Le Joint Economic Council (JEC), qui regroupe les différentes organisations du secteur privé, considère que le Budget 2014 est dans l’ensemble « équilibré » et qu’il ouvre la voie à plusieurs chantiers de développement sur lesquels il faudra plancher dur, notamment au niveau de la mise à oeuvre. « C’est un budget qui va dans la bonne direction. Il y a des mesures intéressantes mais tout dépendra de leur mise à exécution », a déclaré en substance le directeur du JEC, Raj Makoond, à un point de presse hier soir à la Plantation House, suivant une première réunion de concertation avec les représentants des diverses instances membres.
Tout en faisant ressortir d’emblée qu’ils n’ont pas eu encore l’opportunité d’analyser en profondeur les détails des diverses mesures budgétaires, les dirigeants du JEC ont annoncé avoir relevé quelques faits importants dans l’exercice auquel le vice-Premier ministre et ministre des Finances s’est livré hier après-midi. Pour Raj Makoond, le Grand Argentier a démontré à travers le Budget 2014 son « souci de maintenir une discipline macroéconomique ». Le déficit budgétaire, a-t-il indiqué, a été maintenu sous la barre de 4 % alors que le niveau de la dette publique en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB) tournera autour de 54 %. « Si l’on veut développer Maurice comme une véritable plateforme régionale, il est important de faire montre de discipline macroéconomique », a observé Raj Makoond.
Le directeur du JEC a aussi relevé qu’en ce qui concerne le climat des affaires, il y a des mesures qui visent à clarifier la situation. Ces mesures touchent entre autres au secteur touristique (appui à la promotion de la destination), à l’assouplissement des conditions entourant l’obtention de permis pour les travailleurs étrangers et au secteur de la construction (nouveau programme de construction de logements sociaux). Le JEC estime que le Budget 2014 ouvre de nouveaux chantiers avec le projet d’ocean economy, la création d’un bunkering hub pour l’approvisionnement des navires en carburant et autres produits, la transformation de la zone aéroportuaire en un aviation hub. Pour le secteur privé, ce dernier projet doit entre autres avoir pour objectif le développement au niveau des opérations-cargo, ce qui aurait pour effet de rendre le coût du fret moins élevé.
Raj Makoond s’est aussi appesanti sur le projet de transformation de Maurice en un centre d’excellence capable d’agir comme passerelle vers l’Afrique. « Le continent africain est un géant en émergence. L’Africa agenda est bien accueilli, surtout si l’on tient compte que nos exportations textiles vers l’Afrique, en particulier l’Afrique du Sud, ne cessent de croître », a-t-il fait remarquer. Le JEC se réjouit également de l’augmentation du levy en faveur de la formation car il y a une nécessité de relever le niveau d’aptitude de la main-d’oeuvre locale. Mais, parallèlement à la révision du levy, il existe un besoin de revoir le fonctionnement et la formation dispensée par les institutions concernées dont le HRDC. Le JEC trouve favorable la mesure portant sur l’extension des incitations sous le Leasing Equipment and Modernisation Scheme (LEMS) et dit apprécier l’effort du ministère des Finances d’offrir de nouvelles mesures de soutien à l’industrie, en particulier aux petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, au chapitre de la production énergétique, le JEC considère que la décision de permettre à des entreprises de vendre une partie de leur production d’énergie électrique à leurs locataires va dans la bonne direction. Toutefois, pour le secteur privé, une stratégie à long terme pour ce secteur doit être élaborée.
Banques : “levy” spécial critiqué
Le JEC, en particulier la direction de la Mauritius Bankers Association (MBA), digère mal la décision du vice-Premier ministre et ministre des Finances de revoir la formule d’imposition du levy spécial sur les banques. Un prélèvement de 10 % des revenus imposables des banques sera effectué à l’avenir alors que jusqu’ici ce prélèvement frappait en partie le chiffre d’affaires et en partie les profits des institutions financières concernées. « C’est contraire au principe d’avoir un taux d’imposition qui soit uniforme et prévisible », a déclaré Raj Makoond.
Répondant à une question de la presse, Aisha Timol, Chief Executive de la MBA, a expliqué qu’en termes absolus, le changement annoncé par le Grand Argentier représenterait le double du taux qui frappait jusqu’ici les banques commerciales. Le levy spécial, a-t-elle rappelé, a été introduit en 2007. Deux années plus tard, le taux a été doublé une première fois : le taux d’imposition des profits est passé de 1,7 % à 3,4 % alors que celui sur le chiffre d’affaires a été porté de 0,5 % à 1 %. Le VPM et ministre des Finances a annoncé hier l’application d’un taux de 10 % sur les revenus imposables et qui restera en vigueur pendant deux ans. Le JEC estime qu’il envoie un mauvais signal du fait de l’absence de prévisibilité au niveau des décisions.
Du côté du secteur privé, on est d’avis qu’un « gros travail » reste à faire quant à la mise en oeuvre des mesures budgétaires annoncées hier, plus précisément concernant l’ouverture de nouveaux chantiers. « Nous souhaitons pouvoir apporter notre collaboration. »
En réponse à d’autres questions, les dirigeants du JEC ont indiqué que dans le mémorandum soumis au ministre des Finances avant la présentation du budget, les problèmes au niveau de la facilitation des affaires avaient été mentionnés et que le Grand Argentier a pris cas de la nécessité d’éliminer un certain nombre d’obstacles, dont ceux concernant les permis de construction et les permis de travail.
À la question de savoir si les mesures budgétaires aideront à la relance de l’investissement privé, Raj Makoond a répondu que beaucoup dépendra de la mise à exécution des projets annoncés hier.