Face à la progression phénoménale des importations, l’émergence des économies produisant à faibles coûts, la hausse des intrants, une conjoncture internationale difficile, les entreprises manufacturières orientées principalement vers le marché local ont besoin d’être soutenues, d’où la nécessité d’élaborer une nouvelle politique ou structure d’encadrement pour redynamiser ce secteur afin qu’il puisse réaliser « un second envol industriel ». C’est en substance ce que recommande DCDM Research dans une étude commanditée par la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) et l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM). Le rapport de DCDM Research (de quelque 160 pages) a été remis hier aux ministres des Affaires étrangères et du Commerce international Arvin Boolell et du Commerce et de l’Industrie Cader Sayed-Hossen.
« The future of manufacturing in Mauritius lies with the Domestic-Oriented Enterprises (DOE) », affirme DCDM Research, ceci eu égard au fait que le secteur sucrier et celui des entreprises orientées vers l’exportation (dont l’ex-zone franche) sont en train de se contracter. Le maintien d’une économie mauricienne diversifiée, avec l’industrie locale (DOE) jouant le rôle de pilier, est la meilleure option pour le pays, soutient DCDM Research. Dans cette optique, il est impérieux que le « right framework of support is developed » pour ce secteur en vue de refaçonner son avenir et lui permettre de prendre un nouvel élan pour une croissance plus forte et soutenue. « A sensitive Government policy with a new vision and direction for the DOE industry is an imperative in this current global and local context », estiment les auteurs du rapport. Tout en reconnaissant que la performance du secteur au cours de la dernière décennie a été des plus positives malgré un environnement compétitif, DCDM Research observe que les dernières années ont été difficiles, notamment face à la concurrence des importations accrues et en raison des obstacles à franchir pour pouvoir pénétrer des marchés et accentuer les exportations. L’étude indique que les importations ont augmenté six fois plus vite que les exportations des DOE.
« Living by the past of the DOE’s industrial good performance will be detrimental to its future and that of the manufacturing history of this country as whole. The present times are tough for the DOE enterprises and the future will be tougher », écrit DCDM Research. Selon le cabinet, l’industrie locale demeure sous la pression d’un environnement global très compétitif avec l’émergence de plusieurs économies fabricant à plus faibles coûts, l’affaiblissement de la demande, la montée des coûts des intrants, entre autres.
DCDM Research fait état d’une situation paradoxale : Maurice occupe un meilleur classement (8e) que les économies émergentes comme la Chine (79e), l’Inde (115e) et l’Afrique du Sud (87e) dans le rapport 2010 sur la facilitation des échanges mais est loin derrière ces pays au niveau de la compétitivité manufacturière. Et les auteurs du rapport de faire remarquer : « Thus, countries with high productivity are protecting their local markets and Mauritius with relatively low productivity has opened its markets. » Le résultat est que le secteur de production locale est submergé d’importations incontrôlées.
Les auteurs du rapport appellent à des actions concrètes à trois niveaux : a) les secteurs de production (aviculture, élevage bovin, production de fruits et légumes, fabrication de produits laitiers, de nourritures pour animaux, l’imprimerie et l’édition) où les droits à l’importation sont au taux zéro ; b) les industries (fabrication de chaussures, de produits en plastique, de peintures et de parfum, de cosmétiques, de fertilisants, de meubles, de produits de maroquinerie et de papeterie) qui luttent contre la concurrence étrangère mais qui ont un potentiel d’exportation ; c) les entreprises des secteurs auxquels un coup de pouce à l’exportation doit être donnée et ceux-ci incluent la bijouterie, la production de savon, de produits de nettoyage, de peintures/vernis et la construction/réparation de navires.
Des propositions sur le plan macroéconomique, mais aussi des mesures intersectorielles et sectorielles sont contenues dans le rapport. DCDM Research recommande, entre autres, qu’on revoie régulièrement la politique de commerce extérieur et qu’on fasse montre de prudence concernant toute baisse des droits de douane. Le cabinet exhorte les autorités à créer un level-playing field entre les pays exportateurs et Maurice et qu’on maintienne un minimal duty sur les produits importés dans les secteurs où l’on a enregistré une hausse moyenne d’environ 15 % au cours des quatre dernières années. Les auteurs du rapport considèrent que les autorités doivent faire montre de fermeté concernant les importations en provenance des pays où les normes de fabrication n’ont pas été respectées comme par exemple l’utilisation de la main-d’oeuvre infantile et le non-respect des normes environnementales. Ils estiment également que des facilités financières et des soutiens techniques à l’exportation devraient aussi être accordées aux producteurs locaux.
DCDM formule plusieurs recommandations par secteur d’activités pouvant aider à accroître la compétitivité du secteur manufacturier domestique, à consolider la présence des produits de ce secteur sur le marché local et à assurer leur accès aux marchés extérieurs.