Route meurtrière – série noire : Quatre nouvelles victimes en 24 heures, titre Le Mauricien du 21 mars. Un appel de détresse, un SOS, devant cette violence routière qui nous mène par le bout du nez.
Du 1er janvier de cette année au 20 mars nos routes ont été le théâtre de 24 accidents fatals faisant 26 victimes. Ce qui fait une victime tous les 3 jours.
A titre de comparaison les routes de Hong Kong en font 2 par semaine. Pourtant sa population est 5.5 fois supérieure à la nôtre et elle accueille 35 fois plus de visiteurs que nous chaque année.
Hong Kong possède 630,000 véhicules motorisés alors que nous n’en disposons que de 400,000 pour un réseau routier de longueur équivalente.
Pourquoi une telle disproportion ? Si c’est vrai que Hong Kong possède des infrastructures routières très développées et tout aussi bien entretenues, il n’est pas moins vrai qu’elles ne pourraient à elles seules expliquer la capacité de ce pays à protéger des vies sur les routes.
Dans un article intitulé « driving death off the roads » publié dans le China Daily du 27 mai 2011, l’assistant commissaire des transports hongkongais attribue, entre autres, la réduction des accidents à une prise de conscience populaire et un changement de mentalité, promus par une sensibilisation soutenue à la cause routière :
“We can’t ignore the effect of road safety publicity and education. We have used the mass media such as radio and TV and modern media like the Internet and Facebook and YouTube. That has helped us publicize road safety messages as well as to influence behavior (…) There has been a change in attitudes. People don’t see it is a shame (that they can’t drink). They feel quite proud because they are being responsible drivers and they will say ‘I drive so I don’t drink’.”
Maurice a connu un progrès sans précédent en quelques années. Deux citoyens sur cinq possèdent un véhicule motorisé. Chaque foyer est pourvu d’un téléviseur. Les chaînes payantes autre que la MBC sont légion. Chaque Mauricien possède au moins un téléphone portable. Les baladeurs MP3 sont monnaie courante et 1 citoyen sur 4 possède un compte facebook.
Avons-nous été suffisamment préparés à appréhender les éventuelles dérives de cette avancée fulgurante ?
La discipline, la rigueur ainsi que le sens du respect et de la responsabilité, nécessaires à assurer la sécurité routière, sont-ils favorisés sans un recul éclairé par rapport à cette masse d’information qui nous vient de toutes les régions du monde et qui s’impose dans nos foyers ?
Tenez, 57% des conducteurs interrogés lors d’une étude que j’ai menée sur la fatigue au volant en 2010, ont avoué avoir somnolé au volant au moins une fois au cours des six mois précédant leur participation au sondage.
Une corrélation sans équivoque fut établie entre leur propension à la somnolence et le temps de sommeil qu’ils s’allouaient. Les Mauriciens seraient-ils en train d’écourter leur repos pour mieux profiter de la télévision, de l’ordinateur ou autre loisir hi-tech ? Sont-ils pleinement conscients du danger que représente un tel choix pour leur santé et la sécurité routière ?
Autre phénomène tout aussi dangereux est le port de baladeurs par un nombre grandissant d’usagers de la route. La musique est bonne mais pas lorsqu’elle monopolise l’ouïe sur la route. Avis aux piétons et cyclistes jeunes qui sont les plus vulnérables et les plus concernés. Faudrait-il attendre une tragédie pour les sensibiliser ?
Les 58,402 conducteurs verbalisés pour excès de vitesse en 2010 démontrent que nous ignorons les risques de l’accélération ou alors nous pensons que le danger ne guette que les autres.
Comment dans un contexte où la vitesse est perçue comme une valeur incontournable ne pas redoubler d’efforts pour démasquer les risques qu’elle engendre ?
Dans certains pays, les récidivistes de la vitesse sont conviés à suivre des cours payants, destinés à leur faire prendre conscience des conséquences de leurs comportements.
La vie n’a pas de prix et il ne suffit pas de détenir un permis pour se prétendre conducteur. Il faut aussi disposer d’une psychologie adaptée à la société moderne et cela s’apprend. D’où l’importance d’une dissémination d’informations accrue sur les comportements à risques.