Succès évident pour la filière de la pomme de terre et, dans une moindre mesure, pour celle des oignons, la culture vivrière, certes, dépendante des aléas climatiques se porte bien: de toute évidence, en matière de sécurité alimentaire, c’est le secteur de la pêche qui nécessite un réel coup d’accélérateur. A cet effet, une initiative vient d’être prise: le financement, par le Food Security Fund, de l’acquisition d’un navire de pêche flambant neuf, baptisé Serenity, par une coopérative d’anciens pêcheurs artisanaux décidés, désormais, de se recycler dans la pêche hauturière.
De toutes les filières agricoles concernées, c’est, de loin, dans celle de la production de la pomme de terre que l’on note le plus de progrès en matière d’autosuffisance depuis l’élaboration, en 2007, du Plan stratégique triennal de Sécurité alimentaire. Avec, en effet, une production annuelle de 23,000 tonnes (2012), la barre des 95% d’autosuffisance a été atteinte.
Au ministère de l’Agro-industrie, l’on explique cette importante augmentation dans la production de la pomme de terre localement par, d’une part, l’accroissement conséquent des superficies sous culture et, d’autre part, la mise en oeuvre du Potato Seeds Purchase Scheme. Signe évident que la filière de la pomme de terre est bien partie pour trouver sa vitesse de croisière: pour la toute première fois, une société privée, en l’occurrence, CopeSud (Mauritius) Ltd, a exporté plus de 55 tonnes de ce tubercule, à ce jour, vers l’île de la Réunion.
Une autre filière agricole non négligeable où un certain progrès a aussi été noté depuis l’élaboration du Plan stratégique, il y a sept ans: la production d’oignons. D’un taux de seulement 36% en 2007, l’autosuffisance en ce produit agricole a atteint un taux de 49%. Là encore, comme dans le cas de la pomme de terre, l’on attribue, au ministère de l’Agro-industrie, l’accroissement dans la production par la mise en place du régime d’achat de semences.
Au revers de la médaille, toutefois, en matière de sécurité alimentaire, c’est le secteur de la pêche qui demeure le bien moins loti. En effet, alors que la demande moyenne de consommation annuelle oscille entre 25,000 et 30,000 tonnes de produits de mer, la production en vue de la consommation locale n’est que de 7000 à 8000 tonnes.
Pêche: Que des Demersal Species
C’est pour cela que l’idée avait été émise, au moment de l’élaboration du Plan stratégique, d’encourager, en les encadrant, les pêcheurs artisanaux d’abandonner le lagon pour de la pêche hauturière. Tous reconnaissent, en effet, l’incidence combinée de la surpêche et de la pollution sur la pêche artisanale dans le lagon. C’est pour cela qu’il avait été suggéré que les quelque 2500 artisans-pêcheurs se regroupent en coopératives en vue de s’équiper avec, notamment, l’aide des autorités, pour tenter l’aventure de la pêche hors lagon.
C’est dans cette perspective qu’a été mise à l’eau, la semaine dernière, Serenity, bâteau de pêche de la Med Fishing Cooperative Society, société coopérative regroupant d’ex-pêcheurs artisanaux de la région portlouisienne. Construit au Sri Lanka, ce navire flambant neuf n’est autorisé qu’à ne pêcher que des Demersal Species, tels le Sacréchien, le Capitaine ou la Gueule Pavée.
Mesurant 18 mètres de long, il est doté d’un moteur Hyundaï Heavy Duty de 500 hp capable de lui assurer une vitesse de croisière de 10 à 12 noeuds. Aussi équipé d’une chambre froide d’une capacité de 13 tonnes, le Serenity dispose d’une gamme étendue d’équipements de navigation, de communication et de météo largement acquis à Singapour.
Le projet de la Med Fishing Coopérative Society a été financé à hauteur de Rs 8 millions par l Food Security Fund. Cette somme comprend un prêt de Rs 2 millions. C’est le Mouvement Pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA) qui a été chargé, par les autorités, d’une présélection des coopératives de pêche susceptibles de bénéficier de ce projet sous le Food Security Fund.
Eric Mangar, responsable de cette ONG de développement, explique que cette présélection « selon des critères très rigoureux » a, finalement, bénéficié de l’aval des autorités gouvernementales. Ce dernier souligne, au passage, l’importance du poisson, « source riche en protéine et en calories », dans l’alimentation.