MOONSAMY SUNASSEE

Toute nomination, en particulier au sein de la fonction publique, provoque colère et frustration de la part de ceux qui n’ont pas été promus. Les promus accusent leurs collègues malchanceux d’être des frustrés et des jaloux. Cependant, s’il y a des promotions qui peuvent être justes et incontestables, il y en a d’autres qui peuvent nous laisser pantois. La dernière promotion au rang de maîtres d’école se situe malheureusement dans cette deuxième catégorie. Nous apprenons que 154 officiers ont été promus après avoir passé une entrevue d’une dizaine de minutes. Est-ce possible de jauger la capacité d’une personne en un si court laps de temps ?

Nous apprenons aussi que 80 “Officers in Charge”, donc ceux qui exercent déjà cette fonction, n’ont pas été promus. Ils ont donc été « dégradés ». Nous pouvons imaginer l’effet psychologique de cet affront, lourd de conséquences. C’est une honte pour eux-mêmes, surtout au regard de leurs collègues et de leurs proches.

Sur papier ils étaient “Officers in Charge”, mais pour le monde qu’ils ont côtoyé ils étaient “maîtres d’école”. Ils étaient à la tête d’une école. Ils dirigeaient ces établissements. Ils le faisaient durant des mois, certains même des années. Autant que je sache ils le faisaient avec brio. Comment expliquer qu’ils ne le sont plus maintenant ?

C’est cruel, inhumain, dégradant, démotivant et inacceptable. Ces officiers n’auront plus le cœur à l’ouvrage et ils n’auront pas tort. Nous assistons là à une démonstration de l’incompétence du ministère de l’Éducation. C’est un autre coup dur pour la réforme de l’éducation, déjà en souffrance. Comment peuvent-ils se permettre de jouer avec l’avenir de nos enfants et ainsi mettre en péril le “feel-good factor” qui doit prévaloir pour la bonne marche du système ?

Qui sont les responsables ?

D’abord, le Pay Research Bureau (PRB) qui, dans son rapport en 2008, préconise la sélection pour le poste de maîtres d’école. En toute logique, tout le monde aurait été d’accord que si sélection il devrait y avoir, cela devrait se faire parmi les DHMs seulement. Mais pas en incluant les éducateurs ayant 12 ou 18 années de service ou encore des “PE Instructors” dans la procédure de sélection.

Le PRB “finn fane” sur toute la ligne. C’est une bourde monumentale et grotesque. Mais nous savons tous que le PRB n’est qu’un “rubber stamp” qui ne représente que la voix du management. Ce dernier profite du système pour faire passer ses messages et ainsi imposer sa volonté. Il est malheureux de constater à quel point le PRB peut se laisser dicter sans réfléchir et sans une analyse en profondeur des conséquences de ses recommandations. Ces “policy makers” du ministère et le PRB sont tous responsables de la situation chaotique dans laquelle se trouvent nos écoles aujourd’hui. L’année 2020 commencera mal et ce sont nos enfants qui en souffriront. Ne parlons pas de ces interviews de quelque 10 minutes pour soi-disant dénicher les meilleurs éléments et l’ingérence de nos politiques. Tout le monde connaît la chanson. Pas la peine d’extrapoler.

Cette situation est triste pour le système et pour le pays. De quel avenir parle-t-on ?