Samedi dernier, 10 mai, cela a fait un an tout juste depuis que le permis à points est entré en vigueur dans le pays. En une année, les statistiques recensées par la Road Safety Management Unit, cellule placée sous la férule du Prime Minister’s Office (PMO) et dont le responsable est l’ancien policier Ben Buntipilly, attestent d’une baisse tant dans le nombre d’accidents fatals sur nos routes que le nombre de morts. «Un résultant encourageant, estime M. Buntipilly, mais cela ne veut en aucun cas dire que nous allons vers une baisse de vigilance !» Dans le même souffle, le conseiller spécial au bureau du Premier ministre attribue «le bon travail réalisé à toute une équipe, dont des policiers, ainsi que l’ensemble des automobilistes.» Sur cette période écoulée, également, trois conducteurs ont vu leurs permis suspendus.
De 144 accidents fatals, enregistrés sur nos routes, pour la période de janvier à décembre 2012, ce chiffre est passé à 119 pour la même période en 2013. Accusant ainsi une baisse de 17.4%. S’agissant des personnes ayant trouvé la mort sur nos routes, de 156 pour 2012, ce chiffre est passé à 136 pour l’an dernier; soit une baisse de 12.8%. Et la tendance se poursuit pour ce début d’année 2014 (voir plus loin).
Ce constat, estime Ben Buntipilly, «n’aura certainement pas été aussi positif sans l’apport des policiers, dont ceux de la Traffic Branch, qui se sont sérieusement investis dans ce projet depuis qu’il a été mis en opération. De même, notre équipe à la Road Safety Management Unit avons soutenu ces collègues. Et au final, cette baisse enregistrée tant dans le nombre de morts sur nos routes que dans le nombre d’accidents fatals est aussi le résultat d’une prise de conscience et d’un comportement réfléchi de la part de l’ensemble des automobilistes.»
Toutefois, maintient notre interlocuteur, «si, après une première année, les données sont positives, cela ne veut en aucune façon impliquer que nous allons nous endormir sur nos lauriers… Bien au contraire !» Car, avance le conseiller spécial en matière de sécurité routière au PMO et policier de longue date, «de l’expérience des autres pays, dont la France, par exemple, il faut savoir que c’est à long terme que l’on recense les vraies retombées. C’est donc un « on-going process » et nous devons, tous les stakeholders engagés dans ce projet, rester très vigilants et accentuer nos efforts pour améliorer les performances.»
Pour notre interlocuteur, «la mise en opération du permis à points a entraîné un sérieux « shift in mentality » de la part de l’ensemble des conducteurs mauriciens. Il y a évidemment une poignée qui continue à résister et qui fait fi des contraventions et pertes de points, avec le danger de la suspension du permis, au final.» De même, poursuit M. Buntipilly, «on ne peut affirmer que les Mauriciens ont totalement adhéré à un « Road Safety Culture ». Il y a quelques bonnes pistes; on commence, de manière générale, à prendre de bonnes habitudes et réfléchir à deux fois avant d’être irresponsable, au volant. Comme ne pas boire et conduire. Ne pas rouler à tombeau ouvert. Cela parce que, d’une part, le conducteur sait qu’il y a des « speed cameras » qui vont le détecter. Et de l’autre, qu’il y a des barrages avec des policiers qui vont leur faire passer un alcotest… Ces mesures agissent comme des « deterrent », certes, et poussent la majorité des automobilistes à être plus vigilants. Mais il y a encore du chemin à faire pour devenir des conducteurs vraiment responsables et respectueux du code de la route.»
Ce qui se traduit, entre autres, par les 22 105 contraventions délivrés aux automobilistes pour excès de vitesse; les 1 898 autres pour usage de téléphone au volant, ou encore, les 1 590 pour non-port de la ceinture de sécurité (voir le hit-parade des infractions plus loin). «Graduellement, estime B. Buntipilly, un travail psychologique opère des changements chez l’automobiliste. La mise en vigueur du permis à points a déclenché en lui la frayeur de perdre son permis. On n’est plus à l’époque où il s’agissait uniquement de s’acquitter d’une amende en cour et le tour est joué. Maintenant, outre de payer une amende, on perd des points, avec, à la clé, si on n’y prend pas garde, la perte de son permis !» Ce qui a amené nombre d’automobilistes à revoir leur comportement, soutient notre interlocuteur.
«La philosophie derrière le projet du permis à points est, de prime abord, de discipliner les conducteurs, évidemment, relève M. Buntipilly. Mais ce n’est pas tout. Le projet se décline en trois phases : détection, sélection et correction. Nous avons déjà pleinement entamé les deux premiers volets. Reste le dernier qui concerne la réhabilitation du conducteur.» Le conseiller spécial au PMO explique que «nous ne sommes pas animés d’un sentiment négatif, mû par un désir de dépouiller les conducteurs de leurs permis ! Notre objectif, c’est d’amener chaque automobiliste à développer une attitude responsable et respectueuse.» Dans ce souci, la troisième phase consistera à «aider les conducteurs qui ont, allons dire, perdu jusqu’à 8 ou 10 points sur leurs permis, à se racheter une bonne conduite. Je m’explique : on leur dira « voilà, vous êtes sur le point de voir sauter votre permis. Voulez-vous réagir ? » Et on leur proposera une formation où ils seront amenés à revoir leurs attitudes et comportements sur la route. Le but étant d’en faire des conducteurs meilleurs.» Mais nous n’en sommes pas encore là, précise M. Buntipilly.