Si le séga reste un moyen de communication efficace et prestigieux pour les chanteurs mauriciens, cet héritage a souffert longtemps de préjugés dans les conversations, les confidences, les aveux, les attaques personnelles. Il y a encore des préjugés, de haine même, envers le séga, écrit Sedley Assonne dans son ouvrage de référenceSégatiers (Editions de la Tour). Mais tout ce qui a été chanté est archivé dans la mémoire collective avec pour chaque événement, le poids de la langue, la charge de poésie, de mythe et de légende. Tout n’a pas encore été écrit sur le séga. Sedley Assonne a signé de nombreuses publications sur la musique mauricienne et de nombreux textes en tant que parolier pour des artistes mauriciens de renom, pour ne citer que Zul Ramiah, Mario Justin, Cassiya, Sandra Mayotte. Il manifeste de nouveau son amour pour le folklore national (après avoir fait honneur aux ségatières) avec Ségatierspour évoquer la richesse et la diversité de la musique locale, mais aussi pour que certains de nos ségatiers ne soient pas relégués aux oubliettes. Assonne les sort de l’oubli ou de l’indifférence. Il nous rappelle que le rôle de notre héritage musical est si important, marquant les fêtes religieuses et profanes, les grands moments de la vie collective, les actes de la vie familière et individuelle qui ont singulièrement façonné l’habitat, aussi rural qu’urbain, qu’il nous faut un Musée du Séga. Il se pose aussi la question de la non-décoration de Menwar, figure incontournable de la musique locale. Mais laissons les demandes ou revendications pour revenir au livre. Sa genèse : Padminnie Paniken, ancienne étudiante, l’avait contacté pour l’aider dans la rédaction de sa thèse de doctorat à l’université de la Réunion (“La représentation de la femme dans les textes de séga mauricien”, sous la direction de Bernard Terramorsi, Carpanin Marimoutou et la collaboration de Sedley Assonne). D’où, disons-le, de larges extraits (reproduits dans le livre) de ce travail universitaire où figure l’auteur lui-même. Dans son nouveau livre, Assonne fait d’emblée le distingo entre l’écriture de Les femmes du ségaet celle de Ségatiers – l’approche n’étant pas la même :”… je savais qu’il fallait catégoriser ces hommes et les placer dans des “cases”. Car s’il y a séga, il n’est pas le même pour tous ceux qui le chantent et le jouent…”Il cite en exemple Kaya qui a montré qu’il est possible de faire un autre séga. Sedley s’appuie sur le texte de Padminnie pour illustrer son propos. Pour comprendre ce monde d’hommes dont font partie la plupart de nos ségatiers, il faut remonter à TiFrer, le père du séga, chasseur, etc. Ce griot a conservé en mémoire des anecdotes qui ont donné des ségas mémorables. Outre les différents hommes, les différentes catégories de forums qui peuvent accueillir le séga, Sedley Assonne nous livre des portraits de ségatiers, accompagnés de textes de ségas comme le lui a suggéré Catherine Servan-Schreiber. Ségatiersdonne à lire des extraits d’un travail universitaire et ensuite de nombreux portraits de ségatiers. Une vertigineuse liste allant de Francis Salomon, Roger Augustin, Jacques Cantin, Georges Milate, Jean Sophie, Jean-Claude Gaspard, Cliff Azor, Coulouce, Marcel Poinen, Siven Chinien, Bam Cuttayen jusqu’aux plus “tendances” Richard Beaugendre ou Eric Triton. Le livre souffre hélas d’une absence de table des matières, d’un index et d’une bibliographie, qui permettraient de suivre ces chanteurs selon les catégories : Pionniers, les engagés, les novateurs et mieux guider le lecteur. L’auteur fait aussi mention des ségatiers qui ne sont plus parmi nous et rend hommage aux ingénieurs du son, les compositeurs, instrumentistes ou producteurs dont Gérard Cimiotti, Armand Landinaff, Richard Hein, Pascal Savanian, Ernest Wiéhé, Philippe de Magnée et Belingo Faro. Si le séga n’est pas encore inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO comme le maloya et que cette forme de musique reste encore à découvrir, le résultat des différents travaux menés dans Ségatiersest fiévreux, entre recherche et chair, rage et espoir. Les choses ont évolué. La technologie aussi.
C’est la communion de l’individu entre les femmes et les hommes de la collectivité qui peut conduire à la réalisation des choses. Sedley Assonne nous a renseignés sur le séga organisé selon divers points de vue et opinions. Le séga se révèle un genre mixte construit sur des thèmes variés. De la musique populaire qui exprime la poésie de la vie aux rythmes au service des masses, le séga est lié à la naissance, à la langue créole et il nous faut encore des travaux qui ne connaissent pas forcément une diffusion large, mais sont essentiels à la reconstruction d’une mémoire nationale.