situation de crise que traverse l’industrie touristique avec des perspectives montrant difficilement toute velléité de reprise continue à alimenter le débat entre opérateurs économiques de ce secteur. Ainsi, le dernier numéro en date de Beachnews du groupe Beachcomber, qui a déjà tiré le signal d’alarme au sujet de l’inadéquation entre l’offre et la demande dans l’industrie hôtelière, revient sur ce problème structurel, qui se présentera dans son acuité à l’avenir si la tendance baissière n’est pas renversée.
Dans un entretien accordé à Beachnews, le Pr Robert Wtterwulghe, qui exerce au barreau de Bruxelles et de Paris, donne son point de vue sur ce qui est présenté comme « une bulle immobilière et hôtelière à Maurice ». Il propose un projet de reconversion des anciens hôtels en studios de luxe à l’intention des jeunes.
« Il y a trop d’hôtels. Il y a un profond déséquilibre structurel entre l’offre et la demande auquel il faut trouver des solutions rapidement. Si on ne peut faire croître la demande pour atteindre un équilibre sain dans les meilleurs délais il faut s’attaquer à l’offre. D’abord, la construction de nouveaux hôtels doit être stoppée. Vu l’ampleur du problème, l’on devra s’occuper de l’excédent de l’offre actuelle. On doit sérieusement se poser certaines questions. Ne devrait-on pas convertir l’offre excédentaire en appartements résidentiels pour familles des classes moyennes mauriciennes ? D’anciens hôtels qui ne correspondent plus aux normes de l’hôtellerie d’aujourd’hui ne devraient-ils pas trouver une autre utilisation ? Devenir des studios de luxe pour de jeunes Mauriciens par exemple ? Il faut réfléchir concrètement sur toutes les options », souligne celui qui exerce également en tant que consul honoraire de Maurice en Belgique.
Le Pr Wtterwulghe reconnaît que ce programme de reconversion engagera des coûts mais attire l’attention sur les conséquences plus difficiles d’une politique d’attentisme. « Cette reconversion va impliquer des coûts. Pour cela, il appartiendrait aux organismes publics de financer les prêts. Si on ne traite pas l’excèdent d’offre, cela va vite nous rattraper avec des dépôts de bilan et de fermetures de certains établissements hôteliers avec tout le drame social que cela représentera pour le personnel. Agissons maintenant afin d’éviter des ruines sur le littoral qui vont nuire à l’image de la destination », prévient-il.
Le Pr Wtterwulghe commente également la situation sur le plan de la politique d’accès aérien. « Le développement du pays est lié à la qualité de la desserte aérienne le reliant avec le reste du monde. En clair, le pays a besoin d’une politique de desserte aérienne optimale avec un prix qui se compare favorablement avec les destinations concurrentes. Air Mauritius doit être au service de l’intérêt général. Or tel n’est pas actuellement le cas », affirme-t-il en préconisant que « pour les court et moyen termes, Air Mauritius devra choisir un partenaire en tenant compte de l’intérêt national ».
L’invité de Beachnews n’est pas aussi convaincu de la politique visant à remplacer overnight la clientèle touristique européenne. « Faire un tournant de 180 degré relève de la folie. Il faut renforcer les points forts pour stabiliser la clientèle européenne traditionnelle. La clientèle haut de gamme est moins sensible à la crise. Allons chercher cette clientèle-niche, à l’exemple des 40 000 fonctionnaires internationaux qui travaillent à Bruxelles. Il faut aussi trouver d’urgence de nouvelles voies d’accès aériens, notamment en passant par Nairobi. Bien sûr qu’il faut explorer les marchés émergents comme la Chine. Toutefois cela prendra du temps – plus d’un an – pour réaliser le potentiel de ces marchés. Changer de modèle en cours de route dans une situation de crise est une erreur que Maurice ne doit pas commettre », conclut-il.