Christian Thomas, habitant de Poste-de-Flacq, accuse. Cela fait presque trois ans que la pension qui lui est versée fluctue. La Sécurité Sociale de la région justifie sa bureaucratie en lui disant qu’il doit la bagatelle de Rs 88 888 aux autorités pour « pansyon an plis ». M. Thomas, désemparé, se confie au Mauricien. « Monn dimann zot explik mwa ki manyer sa finn arive. Mo pa gagn repons ». Récit.
Venant de Flacq, l’individu, visiblement éprouvé par le long trajet jusqu’à Port-Louis, se présente à la rédaction du Mauricien. Dans un sac de goonie, il trimballe des pancartes. Il prévoyait d’aller manifester « pacifiquement » devant le ministère de la Sécurité sociale. « Me lerla, enn dimounn mo zwenn dan bis dir mwa mo pa gagn drwa manifeste san permisyon ». C’est le chemin qui l’a mené vers la presse. « Mo nepli kone koman fer ».
Christian Thomas, la cinquantaine, flacquois, est amputé de la main gauche. Il ne peut donc plus exercer comme maçon. Sa seule source de revenu : « Enn social aid avek enn allocation pou zenfan » – soit presque Rs 3 000 par mois, un montant qui ne peut lui assurer que des conditions de vie précaires. « Lavi pa fasil », confie-t-il. Mais, en sus de cela, en juillet 2009, son sort ne fera qu’empirer, l’enfermant, semble-t-il, dans une véritable spirale d’incompréhension et de révolte.
« Lane 2009, mo ti pe tous Rs 2 987 par mwa ziska juin 2009. Lerla juillet, zot dir mwa soidizan monn pran pansyon en plis. Rs 88 888 ». M. Thomas dit ne pas comprendre la transaction. Il écrira plusieurs lettres demandant réponse officielle. Sans suite. « Madam-la plizier fwa finn dir mwa : Kan mo dir ou ou dwa, ou dwa ». Selon le commissaire adjoint du ministère de la Sécurité sociale Thakooparsad Bhoyroo, le trop perçu viendrait d’une double allocation reversée – une anomalie causée par le fait que son épouse aurait bénéficié d’une allocation de femme invalide et d’une pension d’invalidité en même temps. « M. Thomas pa ti signal sa reveni-la », affirme-t-il. Sauf que le « memorandum » du bureau de Centre de Flacq justifiant le remboursement du « overpayment » est écrit à la main, et n’est pas daté de juillet 2009 mais du 26 février 2010.
Par ailleurs M. Thomas se défend de cela. Selon lui, sa pension ne devrait concerner que lui et sa fille, d’un premier lit. « Se ki zot pe dir, li pa possib ». Aussi, le 11 octobre 2010, M. Thomas se serait rendu à la Sécu de Rose-Hill où on lui aurait dit qu’il ne doit rien à l’État.
Devait s’ensuivre, une série de démarches des plus approximatives de la part de M. Thomas. Il n’aura consigné une déposition que le 3 octobre 2011. « Parfwa, mo dekouraze. Lerla mo res kot mwa, mo pa anvi bouze. Mo pa al pran pansyon. Mo res mo lakaz… Mo degoute ». M. Thomas avoue ne plus savoir comment s’y prendre.
De tout cet imbroglio bureaucratique, on pourrait toutefois aisément douter de la régularité du procédé administratif dont M. Thomas se dit victime. Me Seeballuck, son avoué, explique au Mauricien qu’il est difficile d’imaginer qu’une pension fluctue autant. À titre d’exemple, il touche parfois Rs 1 020, Rs 900, Rs 689 de manière « aléatoire ». À M. Bhoyroo de la Sécurité sociale de justifier pour sa part : « Aid social, li pa enn flat rate… Plizier fakter kapav zistifye sa ».
Autre « irrégularité » : dans une lettre reçue le 7 mai 2012, il est écrit (à la machine) que le montant de Social Aid devrait être de Rs 2 196. Sauf que l’officier de la Sécu aurait ajouté à la main : « Rs 850 will be retained per month to offset overpayment ». M. Thomas affirme : « Dan mo dosye zot file ki mo Social Aid bizin Rs 2 196 me lor mo let zot mete à la main ki mo dwa Rs 850 ». Il s’agirait d’un exemple parmi d’autres. Mais selon M. Bhoyroo : « Parfwa dan bann biro regional pena typing pool kouma bizin ».
Me Seeballuck, pour sa part, détaille : « Parfois, ils corrigent la fiche de pension au stylo. Ce qui ne paraît pas professionnel ». Ainsi, « nous avons envoyé une lettre, il y a un mois et demi, au PS du ministère de la Sécurité Sociale ; nous avons pas encore reçu de réponse ».
M. Thomas touche Rs 1 838 par mois depuis mai. Ce qu’il retient de ce « calvaire » : « Depi monn gagn problem pansyon, mo tifi inn dekouraze, pa kapav al lekol. Kan mem, linn resi pass SC bien. Me li pann kapav al fer HSC akoz sa problem kas-la. Linn bizin marye ».
Le commissaire adjoint Bhoyroo rétorque : « Dapre system-la, inposib ena maldonn ». Et d’ajouter : « Nou ti deza fourni bann detay enn homme de loi M. Thomas avan. Pou sa nouvo homme de lwa-la, mo pa kone si nou finn reponn li ».