Vient de paraître Le Vicomte de Roche Bois (édition bilingue créole/français, Editions de la Tour 2011) de Sedley Richard Assonne. C’est le titre, nous dit l’auteur, d’un roman en chantier dont l’intrigue diffère totalement du contenu du poème du même titre, mais le livre contient aussi des textes écrits pour les ségatiers locaux, mettant en valeur le patrimoine local.
Nous n’aurons jamais été plus libres de nos mots et de nos rêveries en ces temps où le poète est parfois méprisé comme personne. Le Vicomte de Roche Bois prend acte de ce désarroi qui fait l’incertitude propre à notre condition. Lire et relire les écrits signés du poète Assonne (plus d’une dizaine de publications depuis les années 1990, en anglais, français, kreol), c’est apprendre à déchiffrer un idiome dans les turbulences duquel le récit d’un existence devient celui d’un poète qui a le sentiment de n’être pas au monde. Ces confessions du Vicomte sont en effet produites par un sujet qui tente énergiquement d’exorciser et de convertir en expression créatrice la cruauté d’être né dans un monde d’injustices, de misère. L’intérêt majeur du livre d’Assonne nous paraît précisément consister à réarticuler poèmes et textes écrits pour enrichir le folklore mauricien, et autres cris et délires dans une rigoureuse catharsis s’efforçant de chasser ce qui mine notre société. Cette exhibition de soi proche de l’autoportrait caractérise le travail que Assonne met en place pour dépasser les événements d’une vie et s’autoriser à écrire sur d’autres sujets (le meurtre de Michaela Harte, entre autres dans « J’ai honte à mon île »). Pour transcrire tout cela, Sedley active une technique qui maintient l’écriture au plus près de son origine physique, du rythme et du désir que le corps lui insuffle. Acteur de sa propre fantasmagorie, il actualise en notre siècle la figure du poète-voyant, de l’artiste qui parodie, voire de l’artiste maudit. Séparé de la société, il va donner un corps poétiquement à son identité. Il trouvera progressivement un ancrage et une maîtrise des langues. Son expérience lui aura permis de s’inscrire dans une lignée de l’écriture, une manière de s’inventer pour s’autogénérer et s’identifier en acceptant la conscience du moi et de l’autre.